VOLTAIRE AU REDACTEUR DU DAILY POST
[3i mars.]
I having yesterday seen in llie Daily Posi ' an advertisemcnt Avhich runs thus : By thc author's privilège, ihe Henriade by Mr de Voltaire with a criticism of thc Avhole work. N. B. This édition is not castra ted as that in quarto". Printed for Prévost, — Tins is to glve notice that ï never gave any privi-
(a) Daily Post de Londres, no/Si mars 1738. Le second paragraphe commence ainsi « I hâve just printed », au lieu de « I hâve just pentsed » : c'est une faute d'impression qui fut corrigée le lendemain. Cet avis au public est en efFet répété dans tous les numéros du journal, depuis le 20/3 1 mars jusqu'au 2() mars/ç) avril y compris. On le trouve aussi dans le Craftsman du aS mars/3 avril.
I. Vers l'époque du séjour de Voltaire en Angleterre, il y avait à Londres cinq à six journaux hebdomadaires, une dizaine de journaux paraissant trois fois par semaine et enfin trois quotidiens : The Courant, The Daily Post e^l The Daily Journal. Voir H. R. Fox Bourne, English Ne^^'papers. Chapters on the history of jonnialism, Londres, 1887, t. I, eh. IV.
a. L'annonce de Prévost ajoute : and anothcr in octavo intituled The seconde édition. Coderc et Prévost s"en prennent donc non seulement à la grande édition de Voltaire, mais aussi à l'édition in-8° de Woodman. Et Voltaire dans sa réponse défend l'œuvre de Woodman aussi bien que la sienne. On a suggéré que toute cette polémique a été machinée par Voltaire pour faire de là réclame à sa Henriade. Cela ne paraît pas très vraisemblable. Il est plus probable qu'il n y a là que rivalité de deux libraires à qui Voltaire a également permis de réimprimer son poème et qui sont jaloux lun de l'autre. Un peu plus tard Voltaire eut une nouvelle querelle avec Prévost, dont nous ne saurions rien si on n'avait conservé une lettre de lui à Desmaiseaux qui n'était certainement pas faite pour la publication. Voir 1. 52.
lege to Prévost, but I Avas betrayed into such a kindness for one Codcrc as to grant him leave of printing my book for his own benefit, provided he sbould sell none before mine had been delivered. It is a thing unbeard of that a bookseller dares sell my own work in another manner than I hâve printed it and call my own édition castrated. The truth of the matter is that he bas printed six bad and insignificant low Unes, which Avere not mine, printed in a former édition of La Ligue, and in the room of which tliere are six others a good deal bolder and stronger in the Henriade. As to the Criticism ' I bave not yet seen it.
I bave just perused another édition of my book* printed for James Woodman with another criticism ^
1. L'édition Prevost-Coderc était en effet suivie d'une Critique de la Henriade paginée à part i-xvi (Bengesco, t, I, p. 484)- Oq dut faire de cette critique un second tirage, qui parut séparément quelques semaines plus tard avec la date du 25 avril 1728, sous le titre Lettres critiques sur la Henriade de M. de Voltaire. Imprimé chez Samuel Jallasson... pour J. P. Coderc... et G. de Merville, Libraire à la Haye, 1728, 5o pp. Prix 6 sols. (Bib. ÎS'at., Réserve Ye 289.) Il n'y a qu'une lettre, mais on en annonce dautres qui ne semblent pas avoir vu le jour. Cette critique, qui est sans la moindre valeur, est loeuvre d'un certain Saint-Hyacinthe qui eut plus tard des démêlés avec Voltaire et qui avait déjà eu maille à partir avec lui à Londres. Voir lettre à Helvétius du 21 mars 1709 (Mol.,1. III i).
2. C'est l'édition in-80 de Woodman. La Henriade de M. de Voltaire. Seconde édition, revue, corrigée et augmentée de remai-ques critiques sur cet ouvrage. A Londres, chez Woodman et Lyon dans Russel Street, Coveut-Garden, 1728.
3. Ce sont les remarques critiques annoncées dans le titre. Elles viennent à la fin, avec pagination k part, i-xxin, et sont intitulées Pçnsées sur la Henriade. L'auteur était un certain Faget, comme nous l'apprend Voltaire lui-même. Voir 1. 5i et
wliich m answer in timc'. At least I must cerlify that this Woodman's édition is intirely correct, coniormable io my original and without spurious and bad verses, Avrong spellings and omissions, which do more harm to an author than ail thc criticisms in the world.
Wednesday March ao 1728.
Voltaire.
Ayant vu hier dans le Daily Post une annonce ainsi conçue : Par permission de Tauteur, la Henriade de M. de Voltaire, avec une critique de Touvrage. (N. B. Cette édition n'est pas châtrée comme l'édition in-4''.) Imprimée pour Prévost. — J'avertis ici que je nai jamais donné aucune
58. Les Pensées sont reproduites dans l'édition Gosse et Néaulme, La Haye, 1728, in- 12, sous le titre de Critique de la Ilenriude.
I. L'éditeur l'y invitait, par un, petit « avis » placé en lêle du volume : « J'espère que je ne fais aucun tort à M. de Voltaire en mettant au jour une édition de la Henriade^ à la suite de laquelle j'ay imprimé quelques reflexions sur ce poëme qui m'ont été communiqueez par un seigneur de ce pays-cy. SI .V de Voltaire a intention de répondre aux critiques de ce seii^neur, je suis prest à les imprimer, n'ayant point en vue de desobliger un homme comme M"" de Voltaire pour qui j'ay un respect particulier. » Voltaire écrivit en effet de courtes réponses aux remarques de Faget en marge d'un exemplaire de l'édition in-ii de La Haye, mais pour une raison ou l'autre il ne les publia pas. C'est seulement en 1826 que cet exemplaire annoté étant tombé entre les mains du libraire Fremau de Reims il le fit réimprimer chez Paul Renouard : La Henriade, poème par Voltaire. Réimprimé suivant l'édition de 1728 avec des notes inédites de Voltaire et une critique de ce poème. L'éditeur a inséré à la fin du volume un facsimilé des remarques de Voltaire. Moland a reproduit ces remarques, t. VIII, p. 3G4 et suiv.
pei'mission à Prévost; il est vrai que je me suis laissé entraîner à autoriser bénévolement un certain Coderc à imprimer mon livre pour son propre bénéfice, à condition qu'il n'en vendît aucun exemplaire avant que les miens eussent été délivrés aux souscripteurs. C'est une chose inouie qu'un libraire vende mon propre ouvrage sous une autre forme que celle qu'il a dans mon édition, et s'en aille ensuite traiter cette édition de châtrée. La vérité c'est qu'il a imprimé six méchants vers très insignifiants, qui ne sont pas de moi, mais qui proviennent d'une précédente édition de la Ligue, et à la place desquels il y a dans la Henriade six vers bien plus hardis et bien plus forts. Quant à la Critique, je ne l'ai pas encore vue.
Je viens d'examiner une autre édition de mon livre, imprimée pour James Woodraan avec une autre critique à laquelle je répondrai en temps et lieu. Du moins je dois certifier que cette édition de Woodman est absolument correcte, conforme à mon original et qu'on n'y trouve ni mauvais vers ajoutés après coup, ni fautes d'orthographe, ni omissions, toutes choses qui font plus de tort à un auteur que toutes les critiques du monde.
Mercredi 20 mars 1728,
Voltaire.
LETTRE li8. '