INTRODUCTION. IX
qu'il y a de plus puissant à la Cour, favoris et favorites? C'est une bien autre note que rend la lettre suivante qui est probablement du début d'avril 1726. Malade, « détrompé... de la vanité des amitiés humaines », presque désespéré, Voltaire songe à quitter la France pour jamais. C'est qu'entre les deux dates, il a été bâtonné par les laquais de Rohan-Chabot. Et désormais tout s'enchaîne : le battu jette les hauts cris, tout Paris ne fait qu'en rire, il crie plus fort, puis prend peur et se cache, reparaît, fait des armes et finalement se voit conduit à la Bastille par un gouvernement paternel qui veut éviter un esclandre entre llohan et lui. Il en sortira bientôt, mais pour s'en aller en exil; il a choisi l'Angleterre, à la satisfaction de tous les intéressés ; mais à peine débarqué, il revient, cherche en vain son noble adversaire, puis effrayé de son audace repasse précipitamment de l'autre côté de la Manche : là il n'oubliera de longtemps ce qui l'y a amené. On voit comment dans cette année 1726 tout se tient, et où est la coupure. En novembre 1725, tout sourit à Voltaire qui est en passe de faire une brillante fortune : en février i72'3, abandonné de ses amis, il est la risée de Paris; c'est ailleurs qu'il lui faudra désormais chercher fortune. On ne saurait donc séparer le séjour d'Angleterre du séjour à la Bastille : l'un fut la conséquence directe de l'autre, ajoutons que c'en fut aussi la brillante compensation. Dès lors il est tout indiqué de faire partir notre période de janvier 1726.
Où l'arrêterons-nous? Quelle que soit la date que l'on fixe pour le retour en France, une chose est certaine : Voltaire revint sans prévenir qui que ce fût, excepté Thieriot, et ce n'est que caché sous un faux nom qu'il osa se montrer dans les environs de Paris. Il attendit jusqu'au 7 avril 1729 pour demander une autorisation de rentrer dans la capitale; il l'obtint le 9, s'installa rue Traversière dans le cours de la semaine suivante, et le 18 prévint ses amis anglais qu'il était arrivé à Paris; le lendemain il présente ses respects au lieutenant-général