‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 101 sur 162 · VOLTAIRE A M · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A M

Dear Sir'

[i I avril.]

I received lately two leltcrs of your's, one directed to lord Peterborough's" and thc other to lord Bolingbroke's ; both happening to be in the country just whilst I Avas in town ^ hindered me from

(a) Pièces Inéd. 1820, p. iG3. — Moland, 1. 168.

1. On peut supposer que celte lettre est adressée à des Alleurs. Voltaire lui écrivait en anglais (cf. 1. 87) et il l'appellera un peu plus tard « le chevalier anglais des Alleurs » (1. 67), dont il faut rapprocher le Vous qui êtes un parfait Breton de notre lettre 5o. On sait aussi que le chevalier se donnait perpétuellement comme malade, et ici l'une des raisons qui doivent engager son correspondant à venir en Angleterre, écrit Voltaire, c'est que les hypocondriaques y sont particulièrement bien accueillis.

2. Charles Mordaunt, comte de Peterborough et de Monmouth (1608-1735), surtout connu aujourd'hui par sa brillante expédition d'Espagne en 1706. C'était un grand voyageur. En 1726 il est en France et s'intéresse à Mlle Le Couvreur. Cf. Jules Bonnassies, Lettre à Mylord'*" sur Baron et la Dlle Le Coui'reur par George Wink, Paris, 1870: ce « Mylord » anonyme ne serait autre que Lord Peterborough. Il est possible que Voltaire lait vu durant ce séjour à Paris. Quoi qu'il en soit, Peterborough, rentré à Londres dès le mois d'août 1726, témoigna la plus grande bienveillance à l'auteur delà Henriade. C'est lui qui vient en tète de la liste des souscripteurs, et il s'est inscrit pour 20 exemplaires : Bolingbroke seul se montrera aussi généreux. Enfin nous voyons par notre lettre 5o et par la lettre 67 qu'il avait autorisé Voltaire à se faire adresser ses lettres dans sa maison de Londres.

3. Nous avons vu qu'en 1726 Voltaire donnait son adresse chez milord Bolingbroke à Londres. Puis, vers mai 1727, nous le trouvons à la campagne, à Wandsworth sans doute. Vers la fin de l'année il est de nouveau à Londres : mais il semble qu'à

LETTRES. l35

receiving your orders so soon as I should, and as I Avished. I hâve sent this morning by the packetboat a bundle of three copies of the Henriade, with your dh-ection upon it, to be conveycd to you by the means of M. Dunoquet, who lives at Calais, and who "will take care of sending them to you by the public coach. If they are left at the Customhouse', at Paris, you may claim them, and they will

ce moment Bolingbroke n'ait plus de résidence en ville. ÎN'ous lisons, dans le Craftsman du 16/27 septembre 1727, l'annonce suivante : <c A house in the Pall Mail lately inhabited by the Lord Bolingbroke (opposite to Schomberg House) to be let ready furnished •». Aussi Voltaire donne-t-il son adresse maintenant à la Perruque blanche, Maiden Lane (déc. 1727, janvier 1728). Il est probable qu'un peu plus tard, dans le courant de 1728, Peterborough lui rendit le même service qu'autrefois Bolingbroke.

I. L'Hôtel de la Douane était situé rue duBouloi(à peu près au n° 22 de la rue actuelle). Il était défendu à tous maîtres et conducteurs de carrosses, coches et messageries, charretiers, rouliers et autres voituriers. tant par eau que par terre, de délivrer à leur adresse dans Paris ou de les décharger aux environs les balles, ballots ou paquets de livres gros ou petits qu'ils amenaient dans la capitale; défendu aux particuliers de quelque condition qu'ils fussent de recevoir ainsi des livres pour entrepôt ou autrement. Tous les livres venant de l'extérieur devaient être conduits directement à la Douane, pour être portés de là à la Chambre syndicale des libraires, rue des Mathurins, pour y être visités. Ces visites se faisaient les mardi et vendredi de chaque semaine. Elles permettaient aux gens du roi de saisir les ouvrages contraires au gouvernement, à la religion ou aux bonnes mœurs et aux syndics des libraires de confisquer les volumes imprimés en province ou à l'étranger en contravention d'un privilège accordé par le garde des sceaux. Il était dangereux d'enfreindre le règlement : amende de mille livres à tout contrevenant, sans préjudice de la saisie des bateaux, coches, carrosses, harnais et chevaux, et des dépens, dommages et intérêts envers les libraires, etc. La visite une fois passée à la Chambre syndicale, les destinataires des livres non suspects étaient admis à venir les réclamer. Mais il v fallait encore un

l36 CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

bc dclivercd to you : but I hope proper carc sliall be taken of convcying thcm lo your lodgings wilhout giving you the trouble of asking for them.

