‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 6 sur 162 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

Dédicace à la Reine Caroline ' le « philosophe » montre déjà le bout de l'oreille. C'est lui que nous entendons dans ce paragraphe frondeur adressé à un correspondant parisien resté inconnu : '< Je désire vivement vous revoir, ainsi que mes amis, mais j'aimerais mieux que ce fût en Angleterre qu'en France, ^^ous qui êtes un parfait Breton, vous devriez passer la Manche et venir nous trouver. Je vous assure de nouveau qu'un homme de votre caractère ne se déplairait ])as dans un pays où chacun nobéit qu'aux lois et à sa fantaisie. La raison est libre ici et prend le chemin qui lui plaît -. »

Mais c'est surtout dans la correspondance avec Thieriot, semble-t-il, qu'on devrait retrouver des confidences de ce genre. Nous avons presque toutes les lettres que Voltaire lui a écrites d'Angleterre, et Thieriot était alors son plus intime ami. Pourtant c'est à peine si le Voltaire des Lettres Pliilosopliiques s'y montre ici ou là en de rapides échappées. 11 y a bien la lettre du aO octobre 1726, la première qu'il ait écrite d'outre-i\Ianche à son ami : elle renferme le plus chaleureux éloge de l'Angleterre qui soit jamais tombé de la plume d'un Français : « Je ne veux pas tremper mes lèvres à la coupe de l'esclavage sur la terre de la liberté », s'écrie Voltaire, grisé au sortir de la Bastille par l'air vif qui soufflait dans celte île étrange. Mais presque tout de suite il met une sourdine : nous savons que la griserie continua, maïs elle ne colore plus le ton des lettres suivantes. Voltaire se tient sur la réserve. On peut croire qu'elle était calculée. Savait-on jamais où une lettre pouvait s'égarer, par quelles mains elle pouvait passer? Voltaire avait des intérêts en France, il comptait rentrer à Paris un jour ou l'autre : il ne s'agissait pas de compromettre cette rentrée par des imprudences, laisser supposer par exemple qu'il gardait à l'égard de la France et de ses gouvernants une attitude boudeuse ou maussade

2. Lettre 5o. 11 est probable que ce correspondant est le chevalier des Alleurs.

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