Virgile, Céorg., II
2. Il semble que Voltaire adapte plaisamment à sa situation et il celle de Towne certains vers des Métamorphoses qu'Ovide met dans la bouche d'Apollon :
Juppiter est genitor. Per me quod erilque fuitque Estque, patet : per me concordanl carmina nervis. Certa quidem nostra est, nostra tanien una sagilta Gertior, in vacuo quse vulnera peclore fecit. Invenium medicina metini est, opiferque per orbem Dicor, et herbarum subjecta potentia nobis (I, 517-22).
3. John Freind (1675-1728), un des médecins anglais les plus renommés du xviii« siècle. Il avait accompagné Lord Peterborough en Espagne dans sa campagne de 1707 et à son
having outphisicd himself : he took the other day ten ounces of hcrapicra at once, with some sene, and since that noble experiment he lies speechless. This must be looked upon as self-murther. I hope you do not deal with your self so violently. I avo you take a better care of y'' health.
I hear this minute doctor Friend is dead, leaving behind him an ample fortune, and a great réputation whicli nothing can lessen but bis late sickness ; he was the only patient whom he treated so ill.
Farewell, dear S""; in case you are ever so kind
l'etour publia plusieurs écrits en sa défense. Impliqué dans la conspiration jacobite d'Atterbury, il fut mis à la Tour, 1728, ce qui ne Tempêcha pas de devenir plus tard médecin de la reine Caroline, 1727. Il mourut d"une fièvre, le 26 juillet 1728. Son principal ouvrage, Histoire de la médecine depuis Galien jusqu'au XVh siècle, Londres, 1725-26, fut traduit presque aussitôt en français, Paris, de l'imprimerie de Jacques Vincent, 1728, (le privilège est du 7 août 1726). Dans sa Préface (adressée à M. Helvetius) le traducteur cite sur Freind un jugement de Peterborough : u M. Freind n'est pas un de ces sçavans sombres et farouches qui sont toujours étrangers dans le monde; c'est l'homme le plus poli et le plus aimable; on trouve en lui des charmes auxquels il est difficile de résister ; il répand dans ses écrits une force et une douceur qui le rend maître des esprits. On admire dans ses conversations les agrémens de l'esprit, la justesse du raisonnement et l'étendue de ses lumières. Ses talents brillent encore plus dans l'exercice pénible de sa profession; il n"est pas de médecin plus éclairé, plus laborieux, plus heureux que lui. Ses opinions ont parmi les sçavans la même autorité que les sentimens d'Hippocrate: la pureté de son style est digne du siècle d'Auguste. » Et le traducteur ajoute : <( M. Freind étoit fort jeune lorsqu'il s'attira ces éloges, que peu de personnes méritent dans un âge avancé. Le public les a confirmez par une estime que ce grand homme a toujours soutenue. On le reconnoît dans Londres pour le plus grand médecin de l'Angleterre; les petits et les grands ont recours à lui. La Cour qui n'est pas un séjour qu'il ambitionne a voulil souvent se l'approprier. »
.18 lo wrilc to me, I désire you to direct your to M"" Cavalier, a merchant by the Royal Exchangc. I am for ever witli sincerity, esteem, and gratitude. S',
Y*" very humble, obed.faithfuU serv.
Voltaire,
TlîADUCTION DE LA LETTRE Sj.
A Wandsworlh. 28 juillet 1728.
Cher Monsieur,
J\ii reçu hier votre bonne et spirituelle lettre, qui avait été envoyée chez inylord Petcrborough à Bath, Vous nie faites le plus grand honneur dont je puisse jamais ni'enorgueillir, de vêtir d'un costume anglais mon enfant français. Je reçois la meilleure récompense de tous n)es labeurs si vous persévérez dans le généreux dessein de traduire mon livre qui ne le mérite pas, dans une langue qui donne de la vie et de la force à tous les sujets qu'elle touche. La Henriadc respire au moins un air de liberté qui n'est pas très commun en Fi'ance; le langage d'une nation libre comme Test la vôtre est le seul qui puisse exprimer vigoureusement ce que je n'ai fait qu'esquisser dans ma langue maternelle; l'ouvrage croîtra dans vos mains de façon à devenir digne de la nation britannique, et cet arbre transplanté sur votre sol et greffé par vous va porter de nouveaux et meilleurs fruits. Mirntnr novas fronde-'^ et non sua poina. Je voudrais pouvoir être l'heureux témoin de votre labeur. Je vous assure, cher Monsieur, que je suis fortement tenté de me rendre à la Barbade; car de même que la Henriadc avait besoin d'être traduite par vous, de même j'ai besoin d'un meilleur climat pour ma santé qui va chaque jour s'empirant en Angleterre. Je suis sûr que vos conseils feraient autant de bien à mon corps que vous en
faites à mon poème; vous seriez mon Apollon à un double titre : Per te concordant nervi et medicina tuu/n est.
Puisque j'en suis sur le sujet de la médecine, il faut que je vous apprenne que le docteur Freind est à l'article de la mort pour s'être administré une trop forte dose de médecine ; il a pris l'autre jour dix onces d'herapici'a d'un coup avec du séné, et depuis cette noble expéi'ience il est dans son lit sans pouvoir parler. Il y a là bel et bien meurtre commis sur sa propre personne. J'espère que vous ne vous traitez pas par des moyens si violents. Je parierais que vous prenez un meilleur soin de votre santé.
