XLI. — A R. Lindet. Mardi [2^ février
La séance d'hier fut longue et tumultueuse et sans résultat. On ajourna pour aujourd'hui le décret sur la tranquillité publique, et de suite les décrets à rendre sur les droits féodaux. La maladresse du président, car on attribue à maladresse le défaut de force physique, fit qu'on ne put statuer que les deux décrets ne sortiraient pas l'un sans l'autre. Il est donc réglé qu'on va faire quelques articles explicatifs de la loi martiale et de la responsabilité des communautés qui y étaient déjà mentionnées. Le parti de l'opposition répétera encore aujourd'hui tous ses efforts, pour faire passer des articles funestes à la liberté publique et décourageants pour les nouveaux officiers municipaux.
La journée d'hier offrit une scène singulière et qui prouve quel est l'esprit du parti de l'opposition. Un membre de l'Assemblée, de la gauche du président, se servit à la tribune d'une expression fort dure en parlant contre le projet de déférer la puissance absolue et sans responsabilité au pouvoir exécutif: Ce serait l'autoriser à envoyer des assassins pour empêcher les assassinats (i).Tous les amphithéâtres de la droite furent déserts en un instant; tous les champions, sur le parquet,
(x) C'est Blin qui s'exprima ainsi. Voir le Moniteur ^ réimpression, t. III, p. 445.
s'escrimaient des bras, des pieds et de la langue; un bruit infernal se fit entendre pendant longtemps.
L'orateur fit de vains efforts pour calmer l'orage. On devine qu'une insurrection aussi violente était un rappel à Tordre pour avoir insulté le roi, Tarmée et l'Assemblée. Le côté gauche, jaloux de montrer l'impartialité et de rétablir la police, se leva. Ce mouvement général occasionna une petite interruption des clameurs, pendant laquelle un membre ( i ) dit : « Nous demandons que l'opinant soit mis à l'ordre et son nom mentionné au procèsverbal ». Le roi soliveau ne fit pas régner plus promptement le silence dans l'empire des grenouilles. L'orateur, profitant du calme, voulut s'expliquer et s'excuser. Le côté droit renouvela ses clameurs. I^ côté gauche persévéra à demander qu'il fût mis à l'ordre. Le parti de l'opposition, remis en place, reprit son esprit de contradiction : il ne voulait plus que l'opinant fût rappelé à l'ordre. M. de Foucauld prouva gravement que c'était une servitude personnelle qu'on introduisait après avoir aboli les autres. On employa la question préalable, la motion de passer à l'ordre du jour, la division de l'article... Cet incident coûta une heure et demie à la France, et M. Blin subit une espèce de censure pour une proposition vraie en elle-même, qu'il commenta assez adroitement et modestement, en citant le fait des gardes nationales de Rennes, envoyées pour la défense d'un château pendant la nuit, et, malgré la circonspection qu'on devait attendre de telles troupes, marchant sous de tels ordres ; il y eut trois hommes tués, et aucun dégât n'avait été commis. Cette sévérité a eu pour motif de prévenir l'artifice des malveillants, qui auraient renouvelé leurs intrigues pour indisposer l'armée.
Je souhaite que les dissertations sur les droits féodaux ne soient ni aussi longues ni aussi vives qu'il y a lieu de
(i) C'éuit Mcnou {Moniteur),
le présumer. Je souhaite qu'on ne rendQ pas inutile Tafiranchissement prononcé pour les servitudes, en prescrivant un rachat, lorsqu'il n'est pas dû, ou une indemnité trop onéreuse (Papiers R. Lindet.)