One of ihe books is for ïiriot, though he bas uttcrly forgot me, and does not write one single Word eitlier in Frencli or in English. Ile may get a good deal of money by printing it in France'. But in case he attempts it I must at least bc acquainted with bis design, and I will send liim many altérations and corrections -whicli will do good to the work and more to him.

You "will sec by some annotations tacked to my book", and fathered upon an English lord, ihat I am hère a confessor of catholic religion ^ Though the poem is written in a language not much admired hère in regard to poetry, yet three éditions bave been made in less than three weeks, which I assure you I attribute intircly to the lucky subject I hâve pitched upon, and notai ail to the performance. I do not send you yet my great édition, because I am really afraid of having not copies enough to answcr the calls of the subscribers. I bave givcn notice to

billet du Sieur de Lavau, inspecteur pour le roi à IHùtel des Fermes.

1. L'édition de Londres à peine publiée. Voltaire songea en donner une autre meilleure encore. Ce sera celle de 1700.

2. Ceci nous montre que Voltaire envoie à ses amis l'édition W^oodman. Cf. p. 127, n. 3 et p. 147.

3. Cf. p. 174, n. 1. L'auteur des « annotations » terminait ainsi sa critique : « Je souhaite à M. Voltaire autant de bonheur qu'il a de gloire. J'aime son poëme : j'y trouve des défauts, mais je les pardonne. Qu'il me pardonne ma critique. Je souhaite qu'il reste parmi nous et <juil fasse une nouvelle édition moins papiste de la Ilenriade. »

many a bookseller in France that my Henriade inquarto "was ready to be delivered to the subscribers at a place wbich I bave appointed in London. It is at Messieurs Simon and Benezet's, merchants, by the Royal-Exchange'. They are so kind as to consent the book should be delivered at their house, to any body who will send some of my receipts. I désire you to tell Tiriot of it, that lie may acquaint the world I am ready to satisfy the subscribers.

I bave been tempted to send you an essay of mine which I bave been bold enough to print in English above two months ago^ : but I dare not send any thing of that kind into France before I bave settled my alTairs in that country^ 1 bave the mis fortune to bave lost ail my annuities upon the town-house, for Avant of a formality * ; and now as I am struggling

1. Ils demeuraient, comme ou voit par la lettre 5i, dans Nicholas Street : ce doit être Nicholas Lane, qui existe encore sous ce nom (entre Lombard Street et Cannon Street).

2. C'est l'Essay upon the civil wars of France... and also upon the epick poetry of the European nations, dont la première édition avait paru non pas deux mois, mais quatre mois auparavant.

3. Voltaire n'envoya pas non plus YEssay à Thieriot, qui chercha à se le procurer par l'intermédiaire d'Atterbury. Voir p. 257.

4. Dans sa lettre du i3 février 1727 Voltaire parle seulement du (c retranchement » de ses rentes : ici il donne à entendre qu'il a tout perdu. Que s"était-il donc passé? L'arrêt de novembre 1726 avait causé la plus grande émotion dans Paiùs : les cours souveraines avaient réclamé des adoucissements, les ministres étaient assiégés de réclamations. Devant la clameur populaire, on feignit de céder, et on annonça qu'on allait rétablir une partie des rentes supprimées. Machault, le maître des requêtes, fut désigné pour recevoir et examiner les plaintes. Il lui fallut des mois pour venir à bout des énormes

l38 CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

for thcir rccovcry, I think I am not to let llie French court know lliat I ihink and write like a free Engllshman. ï heartily wish to sce you and my fricnds. but 1 had rallier to sce lliem in England than in France. You, who are a perfcct Brilon, you should cross the Channel and corne to us. I assure you again that a man of your temper would not dislike a country wherc one obeys to the laws only and to one's whims. Rcason is Irce berc and walks her own way. Ilypochondriacs especially are wel-

