Horacç, Odes, III
igo CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.
Si VOUS pouvez oublier quelque jour votre palais doré, vos fêtes et fumum et opes, strepitunique Roinse, venez ici, vous trouverez une chère simple et frugale, un mauvais lit. une pauvre chambre, mais il y a un ami qui vous attend. Vous devriez venir à cheval, si votre M. Noce en a un à vous prêter; j'en prendrai soin...
LETTRE Gf,.
VOLTAIRE A THIERIOT "
[3i] marsl.
Ecce nunc tempus acccptabile, ecce nunc dies
salutis, car voici le saint jubilé^; venez donc voir
vos anciens amis en bon chrétien. Expecto te dans le
cloître du bienheureux saint Médéric. chezDubreuil.
Expecto te, inquam. Rescribe ergo quota hora potes
aegrum amici animum suavi confabulationc refi-
cere.
Die jovis hora 8^^ .
(a) Pièces incd., 1820, p. 212. — Moland, L 188.
s. La lettre est datée 29 mars; mais en 1729 le 29 mars était un mardi. J'ai corrigé 29 en 3i : dans les circonstances où Voltaire se trouve il aura oublié plus facilement le quantième que le jour. La lettre a bien lair de renouveler dune manière plus pressante l'invitation du 25 mars : il est fort possible que Thieriot n'ait trouvé ni cheval, ni chaise et n'ait pas fait le voyage de Saint-Germain. La première entrevue des deux amis aurait donc pris place le 3i chez Dubreuil, au cloître Saint- Merry.
2. Voir Barbier, Journal, 1857, t. L p. 66 : « Avril 1729. Le i'"^ de ce mois a commencé ici le grand jubilé que nous aurions dû avoir en 1726 [lisez 1726?]. Les processions courent les rues avec grand concours de peuple, même de femmes de qualité qui suivent à pied, troussées, et un cortège de laquais. »
VOLTAIRE A THIERIOT "
[3i mars ^.]
Mon cher Tiriot, vous me faittes songer a mes intérêts que j'ay trop négligez. J'avoue que j'ay eu tort de tout abandonner comme j'ay fait. Je me souviens que Marc Tulle Giceron dans ses bavarderies éloquentes dit quelque part, turpe est rem suam deserere'. Muny donc du sentiment d'un ancien, et rendu a la raison par vos remontrances, je vous envoyé la patente' de la pension que me fait la reine : il est juste qu'elle m'en daigne faire payer quelques années, puisque monsieur son mary m'a oté mes rentes contre le droit des gens. La difficulté n'est plus que de faire présenter a la reine un placet;
(a) Bib. Nat., l'r. 12 g38, f° i/ly, i p. grand in- A". — Snpplcmcnt de 1S08, p. 61. — Moland, 1. igS.
I. La lettre est datée avril dans le manuscrit, mais d'une encre plus pâle : cest une indication qui aura été ajoutée après coup, probablement par Thieriot, Nous datons du 3i mars, car nous croyons que c'est à cette lettre que fait allusion Voltaire quand il écrit le i^^' avril à Thieriot ; «. I do not think it proper to show iny letter of yesterday to Fallu. » La lettre 65 appartient à cette catégorie de lettres que Voltaire appelait ostensibles. Elle est faite pour être montrée à un tiers. Il s'agit d'intéresser Fallu à l'affaire de la pension de la reine, sans lui faire savoir pourtant que Voltaire est de retour à Paris. Thieriot tâchera donc de voir Fallu et, tirant négligemment lépître de sa poche, il la lui fera lire comme si elle venait d'Angleterre.
1. <( Je crois pouvoir assurer que ce passage ne se trouve pas dans Cicéron. R. )> (Note de l'édition Renouard.)
3. Cette patente était évidemment restée entre les mains de Dubreuil, avec les billets de la Ribou, de Noël Fissot et autres papiers de Voltaire.
iga CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.
je ne scay ny a qui il faut s'adresser', ny qui paye les pensions de cette nature ; je soupçonne seulement que M"" B^ossoret^ secrétaire des commandements, a quelque voix en chapitre; mais je luy suis inconnu; je croi que M' Pallu est de ses amis et pouroit luy parler; * M' Palu m'a desja honoré de témoignages si touchants de sa bienveillance que j'oserois m'assurer de ses bons offices auprès de M"" de Brossoret*; mais, mon cher Tiriot, les obligations que j'ay déjà a M" Palu me rendent timide avec luy ; iroi-je encor importuner pour des grâces nouvelles un homme qui ne devroit recevoir de moy que des remerciements? La vivacité avec laquelle il s'intéressa " a ma malheureuse affaire ne sortira jamais de mon cœur; cependant j'ay été trois ans sans luy écrire comme a tout le reste du monde. On n'a pu arracher de moy que des lettres pour des affaires indispensables ; je me suis condamné moy même a me priver de la plus douce consolation que je pusse'' recevoir, c'est a dire du commerce
(a) Mol., s'intéresse.
