INTRODUCTION. XIII
OU qu'il osait préférer à sa patrie une nation d'hérétiques. « Je ne veux pas laisser voir à la cour de France que je parle et écris comme un libre Anglais », écrit-il à un correspondant de Paris. Pour dépister les curieux, il s'était bien avisé d'employer l'anglais dans sa correspondance', mais le plus sage c'était encore de garder pour lui les remarques osées et les comparaisons irrespectueuses, jusqu'au jour où il pourrait les communiquer de vive voix à lami Thieriot : « Je crois qu'il ne vous serait point désagréable, et certainement ce serait un bien grand plaisir pour moi, de pouvoir causer avec vous secrètement et amicalement de cela et de beaucoup d'autres choses dont je ne vous ai jamais rien écrit, mais dont il faudra que je m'ouvre à vous quand je pourrai goûter la satisfaction de vous embrasser en secret-. » On peut se demander si Voltaire ne se fût pas ouvert plus volontiers dans ses lettres à Thieriot au cas où Thieriot eût été un peu différent de ce qu'il était. Cet aimable garçon, léger et superficiel, n'était peut-être pas le correspondant que nous pourrions souhaiter à Voltaire en ce moment. On surprend parfois de la part de Voltaire lui-même un mouvement d'impatience : « Ne parlez pas de V Écrivain Occasionnel. Ne dites pas que ce n'est pas de Milord Bolingbroke. Ne dites pas que c'est un méchant ouvrage. Vous ne pouvez juger ni de l'homme ni de cet écrit ^. » C'est le ton de quelqu'un qui est profondément intéressé, qui comprend et qui sait, mais qui ne veut pas perdre son temps à expliquer des choses trop complexes à un correspondant qui n'est pas assez préparé pour les entendre.
Ce sont les lettres de Voltaire à Bolingbroke qu'il nous faudrait. Bolingbroke est certainement l'Anglais que Voltaire a le mieux connu, c'est celui qui était intellectuellement le plus près de lui, et il est même douteux si aucun de ses contemporains. Anglais ou Français, a eu sur lui