dossiers qu'on lui soumit. Pendant ce temps tous ceux qui avaient quelque influence à la Cour ou dans son entourage cherchèrent à peser sur lui. L'arrêt de rétablissement parut enfin le 27 janvier 1728. Ce fut un désappointement : il remettait à peine quatorze cent mille livres de rente. « On assure même, disent les nouvellistes, que la faveur a eu beaucoup plus de part que la justice à Topération faite par M. de Machault. De mauvais plaisans disent que Mme de Breteuil a été le canal par où les grâces ont coulé, que chaque dîner que faisoit mondit Si" de Machault chez elle coutoit au public indigent 5o 000 francs. » Arsenal, ms. 10 i58, fo. 46. Voltaire est du même avis. Il dira plus tard : « Le cardinal Fleury imagina, sous de certains prétextes, de reti*ancher les rentes viagères. Cette opération ne fut pas faite impartialement; plusieurs trouvèrent le moyen, avec de l'argent, d'en être exempts. » (Xote à l'édition de 1787 des lettres de Mlle Aïssé.) A quelle formalité fait-il allusion dans sa lettre du ii avril 1728? Voici un autre rapport d'un nouvelliste qui nous renseignera peutêtre : (c 17 janvier. On a parlé des rentes viagères sur le rétablissement desquels on n'a plus grande espérance; on dit la Cour picquéc de ce que nombre de particuliers n'ont pas encore fait réduire leurs contracts aux termes de l'édil, même qu il est des rentiers qui, la réduction faite sur leurs contracts, ne vont pas recevoir, mais que M. le Controlleur général a donné ordre au Prévost des M<*s de faire afficher à lllùtel de Ville que quiconque n'iroit pas recevoir ce qui est échu depuis et avant la réduction dans le courant de janvier, les payeurs porteront les deniers au Trésor Royal et sera perdu pour ceux qui ne recevront pas. ■» Arsenal, ms. 10 i58, fo. 26. On se rap-

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corne. No manner of living appears strangc. We hâve men who walk six miles a day for their health, feed upon roots, never taste flesh, wear a coat in winter thinner Ihan your ladics do in the liottest days : ail that is accounted a parlicular reason, but taxed with foliy by nobody.

Let us return to the Henriade again. Of those three volumes which are in a packet directed to you, I charge Tiriot to send one to my former friend Miss Livrv' : Madame de Bernières will read that of

pelle qu'on commença au i^"" janvier 1727 a payer les six derniers mois de 1726. Il est probable que Voltaire négligea de faire porter sur son (c contrat » de rente la réduction imposée par ledit de novembre et qu'il tomba ainsi sous le coup des dispositions sévères prises par le Contrôleur Général. Mais il n'aurait perdu ainsi tout au plus que les intérêts de 1727, ceux delà seconde moitié de 1726. et peut-être, s'il était en retard de ce côté-là, ceux du premier semestre de 1726. Ce serait donc de cette façon qu'il faudrait interpréter la phrase / hâve lost ail my annuities upon the To^'n-house. Faut-il comprendre de même, dans la lettre 67, la phrase Cardinal Fleury has taken away my rents n-ithoiit mei'cy? (Cf. aussi 1. 65.)

I. Suzanne-Catherine Gravet de Livry, une ancienne maîtresse de Voltaire, dont le nom revient plus d'une fois dans les lettres antérieures à 1726 et à qui est adressée la fameuse Epître des Vous et des Tu. Depuis le 25 janvier 1727 elle était mariée au marquis de la Tour du Pin de Gouvernet. (Desnoiresterres, 1. 1, p. 407-8.) Voltaire, qui l'appelle encore Mademoiselle de Livry, ignore-t-il son mariage ou croit-il déjà ce qu'il affirmera dans une lettre de 1776 qu'ajant épousé un protestant elle n'a pas le droit de porter le nom de son mari? Armand Arouet avait été témoin au mariage. Ceci laisserait entendre qu'il y avait d'anciennes relations d'amitié entre les Arouet et les Livry. Il ne serait même pas impossible qu'il y eût entre les deux familles une lointaine parenté. Quand le jeune Arouet fut, sur la demande de son père, exilé à Sully-sur-Loire, la décision officielle porte qu'il a dans cette ville (( quelques parents dont les instructions et les exemples pourront corriger son imprudence et tempérer sa vivacité ». On peut se demander si

li^O CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

Tiriot : I inlend liercafter to send lier one for lier library at La Rivière.

But I désire Tiriot not to attempt any thing about the printing of my book witliout accjuainting me with it : 1 sliall take it as a proof of liis friciidship to me.

Farewell, I love you sincerely without any compliment or ceremony.

March last.

TRADUCTION DE LA LETTRE fjO.

