‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 131 sur 162 · I. Moland, 1. i^o (;\ tort datée de · texte numérisé non relu

I. Moland, 1. i^o (;\ tort datée de

a. Voh- pourtant Desnoiresterres, La jeunesse de Voltaire, p. 2o4. 3. Moland, 1. i/io.

k. Moland, 1. 12S.

5. Lettre du 12 mars 1704 : « J'ai eu h 200 L. dé rentes pour patrimoine; mes partages chez mes notaires en font foi. »

24o APPENDICE II.

croire que ce fut seulement dans le courant de 17-26. En juin i^'^îi, ^ oltaire se lamente encore sur sa pauvreté qui l'empêche de payer l'égulièrement son loyer au Président de Dernières (Mol., 1. 144, 27 juin').

On comprend qu'au milieu de toutes ces difficultés financières une pension royale de uooo francs ait constitué un ajipoint fort important. Faut-il compter aussi parmi les ressources de Voltaire en ces années de lutte une pension de f 200 francs du duc dOrléans? Nous ne le croyons pas. Longchamp dans ses Mémoires est le seul qui en ait parlé, et le document sur lequel il se fonde nous paraît suspect. C'est un « état des rentes, pensions et revenus de M. de Voltaire que j'ai été l'ecevoir sur ses quittances et mandats, et pour la plus grande partie échus pendant l'année 1749^». Il nous semble que cet état, s'il a existé, a été quelque peu retouché par le sieur Longchamp, Nous avons plus de confiance dans un autre document parfaitement authentique, qui se trouve à la Bibliothèque Nationale. C'est un registre bien connu où Voltaire a consigné de sa propre main l'état de ses revenus en 177^^. Sous la rubrique Rentes nous trouvons : duc d'Orléans, 1200; immédiatement au-dessus nous lisons : m[aréch]al de Richelieu, 4 '><>o ; succession de Guise, 2 5oo ; plus bas, duc de Bouillon, 3 25() ;

1. Il semble qu'à la fin de 1726 l'affaire ait recommencé sur nouveaux frais. Le aS juillet Voltaire écrit à Mme de Dernières : « Depuis que je ne tous ai écrit [2 juillet], une foule d'affaires m'est survenue. La moindre est le procès que je renouvelle contre le testament de mon père. » De quoi s'agit-il ici? Est-ce qao, les comptes du payeur Arouet une fois nettement dé^ragés de ceux de la Chambre, Voltaire aurait cherché à faire casser la clause de la substitution? Cela nous paraît probable. Il n'y réussit pas. Le l'i novembre 172'), alors qu'il était en Angleterre, cette clause fut dûment enregistrée au Bureau des insinuations : voir p. i58, n. i. C'est donc que dans l'intervalle le testament avait été reconnu comme valable.

2. Longchamp et Wagnière, Mémoires, p. 334. Un peu plus haut, p. 33o, Longchamp dit : « Le duc d'Orléans, régent, lui donnait une pension ».

3. Ms. fr. i5 aSô. L'état semble dater de 1771 : on a écrit un 5 sur le I pour changer en 177'', et l'on a fait quelques corrections pour mettre le compte d'accord avec la nouvelle date.

LES PENSIONS DE VOLTAIRE. 2/il

héritiers Villars, 2100; Lezeau de Rouen, 2800; nous croyons que dans tous ces cas sans exception il s'agit de « rentes » dues par des grands seigneurs à Voltaire. Les autres mentions ne sont pas douteuses : pourquoi faudraitil faire une exception dans le cas du duc d'Orléans et entendre qu'il s'agit là d'une « pension »? Une dernière indication nous semble décisive : au bas du compte, Voltaire écrit : « Tous ces contrats en France, excepté Neuilli et Saint-Tropez (qui sont dans sa maison de Ferney). » Le mot « contrat » est un terme technique que Voltaire, homme d'affaires très entendu, n'eût pas employé en parlant de la dette d'Orléans si elle eût été une pension : il aurait dit dans ce cas le a brevet » ou la « patente ». Nous concluons jusqu'à preuve du contraire que, comme nombre d'autres grandes maisons d'Europe, la famille d'Orléans servait à Voltaire une rente viagère en retour d'un capital qu'il lui avait autrefois versé. Longchamp a mal interprété une indication qu'il trouvait dans les papiers de son raaitre.

ib

APPENDICE m

Voltaire et Desfontaines.