{b) Mol., puisse.
I. L'Almanach Royal indique la marche à suivre pour présenter des placets au roi : ils « se mettent le samedi après midi dans l'antichambre du roy sur une table qui est dressée à cet effet; on en fait les extraits, et les réponses s'en rendent au bureau qui se tient toute l'année, rue Saint-Thomas du Louvre ». Il y avait probablement une méthode analogue pour faire parvenir un placet à la reine.
■2. De Brossoré, conseiller à la 3<^ chambre des Enquêtes depuis 1705, remplaça le i3juiu 1726 Pàris-Duverney comme secrétaire des commandements de la reine : la charge fut partagée entre lui et M. de Yieuville.
LETTRES, igS
de ceux qui avoient quelque amitié pour moy. Ma misère m'aigrit et me rend plus farouche. Iroi-je donc, après trois ans de silence, importuner pour une pension des personnes a qui je suis déjà si redevable ?
Cest a vous, mon cher enfant, a conduire cette affaire comme vous le jugerez a propos". Je vous remets entre les mains des intérêts que j'aurois entièrement oublié sans vous.
Si vous savez des nouvelles de ]\P de Maisons, de M' de Pondevel, de M' Bertier', de M' de Brancas-Gereste "\ mandez moy comment ils se portent, c'est toujours une consolation pour moy de savoir que les personnes que j'honore le plus sont en bonne santé.
Surtout quand vous verez M"" Pallu, assurez le que ma reconnoissance n'en est pas moins vive pour être muette.
^'os Mémoires de Mademoiselle ne font pas d'honneur au stile des princesses. Adieu.
(a) Mol., convenable.
[b) Mol., M. de Brancas.
1. Louis-Bénigne Berthier de Sauvigny, ancien camarade de collège de Voltaire, président à la 5^" chambre des enquêtes, mourut en 1745.
2. Buffile-Hyacynthe-ïoussaint, comte de Céreste, dit le comte de Brancas-Céreste (1697-1754). En 1725 il fut envoyé comme ministre de France à la cour de Suède; à son retour il prit part au congi-ès de Soissons, où avec le cardinal de Fleury et le marquis de Fénelon il représentait la France.
VOLTAIRE A THIERIOT "
,er avril 1729.
1 saw last night the Duke of R. '. Ile begged of me so earnestly to hâve leave to apprize Fallu of my appearing to him like a hobgoblin that I could not refuse. Therefore I do not think il proper to show my lelter of yesterday to Fallu. Speak to him as if you did it of your own accord, and the thing will succeed as well, and better.
I beg of you to désire M. Maisons to restore the Swedish manuscript-.
Do not forget to write to Bernard ^
(a) Pièces inéd., 1820, p. 219. — Moland, 1. 190.
1. Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu (1696-1788), célèbre par ses amours, ses duels, ses séjours à la Bastille et plus tard aussi par ses campagnes. Il était de lAcadémie Française depuis 1720. En novembre 1724 il fut envoyé à Vienne comme ambassadeur de France. Il était donc absent de Paris au moment de la querelle avec Rohan-Cliabot. Mais il dut apprendre ce qui se passait et écrivit à Voltaire, avec lequel il était depuis longtemps en relation, une lettre qui lui fut remise à la Bastille par les soins de Mme de Prie. Dès le début de 1728, il était revenu de son ambassade : le 10 janvier on lui donne le cordon bleu. C'est à ce moment qu'il dut écrire à Voltaire pour se plaindre de son silence. (Voir lettre 61.)
2. C'est la première mention de Charles XII dans la Correspondance. Voltaire n'a pas encore vu M. de Maisons : il est donc probable qu'il lui a envoyé son manuscrit soit de sa retraite de Normandie, soit plus probablement d'Angleterre. Voir Appendice IX.
3. Nous croyons qu'il s'agit ici de Jean-Frédéric Bernard, libraire à Amsterdam, dans le Kilverstraat. ïhieriot venait peutêtre de lui procurer le manuscrit des Mémoires de Mademoi-
LETTRES. ig5
I will return, in bvo hours hence, to Saint-Germain. Write to me often, and love me,
Remember to talk with M. Guebriant * when you see him.
J'ai VU hier au soir le duc de Richelieu. Il m'a prié si instamment de l'autoriser à dire à Fallu que je lui suis apparu soudainement comme un lutin que je n'ai pas pu refuser. Aussi je ne crois pas qu'il soit bien de montrer ma lettre d'hier à Fallu. Farlez-lui comme si cela venait de vous, et la chose réussira tout aussi bien, et même mieux.
