LVIII INTRODUCTION
ceraenl de la plirase initiale. La lettre IV, appartenant à notre période, naérite de nous retenir un peu davantage. Elle donne un texte qui. dans ses courtes proportions, est assez différent de celui do Jacobsen. Le voici ;
Le mardi, de mon palais de la Bastille.
« On doit nie conduire demain ou après-demain de la Bastille à Calais. Je vous attends avec impatience, mon cher Thieriot. Venez sans perdre une heure. C'est peutêtre la dernière fois que nous nous verrons. Je serai si loin de vous à Londres! Mais enfin je verrai le soleil, s'il passe par là. «
On aimerait à savoir si c'est bien là ce que Voltaire avait écrit. Il y a dans ces quelques lignes une nuance de bonne humeur frondeuse qui s'accorde bien avec le tempérament de Voltaire, mais que justement nous ne retrouvons pas dans les autres lettres de la même période. Nous ne sommes pas assez convaincu que l'éditeur de 1861 ait eu à sa disposition plus c^ue le Recueil Jacobsen pour changer à sa suite même une virgule dans une formule de conclusion'. Un jour ou l'autre, on retrouvera les papiers de Thieriot et nous saurons alors ce qui en est.
I. Ses procédés sont si extraordinaires qu'on aimerait à en donner une explication rationnelle. L'éditeur nomme parmi les gens qui lui ont fourni des inédits M. de Villevieille. Serait-ce le marquis de Villevielle qui avec l'aide de Mlle Swanton traduisit, pour Jacobsen, les lettres anglaises du Recueil de i8;>o? Le marquis de Villevielle avait-il conservé des copies où le français des collaborateurs de Jacobsen se mêlait sans scrupule, et sans arrière-pensée de tromperie ou de mystification, au français de Voltaire? Ces copies, par quelque accident que nous ne pouvons plus nous expliquer, furentelles remises à l'éditeur de i80a comme autant d'originaux? Pourtant cet éditeur a dû avoir sous les yeux le texte anglais des lettres, car dans un passage où la traduction de i8ao omet un membre de phrase (correspondant à They call ii t/ie décadence of Montesquieu. Il is truc), le recueil de 18G3 rétablit la pensée de Voltaire en imprimant : On rappelle la décadence de Montesquieu. Il est vrai que... Mais on pourrait toujours supposer que la copie de M. de Villevielle portait ce membre de phrase et que l'omission est du fait
IMPRESSIOxNS. LIX
90 Les lettres 20, 55 et 68 furent publiées en 1860, chez Didier, par Evariste Bavoux et A[lphonse] F[rançois] dans un volume intitulé : Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la Ducliesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes historiques entièrement inédites. Le volume renferme d'abord des Lettres inédites écrites de Ferney et recueillies par E. Bavoux, puis une Correspondance inédite de Voltaire avec la Duchesse de Saxe-Gotha, obtenue du duc de Saxe Cobourg-Gotha j^ar E. Bavoux, et enfin de la page 294 à la page 445 une Correspondance diverse, renfermant 142 lettres, qui seule nous intéresse ici, car c'est dans cette subdivision que se trouvent nos trois lettres. En tête de la Correspondance diverse, on lit cet avertissement, qui est de A. François : « Les lettres qui suivent ont été rassemblées par feu M. de CajTol et par Fauteur de cette note, depuis rimpi'ession du Recueil de 1837. Leur intention était de les publier avec la correspondance de Saxe-Gotha qu'ils espéraient obtenir. Le succès des démarches de l'honorable M. Evariste Bavoux favorise aujourd'hui cette publication. 11 est regrettable que M. de Ca^^rol ne soit plus là. Toutefois les lettres diverses qu'on va lire avaient été d'avance soumises à l'examen de notre savant ami, qui connaissait les personnages, les événements, les particularités de l'époque de Voltaire comme un contemporain. L'authenticité de toutes ces pièces, leur date, les éclaircissements nécessaires, ont passé par son contrôle si judicieux et si sûr. »
de l'imprimeur de 1820. Le Pougens dont on mentionne la collection est-il le Charles Pougens qui mourut en i833? Dans ce cas c'est peut-être lui qui fut le possesseur intermédiaire entre le Directoire et Corneille Jacobsen, et Téditeur de 1862 pourrait tenir ce détail encore de M. de ViHevieile. Mais l'indication est-elle bien sérieuse? Il reste en effet que notre éditeur a sans conteste possible outrageusement tripatouillé la lettre du 27 mai 1727 : il est donc sujet à caution.