J "apprends à la minute que le docteur Freind est mort, laissant derrière lui une ample fortune et une grande réputation que rien ne pourra diminuer si ce n'est sa dernière maladie. Il est le seul malade qu'il ait traité si mal.
Adieu, cher Monsieur; en cas que vous soyez un jour ou l'autre assez bon pour m'écrire, je vous prie d'adresser votre lettre chez M. Cavalier, négociant, près de la Bourse.
Je suis pour toujours avec sincérité, estime et gratitude. Monsieur,
Votre très humble, obéissant et fidèle serviteur,
Voltaire.
VOLTAIRE A THIERIOT"
[i5 août.] A Londres, 4 août.
Voiciqui VOUS surprendra, mon cher Thiriot, c'est une lettre en français. Il me paraît que vous n'aimez pas assez la langue anglaise pour que je continue mon chiffre avec vous. Recevez donc en langue vulgaire les tendres assurances de ma constante amitié. Je suis bien aise d'ailleurs de vous direintel-
(a) Éd. de Kehl, in-12, t. LXVIII, p. 83, 1. 33. — Moland, 1. 180.
ligiblemenl que si on a fait en France des reclicrches de la Henriade chez les libraires, ce n'a été qu'à ma sollicitation*. J'écrivis, il y a quelque temps, à monsieur le garde des sceaux et à monsieur le lieutenant de police de Paris, pour les supplier de supprimer les éditions étrangères de mon livre, et surtout celle où l'on trouverait cette misérable critique dont vous me parlez dans vos lettres ^ L'auteur est
1. Voilà qui explique les difficultés qu'eut Marais à se procurer un exemplaire de la Ilcnriade. Dans le ms. f'r. 21981 de la Bibliothèque Nationale, Estât des livres arvesiez dans les visites faites par les syndics et adjoints, on trouve quelques traces de ces perquisitions : « Du 16 juillet 1728. Arresté sur Monsieur Lellio (Est-ce l'auteur de VHistoire du Théâtre italien'!) -i Henriade de Voltaire in-8°, broché, imprimé à Londre en 1728, Seconde édition. » On voit que c'est l'édition Woodman qui pénétrait en France. Il y eut des perquisitions postérieures à notre lettre 58. « Du -28. Aoust 1728, Trouvé dans un paquet adressé à M"" le Comte de S' Florentin quatre Henriades de M"* de Voltaire, broché, dans lesquels ne s'est point trouvé de préface. Un exempl. à M"" Gallyot. » Le comte de Saint-Florentin était secrétaire d'Etat pour « les affaires générales de la religion prétendue réformée ». La Préface que l'on cherchait était probablement VEssai sur les Guerres Civiles que Voltaire considérait comme formant avec l'Essai sur la Poésie épique l'introduction naturelle de sa Ilenriade. On avait refusé d'en laisser paraître une traduction à Paris [Bihliotlièque française^ t. XIII, p. 127). Reprenons le ms. 21981 : <( Du mardi 28 novembre 1728. Arresté sur M'' l'abbé des Fontaine 3 Henriade 8". Remis à M. Augeard. » Evidemment, l'abbé était surveillé de près. Il venait de recevoir ces livres d'Angleterre, comme on le voit par un autre registre de la Chambre syndicale des libraires, fr. 21905, /;0Mr les paquets, halles, ballots qui vienne[nt] a la Chambre pour y estre visité[s] suivant les Iieglement[s] : « Samedy 20 g*"'*" 1728. M'" l'abbé Desfontaines, un paquet venu de Calais par le carosse. Adresse (c.à-d. portant comme marque l'adresse de l'abbé). Remis à M'' Augeard. »
2. C'est évidemment l'édition Woodman, avec la Critique de Faget dont les railleries à l'égard des papistes ne pouvaient que
lin réfugié connu à Londres, et qui ne se cache point de l'avoir écrite. Il n'y a que Paris au monde où l'on puisse me soupçonner de cette guenille; mais odi profamim vulgiis et arceo * ; et les sots jugements et les folles opinions du vulgaire ne rendront point malheureux un homme qui a appris à supporter des " malheurs réels ; et qui méprise les grands peut bien mépriser les sots. Je suis dans la résolution de faire incessamment une édition correcte du poème auquel je travaille toujours dans ma retraite. J'aurais voulu, mon cher Thiriot, que vous eussiez pu vous en charger pour votre avantage et pour mon honneur. Je joindrai à cette édition un Essai sur la poésie épique qui ne sera point la traduction d'un embryon anglais mal formé, mais un ouvrage complet et très curieux pour ceux qui, quoique nés en France, veulent avoir une idée du goût des autres nations. Vous me mandez que des dévots, gens de mauvaise foi ou de très peu de sens, ont trouvé à redire que j'aie osé, dans un poëme qui n'est point un colifichet de roman, peindre Dieu comme un être plein de bonté et indulgent aux sottises de l'espèce humaine ^ Ces faquins-là feront tant qu'il
(a) Mol., les. ^
gâter les affaires de Voltaire à Paris, si on persistait à lui attribuer ce petit écrit.