St. Jaipes's Palace, where the Royal Family now
CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE. l4
THADLCTION DE LA LEITIŒ 72.
Paris, 18 avril, nouveau style, 1729.
Madame,
Quoique j'aie quitté Londres, les faveurs dont votre Seigneurie m'a honoré n'ont pas quitté et ne quitteront jamais ma mémoire. Je me rappellerai aussi longtemps que je vivrai que la dame la plus respectable, qui sert la reine vraiment la plus grande du monde et est son amie a daigné me protéger et m'accueillir avec bonté tandis que j'étais à Londres. Je ne fais que d'arriver à Paris et je présente mes respects à votre cour avant d'avoir vu la nôtre. Je souhaite pour l'honneur de Versailles et pour le progrès de la vertu et des lettres que nous puissions avoir ici quelques dames comme vous. Vous voyez que mes souhaits sont sans bornes. Il en est de même du respect et de la reconnaissance avec lesquels je suis, Madame, Votre très humble et obéissant serviteur.
Voltaire.
A l'honorable madame Glayton, Saint-James, Londres.
billets inédits, p. 45. — Ballantync, Vcliairc's visit to England, p. '"17. — Churton CoUins, Voltaire, etc., in England, p. /17. — P. Deseille, Traduction de Ch. CoUins, p. /j'i, n. 2.
résides in the winter season, stands pleasantly upon the north sidc of the Park, and has several noble rooms in il, but is an irregular building, by no means suitable to the grandeur of the British monarch, ils mastcr. In the front next St. James's Street there appears little more than an old gate-house, by which we enter a little square court, with a piazza on the west side of it leading to the grand staircase, and there are two other courts bcyond, which hâve nol much the air of a princes palace. Tins palace was a hospilal, suppressed by Henry VIII, vvho built this édifice in the room of it. » Don Manoel Gonzales, London in 1731, Cassells National Library, p. i34.
APPENDICE I La querelle de Voltaire avec Rohan-Chabot.
Cet épisode a joué un rôle trop important dans la vie de V^oltaire pour que nous n'essayions pas ici d'en marquer les moments avec plus de précision qu'on ne l'a encore fait. Pour y voir clair il faut d'entrée de jeu rejeter absolument le récit de l'abbé Duvernet sur lequel on se fonde d'ordinaire ^. Duvernet, il est vrai, le tenait de Thieriot à qui Voltaire lui-même l'avait adressé". Mais Thieriot a complètement bouleversé l'ordre des faits et en a présenté quelques-uns de façon fort inexacte. Sur certains points son témoignage est contredit de la façon la plus formelle par des documents contemporains parfaitement authentiques, entre autres la lettre de Hérault à Maurepasdu i6 avril 1726. Il n'est pas nécessaire de l'accuser de mauvaise foi. C'est en 1772 que Thieriot fit ce récit à Duvernet et on accoi'dera qu'à quarante-six ans des événements on est excusable d'avoir quelques défaillances de mémoire.
Thieriot se rappelle en gros ce qui s'est passé et, sans s'inquiéter d'une chronologie trop méticuleuse, il arrange pour la postérité cette petite tragi-comédie : au second acte, on voit Voltaii'e « demandé à la porte pour une bonne œuvre », qui « à ce mot de bonne œia're... se lève avec pré-
I. Vie de Voltaire, i™ éd., Genève, 17S6; 2° éd., Paris, 1797. 3. Moland, t. XLYIII, 1. 8458.
cij)itation et tenant sa serviette à la main... court à la porte » : c'est peut-être faire commencer un peu tôt les temps du patriarche de Ferney. Il vaut mieux s'en tenir au témoignage immédiat des contemporains. Le plus ancien récit de la querelle que nous ayons se trouve dans une lettre de Marais au président Bouhier, en date du 6 février lyaG : « Voltaire a eu des coups de bâton. Voici le fait. Le chevalier de Rohan le trouve à TOpéra et lui dit : Mons. de Voltaire, Mons. Arouet, comment vous appelez-vous? L'autre lui dit je ne sais quoi, sur le nom de Chabot. Cela en i-este là. Deux jours après, à la Comédie, au chauffoir, le chevalier recommence ; le poète lui dit qu'il avoit fait sa réponse à l'Opéra. Le chevalier leva sa canne, ne le frappa pas et dit qu'on ne devoit lui répondre qu'à coups de bâton. Mlle Le Couvreur tombe évanouie, on la secourt, la querelle cesse. Le chevalier fait dire à Voltaire, à deux ou trois jours de là, que le duc de Sully l'attendoit à dîner. Voltaire y va, ne croyant point que le message vînt du chevalier '. Il dîne bien, un laquais vien* lui dire qu'on le demande; il descend, va à la porte, et trouve messieurs garnis de cannes qui lui régalèrent les épaules et les bras gaillaixlement. On dit que le chevalier voyoit ce frottement d'une boutique vis-à-vis. Mon poète crie comme un diable, met l'épée à la main, remonte chez le duc de Sully, qui trouva le fait violent et incivil 2. » Quelques jours après Marais donne quelques détails complémentaires : « On dit que le chevalier de Rohan étoit dans un fiacre lors de l'exécution, qu'il crioit aux frappeurs : Ne lui donnez point sur la tête, et que le peuple d'alentour disoit : Ah! le bon seigneur^! » Le dernier trait a bien
1. Ce détail est confirmé par le président Hénault : « Le chevalier de Rohan n'y sut autre chose que de le faire assommer par ses gens pour y parvenir, // écrivit un billet à Voltaire, au nom de M. de Sully, pour le prier à dîner. Voltaire y vint; et comme on dinoit, on le demanda à la porte. Il sortit et trouva les gens du chevalier de Rohan qui se jetèrent sur lui. » Mémoires, i855, p. 88.