C'est évidemment Desfontaines. Cf. p
2. Il s'agit de la marquise de Rabodanges, d'une très ancienne famille de Normandie, qui mourut de la petite vérole à Paris le 11 janvier 1720. Cette mort fit du bruit. Un correspondant de la marquise de Balleroy va nous dire pourquoi : <c Ce lundi au soir i3 janvier 1720. Je ne sçais si je vous ai mandé que Me de Bernières aiant bien voulu prcster un logement à M'' de Rabodange chés elle, qui est la moitié de la maison de Cailli, elle y est venue et deux jours après s'est trouvée prise de la petite vérole. M*^* de Bernières et Cailli ont eu la cruauté de la faire enlever, la petite vérole sortante, et porter chés une garde où elle est morte avant-hier ». Le 20 janvier un autre correspondant de la marquise de Balleroy lui fait le même récit et ajoute : « Le public en est dans une indignation épouvantable. » (Bib. Mazarine, ms. 2338, n«s g et 12, passages non recueillis dans le livre de M. de Barthélémy.) On voit maintenant qui est cette « femme fidèle » (true woman) : c'est Mme de Bernières, et il semble bien que Thieriot malade ait été expulsé de chez elle avec aussi peu de cérémonie que neuf années auparavant la pauvre Rabodanges. Seulement Thieriot n'en mourut pas.
TRADUCTION DE LA LETTRE Gl.
Gratissima nobis fuit epistola tua, amice carissime; mais encore une fois n'allez pas révéler en babillant que vous correspondez avec moi. Notre commerce sera d'autant plus intime qu'il sera tenu plus secret. Je n'écris à personne au monde. Le duc de Richelieu est fâché contre moi de ce que je ne lui envoie plus mes gribouillages. S'il savait que je vous écris, il ne me pardonnerait pas, et il aurait sujet de se plaindre ; mais je sens bien que je dois plus à un ami qu'à un duc. Vous êtes le seul homme sur la terre avec lequel je m'entretienne par lettre, et quand je serai à Paris vous serez le seul que je verrai. Puisque vous aimez tant les confidences, je vous dirai que j'espère être là-bas vers le i5 mars. J'avais arraché à votre cour, il y a deux ans, une permission de venir à Paris pour ti'ois mois. Si je me fais prendre cette fois, je ferai valoir comme excuse cette permission d'autrefois, quoique elle ne soit peut-être plus valable. Quand vous me verrez, vous verrez et vous entendi'ez des choses qui vous plairont, relevées qu'elles seront à vos yeux par les grâces de la nouveauté et par l'amitié que vous me portez. Mais, mon cher Thieriot, le grand plaisir que j'attends de notre prochaine entrevue est bien gâté par les mauvaises nouvelles que vous me donnez de votre santé.
Qu'est-ce que vous voulez dire au sujet de il buggerone abbate? Je vous en prie, dites-moi en quoi cette femme fidèle vous a traité comme la Rabodanges? Que faitesvous? Ecrivez-moi tout, et souvent. Je n'ai rien à vous mander du lieu où je suis. MalafTaire ne me connaît pas : je passe ici pour un voyageur anglais.
l88 CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.
VOLTAIRE A THIERIOT °
lo mars 1729.
Noli amico tuo errant! amplius scribcre quia ad te quam primum propcrabit. Prius quam in Lutetia latere possim, in uno e vicinis pagis stabo aliquot dies. In ail likelihood I Avill stay at Saint-Germain', and there I intend to arrive before the iifteenth ; therefore, if you love me, be ready to meet me in that place against the first call. You can borrow a chaise from your Nocé ' ex Timonis ^ familia oriundo, and steal away with your old friend for three or four days. Primitias veris in alterutriusque sinu fruemur et sacra amicitiœ vincula stringemus. Farewell, be healthy, expect me and love me.
(a) Pièces inéd., 1830, p. 208. — Moland, 1. 18C.
I. Voltaire connaissait bien Saint-Germain pour avoir séjourné plus d'une fois au château de Maisons, qui est dans le voisinage : c'est aujourd'hui Maisons-Laffittc.
a. Charles de Nocé ou de Nocey, seigneur de Fontcnay et de la Chapelle, un des favoris du Duc d'Orléans. Régent de France, qui l'avait fait premier gentilhomme de sa chambre. Un mot cruel sur Dubois le fit exiler, mais il revint à la mort du cardinal. Sa femme, qui mourut en 1714, était fille de Mme de la Sablière.
3. Cf. Moland, 1. 196, du 12 août 1729, adressée également à Thieriot : « Assurez Timon de mon goût pour lui : j'irai quelque jour dîner chez lui, si ma misanthropie convient à la sienne. »
... Selon toute probabilité je m'arrêterai à Saint-Germain, et je compte y arriver avant le i5. C'est pourquoi, si vous m'aimez, préparez-vous à venir m'y trouver au premier appel. Vous pouvez emprunter une chaise de poste à votre Noce... et venir sans bruit passer trois ou quatre jours avec votre vieil ami... Adieu, portez- vous bien. Attendez-moi et aimez-moi.
VOLTAIRE A THIERIOT "
26 mars 1729'.
If you can forget a few days your golden palace, your feasts, and fumum et opes strepitumque Romse ^ , corne hither, you Avill find a homely frugal fare, a hard bed, a poor room; but hère is a friend who expects you. You should corne on horseback if your M. Noce bas one to lend to you : I will take care of him.
C'est chez Châtillon, perruquier à Saint-Germain, rue des Récollets, vis-à-vis des révérends pères récollets, facchini zoccolanti. Il faut demander Sansons; il habite dans un trou'' de cette baraque, et il y en a un autre pour vous. Vale, veni.
(a) Pièces inêd., 1820, p. 210. — Moland, 1. 187. (6) Mol., habite un trou.
1. Ainsi Voltaire est arrivé à Sainl-Germain une dizaine de jours plus lard qu'il ne pensait.