‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 113 sur 162 · Le héros du livre de Voltaire, Charles XII · texte numérisé non relu

Le héros du livre de Voltaire, Charles XII

3. L' « envoyé extraordinaire du Roy de Suède » à Paris s'appelait Guedda. C'est lui qui est mentionné par Horace Walpole dans sa lettre à Newcastle du 29 mai 1726 (1. 26) sous le nom de <c Monsieur Godda. »

4. C'est l'opinion à laquelle s'est arrêté Voltaire. Voir Moland, t. XVI, p. i53.

198 CORRESPONDANCE DE VOLTAIHE.

What pari tlic Queen-grandmother' liad in the aflairs since her grandson's majority.

What sort of governmcnt was eslablislied in Sweden after the King's arrivai on the Turkish dominions^.

1. Edwige-Eléonore de Holstein, veuve de Charles X. Cf. Moland. t. XVI, p. i52-3 : « La régente avait eu part aux affaires sous le règne du roi son fils. Elle était avancée en âge; mais son ambition plus grande que ses forces et que son génie lui faisait espérer de jouir longtemps des douceurs de l'autorité sous le roi son petit-fîls. » Cependant, quelques mois après la mort de son père, Charles XII, âgé de quinze ans, souhaite de régner « et en trois jours les Etats lui déférèrent le gouvernement. Le pouvoir de la reine et son crédit tombèrent en un instant. Elle mena depuis une vie privée plus sortable à son âge, quoique moins à son humeur. »

2. Voltaire a cherché plus d'une fois à se renseigner sur ce point. Dans le dossier sur Charles XII qu'il a déposé à la Bibliothèque du Roi (Bib. Nat. fr. 9722) on trouve une lettre qui contient à la même question la réponse d'un Suédois du temps dX'lrique-Eléonore : u Quelle forme de gouvernement fut établie pendant la guerre de Pologne? — Tout ce que le roi ne décidoit pas lui-même fut soigné du sénat, et tout ce qui regardoit les troupes, la flotte et les fortifications du pays, étoit confié à la commission de la défense qui consistoit de plusieurs sénateurs, et qui fut constituée 1 an 1 700. — Qui gouvernait pendant le séjour du Roi à Bender? — Le même sénat, à la tète duquel les Etats mirent la princesse héréditaire Ulrique- Eléonore, notre reine aujourd'hui. » [Ilist. de Charles XII, éd. Geffroy, p. xiv.) Voir le chap. VII de Charles XII, Moland, t. XVI, p. 3i : « On le croyait mort dans toute l'Europe. Le conseil de régence qu'il avait établi à Stockholm, quand il partit de sa capitale, n'entendait plus parler de lui. Le sénat vint en corps supplier la princesse Ulrique-Eléonore. sœur du roi, de se charger de la régence pendant cette longue absence de son frère : elle l'accepta: mais quand elle vit que le sénat voulait l'obliger à faire la paix avec le czar et le roi de Danemark, qui attaquaient la Suède de tous côtés, cette princesse, jugeant bien que son frère ne ratifierait jamais la paix se démit de la régence, et envoya en Turquie un long détail de cette affaire. Le roi reçut le paquet de sa sœur à Démotica. Le despotisme qu'il avait sucé en naissant lui faisait oublier

I beg of you too to see M. de Croissy', of Avhom I hâve made a vcry honourable mention in my history ; and AAdiose family I hâve much commended, as I think it deserves. Ask him in what longue the King did speak with him in St^alsund^ But espe-

qu'autrefois la Suède avait été libre, et que le sénat gouvernait anciennement le i-oyaume conjointement avec les rois. Il ne regardait ce corps que comme une troupe de domestiques qui voulaient commander dans la maison en l'absence du maître : il leur écrivit que, s'ils prétendaient gouverner, il leur enverrait une de ses bottes, et que ce serait d'elle dont il faudrait qu'ils prissent les ordres. » Voir aussi ibid., p. '267-8.

1. Louis-François-Henri comte de Croissj^, né en 1677, maréchal de camp en 1704, lieutenant général en 17 10, ambassadeur extraox'dinaire auprès de Charles XII en 1715. Voir Moland, t. XVI, p. 882 : k II y avait alors [i7i5] dans Stralsund un ambassadeur de France enfermé avec le roi de Suède : c'était un Colbert, comte de Croissy, lieutenant général des armées de France, frère du marquis de Torcy, célèbre ministre d'Etat, et parent de ce fameux Colbert dont le nom doit être immortel en France. Envoyer un homme à la tranchée ou en ambassade auprès de Charles XII, c'était presque la même chose. Le roi entretenait Croissy des heures entières dans les endroits les plus exposés, pendant que le canon et les bombes tuaient du monde à côté et derrière eux, sans que le roi s'aperçût du danger, ni que l'ambassadeur voulût lui faire seulement soupçonner qu'il y avait des endroits plus convenables pour parler d'affaires. Ce ministre lit ce qu'il put avant le siège pour ménager un accommodement entre les rois de Suède et de Prusse; mais celui-ci demandait trop, et Charles XII ne voulait rien céder. »

