‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 91 sur 217 · XCV. — Aux officiers municipaux de Bernay · texte numérisé non relu

XCV. — Aux officiers municipaux de Bernay

Le 9 juin 1790.

Messieurs, aujourd'hui l'affaire de la confédération, et [de] décider en quel nombre, et comment on élira les députés des gardes nationales et des régiments qui doivent se rendre à Paris pour le 14 juillet.

M. de La Fayette s'est fait honneur, en demandant luimême que le commandant des gardes nationales d'un

lyS CORRESPONDANCE DE THOMAS LINDET

département ( i ) ne puisse pas Tètre d'un autre département : nous ne tarderons pas à avoir un lieutenant général du royaume.

Le roi est revenu de Saint-Cloud. Il s'était proposé de fréquentes apparitions pour accoutumer les Parisiens à son absence : je ne sais s'il retournera. On a essayé de répandre des semences de discordes : on a dit que Saint- Cloud n'étant pas du département de Paris, la garde de Versailles ou même celle de Saint-Cloud et de Sèvres devaient avoir tous les postes, et la garde de Paris être regardée comme étrangère. Mais les Parisiens se regardent comme les gardes du corps du roi-bourgeois de la capitale.

Au moment de l'arrivée à Saint-Cloud, des chambres avaient été marquées pour les officiers Suisses, on n'en avait pas marqué pour les officiers des gardes nationales. Le lendemain, on refusa l'entrée des appartements aux officiers de la garde nationale, on l'accorda à un officier de dragons. M°* Elisabeth voulut aller à Saint- Cyr. L'officier de la garde nationale demanda son cheval; on ne lui en avait pas préparé : il alla aux écuries en faire seller un, et pendant ce temps M"*° Elisabeth partit.

Pendant le jour on entendit crier: Au secours! la garde nationale assassine le roi! Le cri fut répété la nuit; il paraît qu'on avait envie de se défaire de la garde parisienne et de la dégoûter, ou bien ceux qui répandent ces bruits ont envie de dégoûter la Cour des voyages. Je crois que ces derniers réussiront.

On ne voit pas ces voyages sans inquiétude. Le grand nombre d'aristocrates commence à se convaincre qu'il est impossible de susciter une guerre civile, que ce ne serait tout au plus qu'un massacre des malintentionnés dans lequel plusieurs gens tranquilles seraient enveloppés; cependant il existe des gens si furieux, si imprudents, qu'on ne sait ce qu'ils oseraient.

(i) Décret du 8, défendant qu'il y ait un commandement de gardes nationales dans plus d'un département.

CONSTITUANTE (q JUIN 1790) 179

On a été alarmé par les apparences de guerre, et par la paix entre les puissances qui se menaçaient. Si on fomente la guerre, c'est une tentative de désespoir, car je crois qu'on pardonnerait difficilement aux auteurs.

On prêta, il y a quelque temps, à la reine une réponse bien noble qu'on supposait faite au Comité des recherches de la ville : fai tout su, j'ai tout vu, j'ai tout oublié, — Le Comité des recherches a déclaré n'avoir jamais fait la question; donc la réponse n'a pas existé.

Tous ces petits orages s'élèvent et se dissipent successivement ; il faut espérer qu'ils n'éclateront pas. Cependant on a vu plusieurs provinces alarmées par le prix et la disette factice du blé ; il y a eu des soulèvements qui ont occasionné l'effusion du sang. L'avidité des spéculateurs peut avoir contribué à répandre cette malheureuse opinion, autant que les manœuvres des ennemis de la chose publique.

Si je ne craignais d'abuser des moments que vous consacrez à la félicité de vos concitoyens, je vous ferais passer une copie d'un mémoire fait pour des malheureux condamnés d'Orbec; leurs lettres de commutation de peine ne sont pas encore expédiées, ce qui m'impatiente. Je crois que c'est la faute de l'humanité.

L'humanité trouve aujourd'hui quelques singuliers défenseurs; quelques membres du clergé s'efforcent de faire participer le peuple au regret qu'ils ont d'être dépouillés, et vont s'apitoyant sur le sort des pauvres, les plaignant de ce qu'ils n'auront plus de ressources...

Voici une copie d'une lettre que certaines circonstances m'ont dictées. S'il vous reste des moments de loisir, elle vous paraîtra conforme à l'état actuel des choses : vous y trouverez un peu d'amertume. Il est impossible de ne pas éprouver un sentiment pénible, quand on est obligé de supporter le froissement occasionné par la résistance d'une corporation à laquelle on tient, dont on ne partage pas les opinions, dont on a prévu les erreurs, et qu'on a

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inutilement tenté de ramener à des principes plus larges, quand, au lieu de recueillir Testime des bons citoyens, on jse trouve heureux d'être ignoré du plus grand nombre, et de compter sur l'indulgence de ceux dont on est plus particulièrement connu (i). (Arch. Bernay.)

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