Bcngcsco, Bibtiogr., t. I, p. 7, 11° aS
3. Bib. Nat. ms. fr. 21 9r)5, f 6'i y". U. Bib. Nat. ms. fr. ai gSS, f° 22G.
qui ne remettait son pi'ivilège que pour trois ans voulut-il qu'étant accordé pour six ans il fût fait à son nom. A quelles conditions fit-il cette cession? Nous savons déjà que chaque libraire devait lui fournir cinquante exemplaires, et sur Flahault nous ne savons rien de plus ; à l'égard de Pissot toutefois nous sommes mieux renseignés. Le li décembre 172!» il signa deux billets à Voltaire par lesquels il reconnaissait lui devoir .'(Oo livres d'une part et 487 de l'autre, en tout 887 livres. Dans le procès qui s'élèvera plus tard à l'occasion de ces billets, Voltaire dira qu'il en a fourni la valeur « tant en argent qu'en un livre intitulé l'Indiscret ». Nous ne savons pas quelle est la proportion. Peut-être un des billets est-il pour le prêt d'argent, l'autre contre la remise du privilège de Vlndiscret. La somme ne semble pas très forte, mais il faut se rendre compte que Voltaire n'aura cette fois à payer ni papier ni imprimeur et se rappeler qu'à la différence de Mariamne V Indiscret n'avait eu qu'un succès d'estime.
En février 1727, Voltaire, qui avait perdu ses renies et
ses pensions et qui avait dû faire d'assez grosses dépenses
en Angleterre, pensa aux billets qu'il avait en mains. N'y
avait-il pas là une ressource à tenter? il charge donc
Thieriot de retirer ces billets de chez Germain Dubreuil
et d'aller faire visite à ses débiteurs. Mais on voit bien
qu'à cette distance de Paris il ne compte pas trop sur le
succès. Et de fait il est possible que la veuve Ribou ail
payé sa dette, car on n'apprend pas qu'elle ait eu plus tard
de contestation avec Voltaire ; mais il est certain que Pissot
ou sa femme, si Thieriot alla vraiment les relancer, ne
voulurent rien savoir. Voltaire se tint coi pour le moment,
mais à peine de retour à Paris il poursuit vigoureusement
les choses. Environ un mois et demi après sa rentrée, le
3o juin 1729, il fait assigner la veuve Pissot, demeurant
alors quai de Gonti, près la rue Guénégaud, à comparoir
le lendemain i*^'" juillet devant les juges consuls de la ville
de Paris. Le lendemain vendredi, à trois heures de
relevée, les 'deux parties sont en présence : Voltaire, qui
série les difficultés, ne réclame que le payement des deux billets du i3 décembre avec les intérêts, la veuve répond que le défunt Pissot son mari n'a pas reçu les exemplaires pour raison de quoi il a fait les billets, que Timprimeur Sevestre n'a pas pu les livrer, car ils avaient été saisis à la requête du marchand papetier Coulango. A quoi Voltaire réplique que les exemplaires saisis se trouvaient non pas chez l'imprimeur Sevestre, mais bien chez le libraire Pissot, que la facture Goulange a été acquittée par son homme d'affaires, Cassegrain Dubreuil, qu'il y a eu mainlevée de Topposition et saisie faite par le papetier, et que copie de cette mainlevée a été remise à la veuve Pissot, le jo juin, en même temps que l'assignation à comparoir; que du reste ladite veuve brouille étrangement les choses, que les deux billets en question n'ont rien à voir avec des exemplaires à recevoir, qu'ils n'ont été signés que contre valeur reçue, comme il appert de leur teneur. Sur quoi les juges décidèrent qu'il serait utile d'entendre le sieur Sevestre, s'en remirent toutefois à la défenderesse du soin de le faire comparoir et ajournèrent la cause au lundi suivant. La veuve Pissot avait du reste mentionné un autre témoin à décharge, Thieriot tout simplement, comme il ressort de la lettre suivante que lui écrivit Voltaire le soir môme ^ :
Que vous êtes heureux, mon cher potet -? Vous comparoitrez lundy a dix heures devant les juges-consuls de la bonne ville de Paris, a la requête de dame Pissot qui a déclaré devant les juges que vous êtes mon amy. Je ne crois pas que votre témoignage la desavoue en cela. Elle prétend de plus que vous êtes témoin quelle ne me doit rien. Vous rendrez donc gloire a la vérité devant Dieu, Chauvin et Tiriot '^, votre
1. C'est la lettre ui;, datée à tort par Moland de 1725. Nous l'imprimons d'après l'original, Bib. Nat. ms, fr. 13 (jSS, {" i45.