Cher Monsieur,

J'ai reçu dernièrement deux lettres de vous, Tune adressée à Milord Peterborough, et l'autre à Milord Bolingbroke. Tous les deux se trouvaient être à la campagne, tandis que j'étais à Londres, ce qui m'a empêché de recevoir vos ordres aussitôt que je l'aurais dû et que je l'aurais souhaité. J'ai envoyé ce matin, par le paquebot, un paquet renfermant trois exemplaires de la Henriade, avec votre adresse dessus, pour vous être remis par la voie de M. Dunoquet qui habite Calais et qui prendra le soin de vous les envoyer par le coche. Si on les laisse à la Douane de Paris, vous pouvez les réclamer, et

les parents en question ne seraient pas l'oncle de Suzanne, Joseph de Corsembleu, et sa famille : M. de Corsembleu était avocat et procureur fiscal du duché et maire héréditaire de la ville de Sulli. (Voir Desnoiresterres, t. I, p. laS.) Mais ce n'est là qu'une hypothèse. Quoi qu'il en soit, de retour à Paris, Voltaire vit souvent le père de Suzanne, Gavet de Livry, qui depuis 1726 était « conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances ». Au début de 1781 il fait adresser ses lettres chez lui, rue de Condé (Mol., 1. 207 et 210) et il écrit à Cideville qu'il y va souper tous les jours (Mol., 1. 210). Peut-être y retrouvait-il le marquis et la marquise de Gouvernet.

LETTRES. l4l

ils vous seront remis ; mais j'espère qu'on prendra la peine de vous les envoyer chez vous sans vous obliger à l'ennui de venir les chercher.

Un des livres est pour Thieriot, quoiqu'il m'ait entièrement oublié et n'écrive pas un seul mot soit en français soit en anglais. Il pourrait gagner beaucoup d'argent en le faisant imprimer en France. Mais en cas qu'il l'entreprenne, je dois au moins en être instruit, et je lui enveri'ai nombre de changements et de corrections qui feront du bien à l'ouvrage et plus encore à lui.

Vous verrez par quelques notes cousues à mon livre et qui sont mises sur le compte d'un lord anglais que je suis ici un confesseur de la foi catholique. Quoique le poème soit écrit dans une langue peu admirée ici quand il s'agit de poésie, on en a cependant fait trois éditions en moins de trois semaines; ce que j'attribue entièrement, je vous assure, à l'heureux sujet sur lequel je suis tombé, et pas du tout au mérite de l'exécution. Je ne vous envoie pas encore ma grande édition, parce que j'ai réellement peur de n'avoir pas assez d'exemplaires pour répondre aux demandes des souscripteurs.

J'ai fait savoir à plus d'un libraire en France que ma Henriade in-4° était prête à être délivrée aux souscripteurs, à l'adresse que j'ai fixée à Londres. C'est chez MM. Simon et Benezet, négociants près de la Bourse. Ils sont assez obligeants pour consentir à ce que l'ouvrage soit délivré chez eux à quiconque leur enverra une de mes quittances. Je vous demande de le faire savoir à Thieriot, afin qu'il apprenne au monde que je suis prêt à satisfaire les souscripteurs.

J'ai été tenté de vous envoyer un essai de ma composition, que j'ai été assez hardi pour imprimer en anglais, il y a un peu plus de deux mois. Mais je n'ose rien envoyer de ce genre en France avant d'y avoir réglé mes affaires. J'ai le malheur d'avoir perdu toutes mes rentes sur l'Hôtel de Ville, faute d'une formalité. Comme je fais maintenant tous mes efforts pour les recouvrer, je crois que je ne

l42 CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

dois pas laisser voir à la cour de France que je pense et écris comme un libre Anglais. Je désire vivement vous revoir, ainsi que mes amis, mais j'aimerais mieux que ce fût en Angleterre qu'en France. Vous qui êtes un parfait Breton, vous devriez passer la Manche et venir nous trouver. Je vous assure de nouveau qu'un homme de votre caractère ne se déplairait pas dans un pays où chacun n'obéit qu'aux lois et à sa fantaisie. La raison est libre ici et prend le chemin qui lui plaît. Les hypocondriaques tout particulièrement y sont les bienvenus. Aucune manière de vivre n'y paraît étrange. Nous avons des gens qui font six milles par jour pour leur santé, se nourrissent de racines, ne touchent jamais à la viande, portent en hiver un habit plus léger que le costume de vos dames dans les jours les plus chauds. Tout cela est regardé comme une singularité, mais n'est taxé de folie par personne.

