INTRODUCTION
de police comme il les lui avait présentés au départ de Calais*. C'est donc bien ici que se termine Texil, et de ce jour date pour Voltaire une période nouvelle. 13ès lors notre cadre est tout tracé, et notre édition doit renfermer les lettres écrites par Voltaire du i" janvier 17-/6 au 19 avril l'j'i-g-
Ce qui fait l'unité de cette période, c'est qu'elle est pour Voltaire une époque de transformation. Il découvre l'Angleterre et la littérature anglaise, il lit, observe, admire et critique, il s'instruit et il désapprend, il approfondit ce qu'il soupçonnait, il développe ce dont il avait l'instinct, il compare, note, recueille des matériaux. C'est tout un prodigieux travail qui s'accomplit en lui et dont on verra plus lard les résultats. Ils apparaîtront surtout, avec un relief saisissant, dans les Lettres Philosophiques. C'est là qu'est vraiment la relation de son voyage, et il en a noté toutes les étapes intellectuelles; c'est là qu'on peut saisir sur le vif l'influence de l'Angleterre de Bolingbroke et de Walpole sur ce Français de la Régence et ce disciple de Boileau; et c'est dans les notes de M. Lanson qu'il faut voir comment dans le détail cette influence a opéré ^. M. Lanson a fait revivre pour nous l'atmosphère même qu'on respirait à Londres de 1726 à 1728 : journaux, tomes pesants, légères brochures, intérieurs d'écoles, conversations de la rue et du salon, séances des Communes, il évoque tout cela devant nous et il nous fait voir bien clairement où Voltaire a puisé. C'est ensuite un vif plaisir d'observer comment Voltaire réagit sur cette matière dont il s'est si allègrement chargé : le fait divers se généralise, les lectures intermittentes et variées se fondent en quel-
3. Voltaire, Lettres Philosophiques, Société des textes français modernes, a vol., 1909.