2. Cf. Moland, ibid., p. 333 : <c Le comte de Croissy n'eut donc, dans son ambassade, d'autre satisfaction que celle de jouir de la familiarité de cet homme singulier. Il couchait souvent auprès de lui sur le même manteau : il avait, en partageant ses dangers et ses fatigues, acquis le droit de lui parler avec liberté. Charles encourageait cette hardiesse dans ceux qu'il aimait ; il disait quelquefois au comte de Croissy : a Veni, maledicamus de rege; allons, disons un peu de mal de Charles XII. » Voltaire ajouta plus tard : « C'est ce que cet ambassadeur m'a raconté. » (Cf. p. 32 1.) On voit par ce pas-

cially sift liiin about the Prelender's' interest with that monarcli at that time. Endeavour to know whcther France had any design to lielp tlie Pretender togetlier with the King of Sweden. Ask him if he knew the famous Baron de Gortz, and hoAV far he belicves Gortz had carricd his vast designs about the Pretender and the Empire-. Do not forgct to ingratiate me Avith M. de Croissv, whom I esteem very much.

When y ou see M. de Maisons, tell him y ou do not know Avhere ï am at présent; but désire him to forward his remarks and to restore the manuscript as soon as hc can.

There is another query more weighty than ail the rest. Two or three historians, or rather, compilcrs of gazettes, hâve confidently reported that King Augustus of Poland, at his restoration,

sage que Charles XII parlait latin au comte de Croissy- Cf. livre premier, ibid., p. i5o : « Avec le mot de gloire on obtenait tout de lui. Il avait de Taversion pour le latin; mais dès qu'on lui eut dit que le roi de Pologne et le roi de Danemark l'entendaient, il l'apprit bien vite, et en retint assez pour le parler le reste de sa vie. On s'y prit de la même manière pour l'engager à entendre le français ; mais il s'obstina tant qu'il vécut à ne jamais s'en servir, même avec des ambassadeurs français qui ne savaient point d'autre langue. » A Bender il voulut parler latin à des Alleurs, ambassadeur de France à la Porte, « et sur ce que M. Désaleurs protesta qu'il n'entendait pas quatre mots de cette langue, le roi, plutôt que de parler français, fit venir un interprète ». Ibicl., p. aSy.

I. James-Francis-Edward Stuart (1688- 1766). fils de Jacques II, connu sous le nom de Chevalier de Saint-George.

■i. Sur toutes ces questions, voir dans Charles XII la seconde partie du livre VIII. (.Moland, t. XVI, p. 335 et suiv.) IS'otcr que Voltaire avait rencontré Gortz chez le baron Hoguère à Paris en 17 19.

caused to be beheaded one Fengsten, his privycounsellor, for having signed the shameful peace of Altranstadt, in order lo let the world believe that he (the King) had been imposed upon by Fengsten, and to load an innocent subjcct with the wholè odium and shame of that treaty. I bave niany reasons to question the beheading of that Fengsten. Pray talk to M. de Brancas about it. Enquire Avho may give you a true account of that afTair; you "will oblige very much your friend*. FarcAvell.

Do not forget the Abbot Dubos-. I love thee, by God!

1. Cf. Charles XII, Moland, ibid., p. 264 • « La bataille de Pultava fut d'abord le signal d'une révolution dans la Pologne. Le l'oi Auguste y retourna, protestant contre son abdication, contre la paix d'Alt-Piantstadt, et accusant publiquement de brigandage et de barbarie Charles XII, qu'il ne craignait plus. Il mit en prison Fingsten et Imhof, ses plénipotentiaires, qui avaient signé son abdication, comme s'ils avaient en cela passé leurs ordres et trahi leur maître. »

2. Jean-Baptiste Dubos (1-670-1742), l'abbé Dubos, chargé de plusieurs missions diplomatiques de 169G à 1710, entra en 1720 à l'Académie française dont il devint secrétaire perpétuel en 1728; en 171 9 il donna 2 volumes de Réflexions critiques sur la poésie et la peinture. Après les avoir lus en 1727, Atterbury écrivait à Thieriot : a I could not but observe how in the last section but one he lias furnished M. de Voltaire with the hint of his poem on the Lif^ue ». Correspondence of Atterbury, t. I, p. 177. C'est l'abbé Dubos qui fut chargé en 1728 de lire le poème de Voltaire pour en faire son rapport au gouvernement. « M. le cardinal Dubois a nommé M. l'abé Dubos pour examiner s'il n'y a rien dans le poème de Henry IV de M. de Voltaire qui puisse choquer la cour de Rome. — 20 mars 1720. )> E. de Barthélémy, Les correspondants de la marquise de Dalleror, t. II, p. 626. (L'éditeur imprime : l'abbé du Bois, mais le ms. que j'ai vérifié porte bien distinctement Dubos.)

TRADUCTION DE LA LETTIIE Cyj ,

Saiiil-Germain-en-Laye.

