‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 133 sur 162 · Ms. add. 4 8o5, f i · texte numérisé non relu

Ms. add. 4 8o5, f i

2. Le ms., qui est dans les papiers de Swift, semble bien être l'original même de la lettre. Il faudrait alors admettre ou qu'on en envoya une copie à Desfontaines, ou bien qu'on s'amusa simplement, par manière de passe-temps, à rédiger une réponse qui n'était pas destinée à quitter l'Angleterre. 11 est certain que 1 abbé ne se corrigea nullement de son outrecuidance. En 1730 il publia un .Xoiweau Gulliver, ou voyage de Jean Gulliver, fila du capitaine Gulliver, qui eut peu de succès et n'en méritait aucun. Mais cela n'empêcha pas Desfontaines de le mettre modestement au-dessus du livre de Swift. On l'avait accusé de s'être fait aider dans sa traduction de 1737 par un certain Irlandais. Il répondit que l'Irlandais ne lui servait que de dictionnaire. « D'ailleurs mon ouvrage n'est proprement qu'une imitation de celui du D. Swift, comme il est marqué dans la préface. Or rirlandois ne se pique pas, je crois, d'invention. Les principaux endroits du Gulliver et ceux qui ont fait la réussite de ce livre sont presque aussi originaux que l'ouvrage qui a paru ensuite sous le titre de Voijai^cs de Gulliver le fils, imprimé à Paris chez le Breton, 1780. Il est vray que celui-cy n'a pas eu en France le succès de l'autre; c'est qu'il ne faut jamais en ce pays-ci revenir aux idées neuves et singulières. Les vrais connoisseurs, qui jugent sans prévention, ont pourtant mis ce second Gulliver au-dessus du premier. Il a été traduit en anglois, non par le traducteur banal de la grande histoire romaine moderne, mais par l'ingénieux traducteur de tous nos meilleurs ouvrages, et il a eu dans cette langue beaucoup de cours à Londres. J'ai entre les mains un exemplaire imprimé de cette élégante traduction, dont M. Lockman a honoré mon ouvrage. • Apologie de M. Vabbv D. /•'., Amsterdam, 173O, p. i3.

Thieriot et Atterbury.

La lettre de Thieriot que nous donnons ici est tirée, comme nous l'avons dit, du recueil des œuvres d'Atterbury publié par J. Nichols'. On a imprimé évidemment sur l'original qu'on dut retrouver dans les papiers de l'évêque. Mais l'éditeur a été embarrassé ici ou là et a laissé échapper quelques fautes grossières que j'ai dû corriger. Dans ces conditions il a paru préférable d'orthographier à la moderne. La lettre est datée, dans l'édition, du 27 juillet 1726, mais elle est sûrement de 1727.

A Forges, ce 27 juillet 1737.

Milord,

Il y a huit jours que je passe ici mon temps à mener la vie du monde la plus délicieuse, la plus tranquille, et à laquelle il ne manque pour être entièrement heureux que l'honneur de vous avoir écrit et le plaisir que j'aurai de recevoir de vos nouvelles. Je ne me ressouviendrais point de Paris sans vous, et si je n'espérais de vous y retrouver à la fin d'octobre, je n'aurais pas plus de désir d'y retourner que j'ai eu de regret à en sortir. Ma santé est si bonne depuis mon arrivée quil semble que je prends les eaux de Foi'ges par pure complaisance et pour faire comme les autres. On prend ici deux remèdes à la fois; la dissipation dans laquelle on vit guérit l'esprit d'un vaporeux, et les eaux rétablissent l'estomac. Je ne

raaccommoderais pourtant pas longtemps dune vie si oisive, si molle, et qui nest mise en mouvement que par la bagatelle. Un long sommeil, le jeu, la bonne chère, les cercles de dames, et la promenade, sont encore plus sensibles et plus agréables après la lecture de Cicéron et de Virgile que sans aucun exercice d'esprit. J'avais emporté quelques livres, qui sont encore empaquetés, et que je remporterai de même. Je n'ai jamais vu le goût de la société porté à la familiarité qui règne dans les lieux où l'on prend des eaux. On ne sort pas plutôt dune partie de plaisir qu'on en recommence une autre. Voilà, Milord, un détail exact de la façon dont on se comporte à Forges. Il est aussi agréable pour un homme dans ma situation, accablé de vapeurs, qu'il est insipide pour un grand homme comme vous, mêlé dans les affaires d'Etat, et dont le loisir nest occupé que dans ce que les belles lettres ont de plus sublime et de plus délicat. Permettez-moi donc, à ce propos, de vous demander, sans entrer dans aucun de vos secrets, si je puis vous féliciter sur le succès de vos affaires, en attendant l'effet des vœux de tous vos amis *? Le Père Courayer - a-t-il soin de vous faire passer sous les yeux les ouvrages de nos meilleurs écrivains français qui auraient pu vous échapper? Votre admiration pour M. Bossuet est-elle toujours constante à mesure que vous parcourez ses ouvrages 3?

Si vous voyez le P. Courayer, souffrez, Milord que je vous supplie de le faire ressouvenir de l'estime et de l'attachement que jai pour lui. Je vous demande en grâce, s'il vous venait d'Angleterre quelque ouvrage de votre goût, et que vous

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