‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 102 sur 162 · Voir p. 127, n · texte numérisé non relu

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2. Le même bruit courait à Londres : voir les Zèbres critiques sur la Ilenriade de Saint-Hyacinthe, p. 35. Cela tient sans doute à ce que Voltaire, avec une complaisance marquée, avait recommandé au public l'édition Woodman qui renfermait la critique de Faget : voir 1. 47 et 49- Mais il n'est pas douteux, à notre avis, que Saint-Hyacinthe et les beaux esprits de Paris ne se trompent.

quand vous n'en avez pas écrit une seule. Je vous remercie infiniment des ennuyeuses corvées et des longues attentes que vous vous êtes imposées, pour mes intérêts, chez Bologni et à la Trésorerie. Je ne m'étonne point de votre bonté ni du peu de succès qu'elle a eu, puisque le malheur me suit partout. Quant à la Henviade, je crois qu'il vous sera facile d'obtenir en secret un permis d'imprimer : je compte dans une quinzaine de jours demander moi-même ce permis. En attendant il faut que vous alliez chez M. Hérault, le lieutenant de police; je lui ai déjà envoyé un exemplaire de la Henviade^ en le priant instamment de faire saisir tous ceux qui pourraient se glisser en France avant que jaie eu du gouvernement la permission de publier ce livre. Je l'ai assuré que je n'enverrais jamais rien en France sans le consentement du ministère; il sera donc très à propos que vous lui parliez dans le même sens, et que vous lui fassiez savoir que la personne dont vous parlez entreprend une édition de la Henriadc contre ma dignité, contre mes intérêts et contre la loi. M. Hérault l'enverra sûrement chercher et lui défendra de se mêler de cette entreprise. Le lieutenant de police le fera d'autant plus promptenient que vous lui donnerez plus de détails sur la conduite de cet homme et sur ce qu'il s'est déjà rendu coupable de la même faute. Comptez que l'homme aura peur et laissera tout là. Nous en profiterons pour demander notre permis, et en cas qu'on nous l'accorde je vous conseille de faire un prix avec un libraire de marque; je vous enverrai alors mes gravures et quelques feuilles d'une édition in-4°, sur grand papier, commencée à Londres avec V Essai sur la poésie épique en français et calculé pour le méridien français. Il faut que le libraire fasse deux éditions, l'une in-/,° pour mon propre compte et une autre in-8° à votre profit. Mais rien ne peut réussir à votre avantage et à mon honneur à moins que vous n'alliez trouver M. Hérault pour implorer son appui contre le trouble-fête.

Pourtant je crois que vous feriez bien de voir l'individu

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lui-même et de lui dire seulement que vous m'avez fait connaître ses intentions, et qu'il n'entreprenne rien au sujet de ce poème sans me consulter sur quantité de changements que j'y ai faits depuis la publication. Dites-lui de plus que je désapprouve tout à fait son dessein de traduire mon essai anglais, puisque je l'ai traduit moi-même. Cet opuscule ne pourrait réussir en France qu'accommodé d'une tout autre façon. Ce que je dis de Milton ne peut être compris des Français à moins que je ne donne une idée plus étendue de cet auteur. Le style d'ailleurs est dans le goût anglais; tant de comparaisons, tant de choses qui ne paraissent ici que simples et familières, sembleraient trop vulgaires à vos beaux esprits de Paris. En un mot, je ne sais rien d'aussi impertinent que de vouloir me traduire en dépit de mes dents. Bref votre affaire à vous doit être de gagner du temps, de terrifier l'individu par le moyen de M. Hérault et d'obtenir de M. Hérault que non seulement il empêche notre homme mais toute autre personne de publier mon livre. Je vous conseille d'aller chez M. de Maisons et de lui exposer le cas. Il est très bien avec le garde des sceaux et peut aisément en quelques jours nous faire accorder une permission particulière.

Adressez à l'avenir toutes vos lettres chez MM. Simon et Benezet, négociants, rue Nicolas, Londres.

Soignez votre santé, prenez beaucoup d'exercice, tenezvous le ventre libre et l'esprit tranquille, mangez peu, méprisez le monde, aimez-moi et soyez heureux. Adieu.

Mes compliments à tous ceux qui se souviendront de moi. Comment se porte Mme de Bernières? Je lui enverrai ma grande édition à la prochaine occasion.

