PREVOST AU RÉDACTEUR DU DAILY POST
[i<"" avril.]
As the author^ in the Daily Post of yesterday, hath falsly insinuated that I, N. Prévost, had without leave
(«) Daily Post, 21 mars/ 1'"' avril 1728. Répété dans tous les numéros du journal jusqu'au 3o mars/io avril y compris.
I. L'avis de Prévost est immédiatement précédé de l'annonce dont s'est plaint Voltaire : d'où ces termes 1' « auteur >>, « le dit poème ».
l3o CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.
printcd the said poeni and therein six bad and insignifi-
canl low Unes, not thc author's, inslead oi' six othcr
boldcr and stronger lines in the author's édition. — This
is to give notice that I ^vill produce to any person of
honour not only the author's permission to Mr Coderc
to print the abovcsaid édition and MrCoderc's assignment
of that permission to me ', but also several copies of the
author's own édition in England, Avhcrcin are printcd
thosc very six bad and insignificant low lines. And as
to the author's boasted six other stronger and bolder
lines, l assure the publick that they are retained in the
édition printed for me. And every reader is left to judge
whether such édition is less correct than the author's own
édition.
-N. Phevost and Gomp.
TUADUCTION UE LA LETTUE 'f8.
Gomme l'auteur, dans le Daily Post d'hier, a faussement insinué que moi, N. Prévost, j'ai sans permission imprimé ledit poème et que j'y ai inséré six méchants vers très insignifiants qui ne sont pas de l'auteur au lieu de six autres vers plus hardis et plus forts qui se trouvent dans l'édition de l'auteur, j'avertis ici que je suis prêt à montrer à toute personne honorable non seulement la permission de l'auteur à M. Coderc d'imprimer la susdite édition et le
I. Dans l'édition Gosse et Neaulme (La Haye, 1728, in-12), à laquelle nous avons emprunté le texte de la permission donnée à Coderc par Voltaire, on lit tout de suite après la signature de. Voltaire ; <( Transferre de la présente permission au S"" Nicolas Prévost du 11 janvier [=2 février] 1728). Je soussigné transferre à Mons. Nicolas Prévost le droit que Mr de Voltaire m'a donné de faire en petit une édition de son Henrlade aux mêmes conditions auxquelles je m'estois engagé. Signé ". J. P. Coderc. — N. B. L'original de laditte permission et du transferre se trouvent entre les mains de Nicolas Prévost et Comp., vis à vis Southampton Street dans le Strand. »
LETTRES. l3l
transfert que m'en a fait M. Goderc, mais encore plusieurs exemplaires de Fédition anglaise de Fauteur où sont imprimés précisément ces six méchants et insignifiants vers. Et quant aux six autres vers plus hardis et plus forts dont Fauteur se vante, j'assure le public qu'ils ne font pas défaut à Fédition imprimée pour moi. Et je laisse au lecteur à décider maintenant si mon édition est moins connecte que celle de Fauteur.
N. PllÉVOST ET G'°.
LETTRE à9.
VOLTAIRE AU REDACTEUR DU DAILY POSt".
[2 avril.]
I solemnly déclare' that having trusted witli my copy one Goderc, who served me in the printing of
[a) Daily Post, 23 mars/2 avril 1738. inséré comme « postcriptum à l'avis des jours précédents.
ï. Voltaire réimprime d'abord son avis du 3i mars, puis sous le titre de Postscript in answer io an abusive statement fvom Nicolas Prévost, Bookseller, insère notre n° 49- C'est qu'il a compris le tour que Prévost veut lui jouer. Pour se justifier d'avoir retenu dans son édition quelques vers du poème de la Ligue, que Voltaire n'avait pas admis dans sa Henriade, cet astucieux libraire s'offre à montrer certains exemplaires de cette même Henriade où se retrouvent précisément ces vers condamnés. Qu'est-ce à dire? Simplement que Voltaire n'a retranché ces vers qu'en cours d'impression, après les avoir laissés passer dans une partie du tirage. Les feuilles ainsi fautives auraient naturellement dû être détruites sur-le-champ, et Voltaire croyait quelles l'avaient été. S'il existe certains exemplaires où se trouvent néanmoins les vers supprimés, c'est donc que Coderc a désobéi à Voltaire, et n'a pas détruit les feuilles condamnées. Il en résulte naturellement que ces exemplaires, qui conservent l'ancienne leçon, n'offrent pas la nouvelle. Ils sont donc incomplets. Coderc n'a pas le droit de les mettre en vente et de tromper ainsi le public sur la qualité
l32 CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.
it, I slriclly chargée! him to cancel ail Ihe sheets
in M hicli six lincs relating to thc king of France
and lo cardinal F'icury were omittcd; if hc lias net
executed my strict orders in that, I will call him to
an account : for evcry subscriber ought to hâve my
book entirc.