Revenons à la Henriade. De ces trois volumes que renferme le paquet à votre adresse, je charge Thieriot d'en envoyer un à mon ancienne amie, Mlle Livry; Mme de Bernières lira celui de Thieriot; je lui en enverrai un plus tard pour sa bibliothèque de la Rivière.

Mais je prie Thieriot de ne rien entreprendre pour l'impression de mon ouvrage sans m'en informer; je regarderai cela comme une preuve de son amitié pour moi.

Adieu, je vous aime sincèrement sans compliment ni cérémonie.

VOLTAIRE A THIERIOT "

[2 mai.] London, 21 april o. s. 1728.

My dear ïiriot, I wrilc to you in English for ihe same reason

(a) Pièces Inéd. ibao, p. 18G. — Moland, 1. i-jS.

LETTRES. l/i3

that Abbot Boileau Avrote in Latin' ; I mean, that I should not be understood by many over-curious people.

That I love you is very certain; that I never received a letter fiom you thèse ten monlhs, and that I sheuld bave received them, had you written any, is equally true. I pardon your neglect, you lazy créature, but I do not forgive your telling me you hâve written ten letters when you bave writ none.

I thank you extremely for your having drudged and danced many an attendance, for my sake, at Bologni's" and at the Treasury^ I do not wonder at your kindness, nor at the bad success, since mis fortune attends me every Avhere.

As to the Henriade, I think you may easily get a

1. Jacques Boileau, frère du poète, 1635-1716. Il obtint en 1694 un canonicat à la Sainte-Chapelle, et devint ainsi le voisin des Arouet. C'était, paraît-il, un grand ami d'Armand (H. Beaune, Voltaire au Collège, p. lxi). (c On lui demandait pourquoi il écrivait toujours en latin : c'est, dit-il, de peur que les évéques ne me lisent; ils me persécuteraient. » [Siècle de Louis XIV, Notice sur Jacques Boileau.) Voltaire, qui dut le voir plus d'une fois dans sa jeunesse, a pu recueillir ce mot de sa bouche même.

2. Bologni, ou plutôt Boulogne, était le premier commis des finances, le bras droit du Contrôleur général. Un nouvelliste nous apprend au i5 nov. 1727 qu'il « distribue journelement à Fontainebleau les ordonnances des pensions de Tannée 1726, mois par mois. Il en est actuellement au mois de septembre. » Arsenal, ms. 10 167, f'^ 209 v°. Au 6 déc. : <c Toutes les ordonnances de pension de l'année 1726 seront payées dans le courant de ce mois. M. Boulogne délivre actuellement celles du mois d'oct. de la même année. » Ihid., i° 228 v^.

3. Il s'agissait évidemment à la Trésorerie de réclamations concernant le retranchement ou la suppression des rentes de Voltaire.

l44 CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

privatc licence of printing it : I intend in al)out a fortniglil lo ask tliat licence. In the mean lime you must go to M. Hérault, the lieutenant de police. 1 hâve already sent one copy of the Henriade to him, and intrcated him to seize ail the copies which miglit sleal into France till 1 liud leave from the government to puhlish the book. I hâve assured him I would never send inlo France any thing without the consent of the minislry ; therefore it will be very propcr for you to spcak to him in the same manner, and to inform him that the person you speak of ' undertakes an édition of the Henriade, contrary to my honour, to my interest and to the laws. Surely M. Hérault will send for him and forbid him to meddle with such an undertaking. The lieutenant de police will do it the more readily the more you shall inform him of the man's behaviour, and of his having been already guilty once of the like. Dépend upon it, the man will be terrified from his undertaking. In the mean time we will get our private license, and in case the license is granted, I advise you to make a bargain wilh some notable bookseller; then I will send you my plates"

1. C'est sûrement l'abbé Desfontaines, qui cherche à recommencer avec la Henriade la petite opération qu'il avait déjà pratiquée avec la lÀgue en 1724.

2. Les planches restèrent à Londres chez le libraire Woodman dont elles devinrent la propriété. Quatre ans plus tard Thieriot, qui était à son tour venu à Londres, eut pour mission de les racheter à Woodman (iNIol., 1. 264, i4 avril 1702; cf. 1. 262 et 264). Voltaire pense toujours à une édition in-4*', qu'il veut donner en France avec les figures. Il ne semble pas qu'elle ait jamais paru. Peut-être ne réussit-il pas à rentrer en possession de ses planches.

with some sheets of a quarto édition, large paper, begun in London, with thc Essay on Epie Poetry in French, and calculated for tiic French meridian '. The bookseller must make tAvo éditions : one in quarto, for my own account, and another in octavo for your benefit. But nothing can succeed to our advantage and to my honour, unless you go to M. Hérault, and implore his assistance against the interloper.