Pierre-François Guyot-Desfontaines,né à Piouen en i685, fut d'abord le protégé et l'ami de Voltaire, puis devint son mortel ennemi. Il demeura dix ans chez les Jésuites, les quitta en 17 17, lut successivement secrétaire du cardinal Bentivoglio, bibliothécaii'e de Tabbé d'Auvergne, bénéficier en province; en 17^'! il est de retour à Paris où il collabore au Journal des Savants qui venait de se reconstituer. En avril 17V.5 une affaire de mœurs le conduit à Bict'Ue. Il avait déjà été arrêté en octobre de Tannée précédente, puis relâché au bout de quelques jours de détention •. Cependant Voltaire, chez qui Thieriot l'avait amené en 172»^ [Le Préservatif, Moland, t. XXII, p. 386), s'employait activement pour lui : « il démontra dans un petit mémoire dressé par lui-même la fausseté et l'absurdité de l'accusation » {Voltairomanie, p. 9). Le a/j mai 17^5 l'ordre d'élargissement était signé, le 3o Desfontaines quittait Paris, relégué à trente lieues de la capitale. Le lendemain il écrivait à Voltaire une chaleureuse lettre de remercîment et le priait de travailler à faire lever son exil (Moland,

1. Sur toute cette affaire voir H. Boivin, Revue tP/iistoire littéraire de la France, 11.107, P- ^^•

a. Il mentionne l'abbé pour la première fois dans sa Correspondance, dans une lettre du ?.i août 173.'» ii Mme de Dernière (Moland, 1. lai).

I. iio, datée à tort 172»). Voilà Voltaire de nouveau en campagne; il obtient le 7 juin une lettre de cachet qui permet à l'abbé de rentrer à Paris. Quelque temps après Desfontaines, sur une recommandation du lieutenant de police, était réinstallé au Journal des Savants. Il avait fait par Voltaire la connaissance des Bernières, dont il se disait un peu parent, et il alla passer Tautomne de 1725 dans leur campagne de La Rivière-Bourdet où se trouvait aussi Thieriot. C'est là que, d'après ce dernier, il lui montra un j^etit écrit satirique intitulé Apologie de iVf de Voltaire. C'était assez mal choisir son temps : Voltaire à ce moment-là même s'employait pour l'abbé auprès de M. de Fréjus (Moland, 1. i56, du i3 nov. 1725). Indigné de cette ingratitude, Thieriot lui fît jeter la satire au feu. Desfontaines toutefois eut soin de n'y jeter qu'une copie. Il conserva soigneusement l'original, qui pourrait bien se retrouver dans un exemplaire manuscrit, chargé de corrections, qui fait aujourd'hui partie de la collection Beuchot à la Bibliothèque Nationale (n° 1960). Ou faut-il croire que déjà la bx'ochure était imprimée? Barbier mentionne une édition de V Apologie, in-8°, 1725, mais nous ne sommes pas sûr qu'il l'ait tenue entre les mains. Ce qui nous fait douter de l'existence de cette édition, c'est l'assurance avec laquelle Desfontaines (qui du reste nia toujours être l'auteur du libelle) sommera plus tard Voltaire d'en produire un exemplaire daté de 1726. « Si un libelle imprimé cette année contre Voltaire existe, qu'on le montre » [Voltairo>nanie, p. 20). Voltaire fut embarrassé. Il eut beau répondre : « Oui, il fit imprimer à Rouen celte apologie ironique et sanglante, oui, il eut la hardiesse de la montrer imprimée au sieur Thieriot qui la jeta dans les flammes ' », et ailleurs : « Avec quelle audace aveugle le sieur Desfontaines ose-t-il défier qu'on lui montre un seul exemplaire de ce libelle, intitulé Apologicl Peut-il nier que, malgré les soins du sieur Thieriot, il n'en

