I. Duvernet, Vie de Voltaire, p
sérieusement avantagé son aîné au détriment du poète. Par son testament M. Arouet fait de son bien trois parts qui iront également aux trois enfauts; il est vrai que jusqu'à trente-cinq ans Voltaire n'aura que l'usufruit et la jouissance de sa fortune : à cet âge il entrera ou non en possession définitive, suivant qu'il aura alors démontré ou non à M. de Nicolay, président de la Chambre des Comptes, qu'il est capable de gérer ses biens avec prudence et discrétion'. C'est de quoi M. ]\icolay fut abondamment convaincu en 1730, et Voltaire eut désormais la libre disposition de sa part d'héritage -. Peu nous importe ici. Ce qui est essentiel, c'est qu'à aucun moment il ne fut question de lui enlever les revenus de son tiers des biens paternels. Mais voici où commençait la difficulté pour lui. C'est que pendant des années il fut impossible de savoir à combien se monteraient ces revenus, ni même s'il y en aurait. M. Arouet avait laissé des affaires assez embrouillées, comme on le voit par cette phrase de son testament : « Et quant aux biens qu'il a plu à Dieu de me départir, qui ne peuvent être que très médiocres (vu le long temps qu'il y a que je travaille), dont je ne sais même pas la l'aleur, qui ne se connaîtra que par le compte final de ce que j'ai géré pour Messieurs de la Chambre des Comptes, desquels j'espère pour mes enfans un traitement favorable, particulièrement au sujet des dépenses et améliorations que j'ai faites dans le logement que j'occupe, où j"ai dépensé plus de sept mille livres au pardessus de ce quils m'ont accordé en différentes fois, dont je crois qu'il ne seroit pas juste que celui qui me succédera profite au préjudice de mes enfans. Je veux donc et désire que tous mes biens qui se trouvent m' appartenir au jour de mon décès... demeurent et appartiennent à mes trois enfans. » Ainsi, quatre mois et demi avant sa mort, M. Arouet ne savait
1. J.-J. GuiflVcy, BuUftin de la Sociétc de Vltisloirc de Paris, 187a, p. /t2-5o : le testament d'Arouet est à la page i6. Sur la clause de la « substitution » voir ci-dessus, p. i58, n. i.