Je vous prie de faire rendre par M. Maisons le manuscrit suédois.
N'oubliez pas d'écrire à Bernard.
Je vais retourner dans deux heures à Saint-Germain. Ecrivez-moi souvent et aimez-moi.
Souvenez-vous de parler avec M. Guebriant quand vous le verrez.
selle de Montpensier, et il est probable que Voltaire songeait à lui confier l'impression de sa nouvelle édition de la Henriade. Voir la lettre suivante où il songe déjà aux conditions qu'il lui imposera. Quand il fut assuré d'une « permission tacite » à Paris, il changea davis : voir Appendice IX.
I. Louis-Vincent, marquis de Goesbriant, plus tard lieutenant général des armées du roi. Il avait été autorisé à voir Voltaire dans les derniers jours de son emprisonnement à la Bastille, et nous avons supposé qu'il y avait entre eux quelque affaire d'argent. Le 19 mars 1789 Voltaire écrit à Moussinot : (( A l'égard des autres rentes échues, elles viendront petit à petit. Il y a un M. de Goesbriant qui me néglige terriblement. Il me doit bientôt neuf années, cela est fort. » (Moland, 1. 1 108.) Ainsi M. de Goesbriant ne paye plus depuis le milieu de 1780 environ : cela laisse entendre que sa dette remonte à quelques années plus haut. Il nous paraît probable que, dès avant l'exil de Voltaire, Guebriant lui a emprunté de l'argent, et que rentré en France Voltaire songe à lui faire réclamer les intérêts en retard.
VOLTAIRE A THIERIOT"
Saint-Germain-en-Laye, a [avril] lyag'.
We fall eut for ever if yoii do nol takc five hundred French livres from the arrears which the Queen owes to me, and of whieh Fallu promises the payment-. You must hâve an hundred crowns beside from Bernard, and as much from the bookseller who will bargain for the priviledge of the Swedish king's life^ : that must be so or we are no fricnds.
I will Write to Fallu in a few days to thank liim. But I would know before whether he knows of my concealment hère, and what he thinks upon it. You ouglit not to discover any thing to liim; but let him discover to you Avhat lie knows.
Before I went out of Paris I received, at M. Cava-
(a) Pièces inéd,, 1820, p. 201. — Moland, 1. i85.
1. La lettre est datée du '2 mars. II va de soi que cest une erreur : Voltaire n'est arrivé à Saint-Germain que vers le 25 mars (1. 62). Nous croyons qu'il faut lire 2 avril. Voltaire était à Paris le i"^"" avril, mais annonce qu'il retourne « dans deux heures » à Saint-Geimain.
2. La veille, avant de partir de Paris, Voltaire a dû recevoir un mol de Thieriot lui rendant compte de sa conversation avec Fallu.
3. Voltaire ne soupçonne pas qu'on lui refusera ce privilège et qu'il sera un jour obligé d aller à Rouen imprimer Charles X'II avec autant de mystère qu'il en avait mis autrefois à publier la Li"uc.
lier's house', a letter Avritten to me by Cardinal Fleur} , which Avas sent to London, and back from London to Paris. The priest is very civil : he vouchsafes to Avrite to me most obligingly that lie bas taken aAvay my rents Avithout mercy.
I bope M. de Brancas Avill instruct me on the particularities Avhich he knoAvs concerning the late King of SAA'eden- : but there are many more curions things relating to that history, A^hich I conjure you earnestly to enquire of.
You may go to the SAAcdish ambassador^, or to his secrêtary, or bis chaplain, or bis Avhore; ask any of them :
1° Whether itis true Count Piper had so great a hand in engaging the States to déclare the King major at sixteen*.
1. Jean Cavalier, banquier à Paris, frère de Pierre, le banquier de Londres : il habitait rue Thévenot (aujourd'hui rue Réaumur). On se rappelle qu'en dernier lieu Voltaire se faisait adresser ses lettres « chez M"" Cavalier, a merchant by the Royal Exchange ». Quand il eut quitté l'Angleterre, la maison de Londres envoya à la maison de Paris les lettres qui arrivaient pour lui. J'ai trouvé les deux Cavalier dans un procès soutenu trois mois plus tard devant les Juges Consuls. « i*^" juin 1729. Entre Pierre Cavallier, banquier, demeurant a Londres qui a élu son domicile en cette ville de Paris en la maison du sieur Jean Cavallier, son frère, banquier a Paris, size rue Thévenot, demandeur, comparant par ledit Jean Cavallier fondé de procuration d'une part, et François Mouchard aussi banquier et négociant a Paris... deffandeur... etc. •» Reg. 594, Archives de la Seine.