La sotte critique qu'on a mise en tête d'une des éditions que je vous ai envoyées est écrite par un certain Faget : c'est un réfugié enthousiaste qui ne sait ni anglais ni français. J'entends dire que quelques-uns de vos impertinents beaux esprits de Paris me l'ont attribuée.

l5o CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

VOLTAIRE A DESMAIZEAUX ".

[Avril-mai 1728?]

Sr',

I hear Prévost hatli a mind to bring \ ou a second time as an évidence against me. He sais that I hâve told y ou I had given'' him five and twenty books" for thirty guineas. I remcmber very Avell, S^ I told you at Rainbow's^ colTee house' that I had given him twenty subscription receipts for tlie Ilenriade and received thirty guineas down. But I never meant to havc parted Avith thirty copies at three guineas each for thirty one pounds. 1 hâve agreed with him upon quite another foot. and I am not

(a) Bris. Mus., add. l^ 288, f" say, 2 p. pet. in- 1". — Stephen Colet, Relies of Literature, 1828, p. 307. — Bengesco, Voltaire, Lettres et billets inédits, 1887, p. ix. — Ballantyne, Voltaire s visit to Eiis;land, p. i56. — Churlon Collins, Voltaire, etc., in England, p. 81. — P. Deseille, Traduction de Churton Collins, p. 78.

(b) Voltaire avait d'abord écrit « made » qui a été barré, et « given » écrit à la suite.

(c) Voltaire voulait d'abord dire « twenty five » ; il a écrit ti^'e. puis s'est ravisé, a barré et a mis « five and twenty ».

(d) Voltaire avait d'abord écrit : at the Rainsbow cofl'ee house.

1. Pierre Desmaiseaux (1666-1743). fils dun pasteur protestant, dut quitter la France, séjourna quoique temps à Genève vers 1695, puis passa en Angleterre, où il resta jusqu'à sa mort. C'est un des plus connus parmi les nombreux réfugiés français qu'on rencontrait alors à Londres.

2. Il ne s'agit pas ici du fameux café de Fleet Street, mais d'un homonyme dont nous trouvons ladresse exacte dans une lettre du 5 avril 1718 adressée « To Mr Desmaizeaux, to be left at Rainbow Collé house in Charing Cross, the corner over against Northumberland house, at London ». Brit. Mus., ms. add. 4 288, f 93 v".

LETTRES. l5l

such a fool (tho a Avriter) to give away ail my propcrtv to a bookseller. Thcreforc I désire you to remember tliat I nevcr told you of my having madc so silly a bargain. I told, I own, I had thirty pounds or some équivalent doAAii, but I did not say t'was ail the bargain. This I insist upon and beseech you to recollect our conversation, for I am sure I ne ver told a taie so contrary to truth, to reason and to my interest. I hope you Avill not back the injustice of a bookseller who abuses you against a man of honour Avho is y" most humble servant,

Voltaire .

I beseech you to send me an answer to my lodging without any delay. I shall be extreemly obliged to you.

Suscription :

To IVr Desmeseaux.

Monsieur,

J'apprends que Prévost a envie de vous appeler une seconde fois en témoignage contre moi. Je vous ai dit, affirme-t-il, que je lui avais donné vingt-cinq exemplaires pour trente guinées. Je me rappelle parfaitement, Monsieur, vous avoir dit au café de FArc-en-ciel que jelui avais donné vingt reçus pour la Henriadc et qu'il m'avait remis trente guinées sur-le-champ. Mais je n'ai jamais songé à céder trente exemplaires à trois guinées chacun pour trente et une livres. J'ai fait avec lui un tout autre arrangement et je ne suis pas assez fou, quoique écrivain, pour abandonner tout mon bien à un libraire. Je vous demande

l52 CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

donc de vous souvenir que je ne vous ai jamais parlé d'avoir fait un marché aussi ridicule. J'ai dit, je l'avoue, que j'avais reçu comptant trente livres ou quelque chose d'approchant; mais je n'ai pas dit que ce fût là tout le marché. J'insiste là-dessus et vous supplie de vous rappeler notre conversation, car je suis bien sûr de n'avoir jamais fait un conte si contraire à la vérité, à la raison, et à mon propre intérêt. J'espère que vous ne prendrez point parti pour un libraire de mauvaise foi qui vous trompe contre un homme d'honneur qui est votre très humble serviteur.

Voltaire.

Je vous prie instamment d'envoyer une réponse à mon appartement sans le moindre délai. Je vous en serai extrêmement obligé.

A M. Desmeseaux.

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