Moland
écrire en prose anglaise le premier acte de cette pièce, à peu près tel qu'il est aujourd'hui en vers français. Je vous en parlais quelquefois, et nous nous étonnions qu'aucun Anglais n'eût traité ce sujet, qui, de tous, est peut-être le plus convenable à votre théâtre. Vous m'encouragiez à continuer un ouvrage susceptible de si grands sentiments'. » Ainsi il vient à peine de publier sa Henriade in-4° à Londres que déjà à Tété de i^/i^ il se met à Brutus. Il n'a écrit à Wandsworth, nous dit-il, que le premier acte en prose anglaise. Mais ceci suppose que son plan était déjà fait et ses caractères tracés. Quand il se mit à faire les vers, ajoute-t-il au même Bolingbroke, il éprouva quelque difficulté, tellement il était habitué à tourner ses pensées en anglais-. Il dut donc s'exercer à rapprendre son métier de poète français dès son retour en France, et il est fort possible qu'il ait écrit quelques actes de Brutus dans sa retraite studieuse de Normandie. C'était là encore sans doute une des nouveautés qu'il se promettait de montrer à son ami Thieriot.
Rentré à Paris, il dut naturellement reprendre et retoucher sa pièce, la préparer pour la scène. Le 12 août, dans une lettre où il réclame de Thieriot les mémoires de M. des Alleurs dont il a besoin pour son Charles XII, il écrit : « Voici la première prose que j'ai écrite depuis huit jours, les alexandrins me gagnent^ ». Il n'est pas difficile de deviner à quelle œuvre appartiennent ces alexandrins. En décembre il se sent enfin prêt. Il convoque les comédiens chez lui pour leur lire sa pièce*. Il semble que la
I. Moland, t. II, p. 3ii. On cite souvent un passage de ce i" acte en prose anglaise composé par Voltaire ù Wandsworth : c'est Goldsmith qui l'a conservé {Works, IV, ao). Mais Goldsmith nous fait l'efTet d'avoir simplement traduit en anglais quelques vers du Brutus français.
3. « Je vous avoue, Mylord, qu'à mon retour d'Angleterre où j'avais passé deux années dans une étude continuelle de votre langue, je me trouvai embarrassé lorsque je voulus composer une tragédie française. »