TEXTE. LXVII
orders in sticking to l'orras ». Ruaultou son scribe changent sticking, très lisible pourtant, en (iicking. L'éditeur de 1808 se trouve en présence d'un rébus et supprime toute la phrase. La lettre 34 a particulièrement souffert. Elle a été retouchée par quelqu'un qui savait un peu d'anglais et croyait, bien à tort, en savoir beaucoup plus que Voltaire. Le résultat est amusant et imprévu. Voltaire parlant d'un livre que lui avait demandé Thieriot le qualifiait de spiritual naiiseous romance, écœurant roman de spiritualité : le cori'Gcteur, qui peut-être ne connaissait pas cette expression, très courante au xviii'' siècle, de « roman de spiritualité », remplaça spiritual par spiritless, fade, et puis nauseous par nonsense, sottise, et il lut hardiment spiritless nonsense romance, ce qui, si ion admet la construction insolite « nonsense romance », donne un sens très satisfaisant ; mais ce n'est pas du tout ce qu'avait écrit Voltaire. Plus loin une autre phrase est devenue presque incompréhensible. La voici, telle qu'elle se lit dans les éditions : « You will find in the same parcel the second volume of M. Gulliver, which (by the by I don't advise you to translate) strikes at the first; the other is overstrained. » On a réussi à donner du sens à cette phrase baroque, mais c'est en rétablissant tant bien que mal la pensée probable de Voltaire et sans se soucier du texte anglais : « Vous trouverez dans le même paquet le second volume de M. Gulliver qu'en passant je ne vous conseillé pas de traduire. Le premier volume saisit vivement; le second est outré. » Voltaire avait tout simplement écrit : « You will find in the same pacquet the second volume of Mr Gulliver which by the by I don't advise you to translate. Stick to the fîrst, the other is overstrained. » « Tenez-vous-en au premier, le second est outré. »
Enfin les éditeurs ont très souvent supprimé des mots, des phrases ou des paragraphes entiers, sans arrièrepensée, simplement pour faire plus court. Tant qu'ils ne laissent ainsi de côté que des formules de conclusion, il n'y a que demi-mal. On comprend très bien que Ravaisson