XVJ INTRODUCTION
liiérarchic unique, va mettre les littératures en rapport avec le temps et les pays qui les produisent. A côté du français et de l'italien, langues classiques, filles du latin, voici que pour la première fois dans la patrie de Ronsard et de Boileau on fait place à la langue de Shakespeare. Or c'est en Angleterre, de 1726 à 1728, que Voltaire s'est initié à cette littérature si peu connue jusque-là en France et qui désormais allait jouer un rôle si important en Europe. Il serait d'un vif intérêt de pouvoir suivre tout au long les détails de cette initiation '. Psous n'en sommes pas là malheureusement. Mais nous voyons tout au moins Voltaire faire connaissance avec les œuvres de Pope, de Swift et de Milton. Qu'il s'éprenne tout de suite de l'auteur de VEssai sur la critique, il n'y a rien là de bien surprenant. Pope n'était qu'une seconde épreuve de Boileau, peut-être un peu plus pâle que la première. Mais Swift est assurément un des plus anglais parmi tous les écrivains anglais : ses ouvrages ont une acre senteur de terroir. Voltaire pourtant se plut dès la première heure aux œuvres de ce génie singulier et il a porté sur lui des jugements dont on n'a pas dépassé la justesse. Il fut un des premiers lecteurs de Gulliver, et on chercherait en vain sur ce chef-d'œuvre, dans la correspondance de Pope, de Gay et de Bolingbroke, une appréciation plus pénétrante que celle que ce Français de passage envoyait à son ami Thieriot : nous avons la bonne fortune d'avoir encore cette letti'e qui s'est retrouvée il y a quelque temps -. On pensera sans doute que c'en est assez pour justifier une réédition plus complète de la correspondance de ces trois années si remplies.
1. Parfois un mot dit en passant nous fait saisir le travail qui s'est opéré en Voltaire : « Je joindrai à cette édition un Essai sur la poésie épique qui ne sera point la traduction d'un embryon anglais mal formé, mais un ouvrage complet et très curieux pour ceux qui, quoique nés en France, veulent avoir une idée du goût des autres nations. » (Lettre 58, du i5 août 1728.)