Nous rompons pour toujours si vous ne prenez pas cinq cent livres de France sur rarriéré que la reine me doit et dont Fallu promet le paiement. En outre vous devez recevoir cent écus de Bernard, et autant du libraire qui fera marché pour le privilège de la vie du roi de Suède. Il faut que cela soit ainsi ou nous ne sommes plus amis.

J'éciùrai à Fallu dans quelques jours pour le remercier, mais je voudrais savoir avant s'il est instruit de ma retraite ici, et ce qu'il en pense. Ne lui découvrez rien, mais tâchez de voir ce qu'il sait.

Avant de quitter Faris j'ai reçu, chez M. Cavalier, une lettre du cardinal Fleury : on l'avait envoyée à Londres et elle est revenue de Londres à Paris. Cet ecclésiastique est très poli : il daigne m'écrire fort obligeamment qu'il m"a enlevé mes rentes sans miséricorde.

J'espère que M. de Brancas voudra bien m'instruire des particularités qu'il sait concernant le feu roi de Suède: mais il y a beaucoup d'autres choses curieuses relatives à cette histoire, dont je vous conjure vivement de vous informer.

Vous n'avez qu'à aller trouver l'ambassadeur de Suède, ou bien son secrétaire, ou son chapelain, ou sa putain; et demandez au premier que vous verrez :

1° S'il est vrai que le comte Piper ait autant contribué qu'on le dit à engager les Etats à déclarer le roi majeur à seize ans.

Quelle part la reine grand'mère eut aux affaires depuis la majorité de son petit-fils.

Quelle espèce de gouvernement fut établie en Suède après l'arrivée du x'oi dans les états de Turquie.

Je vous prie aussi de voir ^L de Croissy dont j'ai fait une mention très honorable dans mon histoire, et dont j'ai

beaucoup loué la famille, comme je pense qu'elle le mérite. Demandez-lui dans quelle langue le roi lui parla à Stralsund. Mais surtout sondez-le sur le crédit du prétendant près de ce monarque à cette époque. Tâchez de savoir si la France avait le dessein d'aider le prétendant avec le concours du roi de Suède. Demandez-lui s'il connaissait le fameux baron de Gortz et jusqu'où il pense que Gortz avait poussé ses vastes desseins sur le prétendant et sur l'Empire. N'oubliez pas de me gagner les bonnes grâces de M. de Ci'oissy, que j'estime beaucoup.

Lorsque vous verrez M. de Maisons, dites-lui que vous ne savez pas où je suis à présent; mais priez-le de continuer à noter ses remarques et de rendre le manuscrit aussitôt qu il pourra.

Voici une auti'e question plus importante que tout le reste. Deux ou trois historiens, ou plutôt des compilateurs de gazettes, ont rapporté avec assurance que le roi Auguste de Pologne, lors de son rétablissement sur le trône, fît décapiter un certain Fengsten, son conseiller privé, pour avoir signé la paix honteuse d'Altranstadt, afin de faire croire au monde que Fengsten en avait imposé à son roi et pour charger ainsi un sujet innocent de tout l'odieux et de toute la honte de ce traité. J'ai des raisons de douter que ce Fengsten ait été décapité. Parlez-en, je vous prie, à M. de Brancas. Demandez qui pourrait vous faire un récit fidèle de cette affaire ; vous obligerez beaucoup votre ami. Adieu.

N'oubliez pas l'abbé Dubos. Je t'aime de par Dieu.

VOLTAIRE A THIERIOT"

A M. Tliicriot, chez M. de iNocé, cloître Saint-Germain-l' Auxerrois ' .

A 8 heures du matin, 4 avril i7'-i9.

J'ai, mon cher ïhieriot, quelque chose de conséquence à vous communiquer-. Je vous attends chez Germain Cassegi'ain, dit Duhreuil, rue et cloître Saint-Méderic, à moins que vous ne vouliez me donner un autre rendez-vous. Je mène la vie d'un rose-croix, toujours ambulant et toujours caché, mais ne prétendant point à sagesse. Quanqiiam o^ \

(a) Bavoux et Fr., Voltaire à Feinci/, p. 3ir!. — Moland, l. uji.

I. Le cloître Saint-Germain-lAuxerrois entourait Téglise à l'ouest et au nord : il se continuait au sud par la rue des Prêtres Saint-Germain. La rue de l'Arbre-Sec formait à Test le quatrième côté du carré, mais était en dehors du cloître. A l'ouest la galerie du Petit-Bourbon séparait le cloître de la rue du Petit-Bourbon, aujourd'hui place du Louvre.

■->.. Voltaire, que ces allées et venues et ces allures de conspirateur commencent à fatiguer, voudrait bien rentrer définitivement à Paris et sous son vrai nom. Il est probable quil dut, ce jour-là el les suivants, tenir avec l'ami Thieriot un conseil de guerre où l'on examina la question et auquel se joignirent bientôt Richelieu et Pallu. On va voir le résultat dans la lettre suivante.

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