LXXIX. — A R. Lindet. Le 7 mai
Mon frère, la partie de la députatîon du département de l'Eure, qui adopte les sentiments de l'Assemblée nationale, réunie aujourd'hui, a délibéré sur la lenteur des opérations relatives à la formation de vos assemblées. J'ai engagé ces messieurs à nous voir, une fois la semaine, et à faire les avances d'une correspondance avec messieurs les commissaires du roi. Ma motion a été adoptée, j'ai trouvé tous ces messieurs dans les mêmes principes exposés dans la lettre que nous écrivons à messieurs les commissaires du roi. M. Buzot en est le rédacteur : j'ai été
fâché qu'il n'y ait pas un peu plus de moelleux et moins de sécheresse et de prétention. Mais le fond est bon, et la méthode indiquée est la seule praticable ; il faut vous hâter d'indiquer le jour des assemblées, etc., etc.
Les ennemis de la Constitution ne sont pas terrassés. Un point important périclite depuis trois jours : il s'agit de l'influence du roi pour l'élection des juges ( i). La cause fut près d'être perdue avant-hier; hier elle manqua d'être gagnée ; aujourd'hui elle va être décidée. Elle a été débattue, je le dirai, avec la fureur du désespoir. Le quartier de la salle qui défend, dit-il, la prérogative royale, était hier menaçant. 11 fut écrasé par les raisonnements de M. Barnave, mais il devînt plus redoutable pour quelques députés, qui passèrent extraordinairement de ce côté, et qui furent accueillis avec promesse de leur brûler la cervelle. Leur rage est à un degré d'exaltation difficile à peindre. Beaucoup de bons citoyens imaginent qu'on doit déférer au roi le choix sur les candidats qui lui seront proposés ; et tous ceux qui ont des espérances ou des prétentions regardent cette décision comme leur unique ressource.
Je ne sais si ceux qui regardent cette disposition comme anticonstitutionnelle, immorale, tendant à établir le despotisme des ministres, à avilir la magistrature, à substituer à l'ancienne vénalité des offices une vénalité plus odieuse et plus flétrissante, formeront le plus grand nombre. Il me tarde d'avoir la solution de ce problème.
Si vous examinez la liste des députés qui existe dans notre département, vous serez étonné de ne trouver que six députés dans notre Comité : MM. Buzot, Lemaréchal, de Cretot, Lereffait, Des Noês et moi. M. Lefebvre de Chailly y sera, quand il ne sera pas absent. M. Beauperrey est du département de l'Orne. MM. de la Lande,
(i) La question de savoir qui nommerait les juges commença h être discutée à la séance du s mai. Moniteur^ réimpression, IV, 289.
de Chambray, de BonnevîUe, Lebrun, curé de Lyons, de
Mortemart sont du département de TEure (Papiers
R. Lîndet.)