MANUSCRITS ORIGINAUX. XXIII
au pillage du 14 juillet. La lettre dont Carra donnait l'extrait que nous venons de rappoi^ter avait donc fait partie des manuscrits de la Bastille. Il avait dû la tirer d'une liasse de documents ayant appartenu aux Archives de la Maison du roi. Comment, s'il en était autrement, aurait-il vu de suite que le Monseigneur de la suscription était le Ministre du Département de Paris *? Rien du reste de surprenant dans tout ceci. La Bastille était sous la haute direction du Ministre de la Maison du roi, et en somme tous les papiers qui y étaient conservés relevaient de cette Maison. Il s'y trouvait même beaucoup de documents qui n'avaient rien à voir avec des détentions de prisonniers'. Les manuscrits déposés à Saint-Louis la Culture n'y sont pas restés longtemps. On les transféra, comme on sait, à l'Arsenal 011 ils furent entassés dans un galetas et oubliés jusqu'au jour où un employé de cette bibliothèque, M. Ravaisson, les découvrit à nouveau et après des années de patient labeur consacrées à les déchiffrer et à les classer, les publia dans ses Archives de la Bastille. iMais si on y peut lii'e quelques lettres de Voltaire, aucune de celles qui nous intéressent ici ne s'y ti'ouve. Il en faut naturellement conclure que ces pièces ne furent jamais transportées à l'Arsenal. Cela pourrait nous faire douter qu'elles aient été à aucun moment déposées à Saint- Louis la Culture. Il est certain que bien des documents pillés lors de la prise de la Bastille ne furent nullement restitués à la Commune, que quelques-uns allèrent s'égarer jusqu'en Russie et que beaucoup passèrent entre les mains de collectionneurs ou de raai'chands d'autographes et qu'un cei'tain nombre enfin se perdit sans retour. Nous ne sommes même pas sûr qu'à l'exception de la lettre 7 les autres lettres du ras. 3i aient jamais passé par la Bas-
1. Pendant la plus grande partie du xvill" siècle, le secrétaire de la Maison du roi eut aussi dans ses attributions le « Département de Paris ».
2. Funck-Brentano, Correspondance historique et archéologique, iSfji, p. 97-100; A. Bégis, ibid.,p. 2^1-252.