2. Potet ou potet. Il y a Ii\ une plaisanterie qui nous échappe.
3. Il semble bien d'après cela que le frère de Tiriot ait été un des juges-consuls pour l'année i73'.)* Cependant ni dans VAlmanach Royal, ni dans Denièrc, La juridiction consulaire de Paris, 1872, on ne trouve son non» dans la liste des juges-consuls pour 1729 ou les
frère, votre juge et le mien. Souvenez vous de faire un bau discours éloquent ou ces messieurs entendront peu de chose. En attendant ne pouroit on vous voir?
Vendredy [i'^'' juillet 1729].
Le lundi 4 juillet à dix heures du matin, les juges-consuls n'entendirent aucun discours de Thieriot. Il ne vint pas, étant retenu, paraît-il, par certain « lavage de thé au lait ». Quant à Sevestre, malgré l'assignation que lui fît tenir dame Pissot le 1 juillet, il resta également chez lui. Les choses tournaient mal pour la veuve. Elle essaya bien de répéter sa défense du vendredi précédent : la « valeur » fournie contre les deux billets ne consistait qu'en un « mandement » que le sieur Arouet lui avait donné pour percevoir chez Sevestre treize cents exemplaires; à cause des saisies elle n'avait pas pu retirer ces exemplaires. Généreusement elle offre, pour terminer l'affaire, de rendre ledit mandement, « attendu que les livres y contenus ne sont plus de vente «. Mais Voltaire réplique victorieusement qu'il a deux sortes de billets de Noël Pissot, un billet concernant Mariamne auquel la veuve veut toujours revenir, mais dont précisément il n'est pas question en la présente affaire, et deux billets du i3 décembre 1725 concernant Vindiscrct, qui seuls sont en cause. La cause est entendue. Les juges-consuls de la bonne ville de Paris ne tardent pas à condamner « ladite veuve Pissot a payer audit sieur Harouette de Voltaire laditte somme de huit cent quatre vingt sept livres avec le proffît, autrement par touttes voyes de droits et raisonable ». Les dépens étaient fixés à douze livres et cinq sols, y compris le jugement.
années antérieures. Quant à Pierre Chauvin c'était un personnage important : consul en 1728, il était de plus député de la Ville de Paris au conseil de commerce. Au début de 1729 on l'invita à remplir les fonctions de juge au tribunal consulaire : il déclina, donnant comme raison qu'il était déjà pris plusieurs fois par semaine au conseil de commerce : cf. Denière, ouït, cit., \^. ^63. Peut-être vint-il aux audiences d'avril pour faii'e honneur à l'auteur de la Ilenriade.
Le lendemain Voltaire écrivait à Thieriot :
[5] juillet 1739.
Savez-vous que pour votre lavage do thé au lait vous manquâtes hier une belle occasion? J'arguai pendant une heure devant nos seigneurs les consuls, et gagnai ma cause avec dépens. Si vous voyez mon adverse partie, vous pouvez lui dire qu'en cas quelle n'implore pas notre miséricorde, elle sera écrasée et ruinée, dont je suis très fâché'....
Il ne semble pas que la « partie adverse » ait immédiatement crié merci. Ilarouette de Voltaire attend deux jours, puis le 7 il met de nouveau l'huissier en campagne. 11 s'agit cette lois du billet du '25 aoîît i7'25, et Voltaire demande qu'on lui paye la somme de douze cent cinquante francs, ou sinon qu'on lui remette les mille exemplaires de Mariamne dont cette somme était l'équivalant. C'était un peu plus difficile, paraît-il, que de retourner le « mandement », et ceci nous montre bien que la veuve était de mauvaise foi. Elle avait sans doute vendu une partie des exemplaires et ne voulait pas en convenir. L'assignation était pour le vendredi 8 juillet, mais Voltaire fut seul à comparoir. Visiblement dame Pissot se fatiguait d'une lutte inégale. Mais, réassignée le lendemain 9 pour voir adjuger au demandeur le profit du défaut, elle dut revenir devant les juges le lundi ii. Elle demanda immédiatement à « estre renvoyée par devant des arbitres pour compter ». Sur quoi les juges continuèrent la cause « a un mois pour tout delay dans lequel temps ladite défenderesse rendra compte audit demandeur, pour ensuite et par nous estre fait droit aux parties et ordonné ce que de raison ». La veuve Pissot avait compris qu'il était de son intérêt de s'arranger à l'amiable : il est à croire qu'elle se soumit sans maugréer à la décision des arbitres. En tout cas nous n'avons plus trouvé trace de l'affaire dans les registres de la juridiction consulaire -.