I, Mémoire du Sieur de Voltaire, Molaiid, t. XXIII, p. 35.

ait échappé quelques exemplaires'? » 11 faut croire pourtant que Voltaire n'en avait trouvé aucun, car sur ce sujet il s'en tint à ces apostrophes. La vérité sur le point en question nous semble se trouver dans une lettre de Thieriot à Mme du Chàtelet (Moland, I. i()0i,3idéc. 1738), qui irrita fort Voltaire, car lami Thieriot, de peur de se compromettre, enveloppait soudainement de rélicences calculées une accusation qu'il avait autrefois si nettement formulée : « Tout l'éclaircissement que je puis donc vous donner, Madame, c'est qu'il fut question à la Rivière- Bourdet, en ces temps-là, d'un écrit contre M. de Voltaire, qui, autant que je puis m'en souvenir, était un cahier de 40 à 50 pages. L'abbé Desfontaines me le fit voir, et je l'engageai à le supprimer. Quant à la date et au titre (circonstances très importantes au fait), je proteste en honneur que je ne m'en souviens pas. » Sur ces deux derniers points, Thieriot finit pas recouvrer la mémoire, mais il est probable qu'en mentionnant un cahier de 40 à 5o pages il avait dit vrai, à quelques pages près.

Quoi qu'il en soit, manuscrite ou imprimée, VApologie commença à circuler. « Je n'ai pas vu la Critique de Voltaire », écrit Marais à Bouhier dès le 16 février 1-26"^ : c'est donc que des exemplaires passaient de main en main et que le Président, très curieux des nouveautés littéraires, s'était informé à ce sujet auprès de son ami de Paris. Dans le numéro de mai-juin 172C, la Bihliothcque française d'Amsterdam imprimait un compte rendu de la troisième édition du Recueil de Poësie diverses du P. du Cerceau ; on notait que dans la Préface il y avait quelques traits contre des « aventuriers anonymes » qui avaient attaqué les premières éditions, et on ajoutait : « 11 faut avouer que le Poëte a principalement en vue l'abbé Desfontaines, un des journalistes de Paris qui, dans VApologie de M. de Yoltaii^e, a essaie sa malignité contre le P. du Cerceau. »

I. Mémoire du Sieur de Voltaire, Kloland, t. XXIII, p. 3f), n. 3. a. Journal, III, p. ogG.

Là-dessus une note expliquait : « C'est une petite broclîure, que nous donnerons dans le Journal suivant avec quelques notes ». Il est possible que Thieriot ait vu cette annonce et qu'il ait cru bon de prévenir son ami de Texistence du libelle. Car sa lettre du la août montx^e bien qu'il ne lui en avait pas parlé auparavant. Cependant le numéro de juillet-août de la Bibliothèque française parut et on y put lire tout au long l'Apologie de M'' de Voltaire adressée à lui-même : « Cette pièce est de l'abbé D... F... », disait une note. Il est difficile de décider si la Bibliothèque avait à Paris de nombreux lecteurs. Mais il est certain que quelques mois plus tard le public français fut en tout cas mis à même de satisfaire plus aisément sa curiosité : « il paroit depuis quelques jours, écrivait à la date du 27 mars 1727 un des nouvellistes attitrés du lieutenant de police, une critique ou apologie ironique du poème d'Henri IV de M. de Voltaire qui est fort recherchée. » (Arsenal, ms. 10 137, f° 62 v°.) Un peu plus tard, le 16 avril, un autre nouvelliste revenant au même sujet écrivait : « 11 paroist depuis quelques jours une brochure qui a pour titre Apologie de M^ de Voltaire adressée à luy même sur son poème de la Ligue, qui est une critique contre luy et plusieurs autres auteurs » {ibid., (" 77). Ici encore s'agit-il de quelques feuilles d'impression, ou d'un cahier manuscrit courant de main en main, il est difficile de le déterminer.