lîowever, I think you should see the interloper, and tell him only you hâve acquainted me Avith his design; that he should do nothing about the poem without Consulting me about many altérations I hâve made since the publication : tell him besides I disapprove entirely his design of translating my English essay, since I hâve translated it myself. That little pamphlet could not succeed in France without being dressed in quite another manner. What I say of Milton cannot be understood by the French unless I give a fuUer notion of that author\ The style besides is after the English fashion; so

1. Cette version française de VEssai sur la poésie épique a calculée », comme l'Almanach royal, « pour le méridien français » ne parut qu'en 1783 dans l'édition de la Henriade in-8" donnée par Innis à Londres (en réalité par Jore, à Rouen).

2. Voir dans l'Essay au début du chapitre sur Milton : <( The French answer with a scornful smile, when they are told there is in England an epick poem, the subject whereof is the Devil lighting against God and Adam and Eve eating an apple at the persuasion of a snake. As that topick halh afîorded nothing among them but some lively lampoons for which that nation is so famous, they cannot imagine it possible to build an epick poem upon the subject of their ballads. »

CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE. lO

l46 CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

many similies', so many things whicli appear but easy and familiar lierc, Avould sccm toc low to your wits cl" Paris. In short, I know nothing so impertinent as to go about lo translate me in spight of my teetb. Jn fine your business must be to gain time with him, to terrify bim by M. Hérault's means, and to obtain of M. Hérault that he will hindcr not only tbe man, but cvery body else from publisbing tbe book^

I advise you to go to M. de Maisons and to lay tbe case before bim : be is very grcat Avitb tbe keeper of tbe seals\ and may easily in a few days belp us to a private licensc. You must direct for tbe future

I. Dans un passage de VEssar où il distingue le goût de chaque nation, il note « the strength peculiar to the English, tlieir fonduess of allégories, ilieir running into similea ». Et pour être tout à fait dans le goût anglais, il est bien vrai qu'il a lui-même prodigué les comparaisons. S'excuse-t-il, par exemple, de présenter aux Anglais un livre dont les matériaux sont empruntés à leurs propres auteurs, il ajoutera : <c A nurse is not displeased with the stammering articulations of a child, who delivers to her with much ado his fîrst undigesled thoughts ».

■X. Desfontaines renonça à donner une édition de la Ilenriade, mais il était trop tard pour arrêter la traduction de VEssay. Au moment où Voltaire écrit sa lettre, elle a déjà paru : l'approbation et le privilège sont du 25 avril, le manuscrit était déposé dès le 1 1 avril.

3. Germain-Louis Chauvelin (1685-1762), garde des sceaux et ministre des affaires étrangères depuis le 17 avril 1727. A la même date on lui avait donné la haute main sur toutes les questions qui concernaient la <c Librairie »; cf. Marais, Journal, III. p. 2 ii : « Le garde des sceaux a dans son partage tout ce qui regarde la librairie et les censeurs de livres, les induits... La librairie va loin : le garde des sceaux y a préposé un abbé de Beaujeu, qui a été son précepteur, et qui est fort attaché aux Jésuites; la liberté décrire sera plus gênée que jamais. » Chauvelin fut disgracié en 1707.

ail your lettcrs to Messieurs Simon and Benezet, mcrchants, Nicholas street, London.

Take care of your hcalth, use much exercise, keep your body open, your mind easy, eat little, despise tlie world, love me, and be happy. Farewell.

My services to any body who Avill remember me. How does Madame de Dernières? I shall send her my great édition by the next opportunity.

The silly criticism Avhich is prefixed to one of the éditions I hâve sent to you is written by one Faget*, an enthusiastic refugee, who knows neither good English nor French. I hear some of your impertinent Avits in Paris hâve fathered it upon me'.

TRADUCTION DE LA LETTRE 5l.

Londres, 21 avril 1728.

Mon cher Thieriot, je vous écris en anglais pour la même raison que Fabbé Boileau éciùvait en latin, c'est-àdire afin de n'être pas compris par beaucoup de gens qui sont trop curieux. Il est très certain que je vous aime, el il est également vrai que depuis dix mois je n'ai pas reçu une seule lettre de vous, et que si vous en eussiez écrit elles me fussent parvenues. Je vous pardonne votre négligence, paresseux que vous êtes, mais je ne vous pardonne pas de ra'assurer que vous m'avez adressé dix lettres

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