I owe that justice to James Woodman's édition
that it is the only conformable to mine ; I wish only
the author of thc Criticism liad been less severe
upon things "which it does not behovc me to speak
of.
Voltaire.
de la marchandise. Et Prévost est mal reçu à s'appuyer sur une leçon nettement désavouée par Voltaire et qui ne s'est glissée dans l'édition in-i^'^qu'à l'insu de l'auteur. Quels sont ces six vers misérables contre lesquels Voltaire s'indignait tant? Il est assez difficile de le déterminer, car tout le passage qui concerne Louis XV et Fleury a été profondément remanié de 1728 à 1728. Nous supposons pourtant qu'il s'agit des six vers suivants, donnés par l'édition de Rouen, supprimés dans l'édition de Londres. Prévost avait pu les conserver parce qu'il était facile d'en donner en 1728 une maligne interprétation; il s'agit de Louis XV :
Qu'attentif au besoin des peuples malheureux, 11 ne les charge point de fardeaux rigoureux, Qn'il aime à j)ardonner; qu'il donne avec prudence .\ux services rendus leur juste récompense; Qu'il ne permette pas qu'un ministre insolent Change son règne en un joug accablant (1723, p. loô).
On voit par la lettre 53 que Voltaire et Prévost finirent par s'entendre : le libraire supprima de son édition les six vers malencontreux, et Voltaire voulut bien approuver publiquement l'édition ainsi expurgée.
I. Pour le coup il semble bien que Voltaire veuille allécher son public et attirer aux Remarques critiques de l'édition Woodman des lecteurs qui ne fussent pas allés deux-mêmes à son poème épique. Quelles sont ces choses « dont il ne lui convient pas de parler»? Ce sont probablement les passages
LETTRES. l33
Je déclare solennellement qu'ayant confié mon manuscrit à un certain Coderc, qui m'a aidé à l'imprimer, je lui ai formellement enjoint de détruire toutes les feuilles dans lesquelles six vers sur le roi de France et le cardinal Fleury étaient omis; s'il n'a pas exécuté en cela mes ordres stricts, je m'en prendrai à lui, car chaque souscripteur doit avoir mon livre complet.
Pour être juste envers l'édition de James Woodman, je dois dire que c'est la seule qui soit conforme à la mienne. Je voudrais seulement que l'auteur de la Critique eût été moins sévère, en des sujets dont il ne me convient pas de parler.
Voltaire.
où l'auteur des Remarques blâme à la fois Voltaire d'être trop partial envers les catholiques et les catholiques français d'avoir été trop sévères pour quelqu'un qui n'avait pas dit assez de mal des protestants : « On ne veut pas souffrir son ouvrage en France parce qu'il ne dit pas assez de mal de ces méchants huguenots. Voilà M. de Voltaire, tout catholique romain quil est, chassé de France, parce qu'il dit que l'inquisition est un fort cruel tribunal et que beaucoup des Saints Pères les Papes ont été de très grands vauriens. Qu'arrive-t-il? M. de Voltaire arrive dans notre isle avec un livre contre notre religion. On le reçoit à bras ouvert : le roi et la reine lui font des présents, tous les seigneurs s'empressent à faire imprimer son livre. C'est à qui luy fera accueil depuis les grands jusqu'aux petits. Je ne crois pas après cela qu'on puisse nous reprocher d'être inhospitable aux étrangers. Je suppose qu'un de nous s'en aille en France avec un livre contre le papisme et contre les cardinaux : je demande si le cardinal de Fleury lui donnera des dîners à sa maison de campagne, si le Scroope des Français signera quelque ordonnance pour luy, et si la cour fera imprimer son livre par souscription? »
l3/i COKRESPO.NDANCE DE VOLTAIRE.