Il ne semble pas que Voltaire ait à aucun moment lu V Apologie : il n'en parle jamais que d'après Thieriot. Mais au reçu de la lettre du 16 août, il dut écrire à Desfontaines pour avoir des explications. L'abbé lui « demanda pardon », en lui disant que le libelle était fait un peu avant la date de Bicêtre. C'est au moins ce que nous rapporte Voltaire dans le Préservatif (Moland, t. XXII, p. 386), sans nous donner de date, il est vrai : mais il est douteux qu'il ait attendu son retour en France pour tirer satisfaction de Desfontaines. En tout cas labbé disait vrai : si, dans la Bibliothèque française, VApologie est

2/i6 APPENDICE III.

datée de « raay 1725 » (le ms. de la Nationale ne porte pas de date), il est facile en lisant Touvrage de voir qu'il a été composé un peu plus tôt : Tautcur parle de la première et dernière représentation de Mariamne : il ne connaît donc que la représentation du 6 mars i '•j-i.!i et ne sait pas que la pièce a été reprise le 10 avril i^uj : c'est alors qu'il écrivait avant cette date, ce que confirmerait, si besoin en était, l'examen d'autres allusions. Comme Desfontaines n'entra à Bicêtre qu'à la fin d'avril, son libelle est en effet antérieur aux efforts que lit Voltaire pour le tirer de cette seconde prison. Et dans la grande querelle de 1739 Voltaire eut tort d'oublier cette circonstance atténuante : il est vrai que si le libelle était composé dès avant Bicêtre et l'ordre d'élargissement, l'abbé ne s'était pas fait faute de le lire après à qui voulait l'entendre. Les scrupules ne le gênaient guère. On en peut juger par une seconde brochure intitulée : Veritez littéraires sur la tragédie d'Herode et de Mariamne, adressées à M. de Voltaire. Il y était surtout question de vérités désagréables. L'auteur, qui connaît fort bien l'Apologie, qu'il mentionne, est presque à coup sûr l'abbé Desfontaines, Et veut-on savoir quelle est la date de ce petit écrit? L'approbation du censeur est du 8 septembre, le permis d'imprimer du 11 : il n'y avait pas trois mois que ^'oItaire avait fait rappeler l'auteur d'exil, après l'avoir tiré de Bicêtre.

Mais si l'on en croit Chaudon. auteur d'une note insérée dans le Dictionnaire des Anonymes de Barbier, nous faisons tort à l'abbé. L'Apologie n'est pas de Desfontaines, mais de l'abbé Pellegrin, et « cette brochure... n'est point un libelle, mais une critique sage et raisonnée «. Sur le premier point, Chaudon se trompe sans le moindre doute, comme il serait facile de le démontrer, et Beuchot a déjà relevé son erreur : voir sa note dans Moland, t. XXXV, p. 92, n. I. Sur le second point, il n'y a qu'un mot qui serve : ou Chaudon n'a pas lu Y Apologie ou il se moque de nous. Voici un échantillon de la critique amène de l'auteur. Il s'agit de la grande édition par souscription de

la llenviade depuis longtemps promise, toujours retardée, et des deux éditions « préparatoires » de 172') et de 1724 : « Scavez-vous, Monsieur, que le public commence à ne plus murmurer contre les deux éditions précoces et furtivcs de votre poème et qu'il approuve votre procédé à son égard, dans l'espérance que cette petite supercherie pécunieuse tournera un jour à son avantage, comme elle tourne a présent au vôtre. Il y a neantmoins toujours des personnes mal intentionnées qui prennent la chose au criminel et vous traittent impitoyablement de stellionnataire. Elles disent que vous vendez plusieurs fois la même chose ^ » Le plaisant de l'affaire, c'est que l'édition de 1724 avait paru à l'insu de Voltaire, que c'est l'abbé Desfontaines qui l'avait fait imprimer à Evreux ou à Troyés et que c'est lui vraisemblablement qui en avait empoché les bénéfices^.

1. P. 258. Le texte de la Bibliothèque française reproduit exactement celui du ms. de la Bibl. Nat., en en adoptant toutes les corrections. La seule différence c'est qu'il y a une date à la fin et que le rédacteur du journal a ajouté quelques notes.

2. C'est ce que notait déjà le rédacteur de la Bibliothèque : » L'auteur a principalement en vue une édition de ce poème qui a

paru in-i2° sous le nom de Jean Frédéric Bernard à Amsterdam, quoiqu'elle ait été faite à Troie. Ce qu'il y a de singulier, c'est que l'abbé D... F..., qui accuse de stellionnat son libérateur a lui-même colporté cette édition. Ce trait sent furieusement la Normandie. »

Swift et Desfontaines.

A l'occasion de la traduction de Gulliver par Desfontaines, Swift et l'abbé échangèrent deux lettres qui nous ont été conservées. Elles sont toutes deux, quoique à des titres divers, fort curieuses. Celle de Swift nous fait entrevoir très clairement le petit groupe de poètes et de lettrés qui se pressait autour de Bolingbroke et où Voltaire fut admis. Ces lettres méritent d'être mieux connues en France. Elles ont été plus d'une fois publiées en Angleterre, en dernier lieu dans la très intéressante introduction du tome VIII des Prose Works of Jonathan Swift '. Mais on ne les a données jusqu'ici que d'une façon assez incorrecte : nous les publions d'après les originaux qui sont au British Muséum 2.

Desfontaines avait fait précéder sa traduction d'une longue préface où il le prenait de haut avec son auteur. Il n'avait trouvé aucune obscurité dans son livre, disait-il. Mais les trente premières pages lui avaient paru assez froides et d'un mérite médiocre. L'abbé pourtant ne s'était pas découragé et fut bientôt récompensé de sa peine : « J'y trouvai des choses amusantes et judicieuses, une fiction soutenue, de fines ironies, des allégories plaisantes,

I. Édité par Ravenscroft Dennis, Londres, 1906, p. xxi-xxiii. a. Ms. ndd. 'iSoô, f" 102 et f io4. C'est un des trois volumes du recueil de lettres de Swift.

une morale sensée et libre, et partout une critique badine et pleine de sel; je trouvai en un mot un livre tout à fait neuf et original dans son genre. Je ne balançai plus; je me suis mis à le traduire, uniquement pour ma propre utilité, c'est-à-dire, pour me perfectionner dans la connoissance de la langue angloise, qui commence à être à la mode à Paris, et que plusieurs personnes de distinction et de mérite ont depuis peu apprise. » Voilà qui va bien, mais notre traducteur a aussi des réserves à faire : « Je ne puis néanmoins dissimuler ici que j'ai trouvé, dans l'ouvrage de M. Swift, des endroits foibles et même très mauvais; des allégories impénétrables, des allusions insipides, des détails puérils, des réflexions triviales, des pensées basses, des redites ennuieuses, des poliçonneries grossières, des plaisanteries fades, en un mot des choses qui rendues littéralement en françois auroient paru indécentes, piîoiables, impertinentes, auroient révolté le bon goût qui règne en France, m'auroient moi-même couvert de confusion, et m'auroient infailliblement attiré de justes reproches, si j'avois été assés foible et assés imprudent pour les exposer aux yeux du public. » L'abbé a donc supprimé hardiment. « Au reste, je me suis figuré que j'étois capable de suppléer à ces défauts et de réparer ces pertes, par le secours de mon imagination, et par de certains tours que je donnerois aux choses mêmes qui me déplaisoient. J'en dis assés pour faire connoître le caractère de ma traduction. J'apprends qu'on en imprime actuellement une en Hollande. Si elle est littérale, et si elle est faite par quelque traducteur ordinaire de ce païs-là, je prononce, sans l'avoir vue, qu'elle est fort mauvaise, et je suis bien sûr que, quand elle parottra, je ne serai ni démenti ni détrompé'. » Munie de cette belle préface, la traduction de Gulliver parut vers avril i7'^7. J'ai comparé quelques chapitres de Desfontaines avec le texte de Sv.ift. L'abbé n'a qu'une connaissance très superficielle de l'anglais, les nuances lui échappent,

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