LXVIII INTRODUCTION
ayant à imprimer une masse énorme de papiers ail cherché à gagner de la place en supprimant ici ou là des « Monsieur » ou des formules de politesse. Pourtant même ici, il y a peut-cire avantage à être complet. Il n'est pas indifférent de noter comment Voltaire terminait ses lettres à Hérault : « Je vous suplie d'être persuadé du respectueux attachement avec lequel je suis, indépendemment de tout cela, votre très humble et très obéissant serviteur », lui écrit-il de Calais, au sortir de la Bastille. Il est intéressant d'observer avec quelle courtoise condescension Maurepas, secrétaire d'Etat de la Maison du Roi, assure son subordonné, Hérault, qu'il est son très humble et très aifectionné serviteur. Formules, nous l'accordons, mais ce ne sont plus les nôtres : elles tiennent à tout un ensemble de conceptions disparues, elles nous font respirer l'atmosphère du vieux temps *. Mais bien souvent les éditeurs ont taillé et retranché dans le corps de la lettre, supprimant une phrase ici, deux lignes là, ailleurs tout un long paragraphe. Ni Beuchot, ni Moland, autant que nous avons pu voir, n'ont pratiqué ces coupes sombres. Mais là où ils ne publiaient pas de l'inédit ils ont suivi leurs prédécesseurs, et quand leurs prédécesseurs ne leur ont transmis qu'un texte écourté, ils l'ont reproduit avec la plus entière confiance. Rien qu'à parcourir notre édition, on se convaincra qu'il ne s'agit pas là de pratiques exceptionnelles. Et naturellement il n'est pas question de s'indigner contre les auteurs de ces suppressions. Ils ne concevaient pas leur devoir d'éditeur comme on le conçoit aujourd'hui, mais ils avaient leur idéal eux aussi, et très justifiable. Ce serait autre chose s'ils avaient retranché systématiquement certaines assertions de Voltaire ou lui avaient bénévolement prêté du leur. Mais nous n'avons rien trouvé de pareil. En général ils se
I. Si l'on veut avoir une idée do l'importance qu'y attachaient les contemporains, qu'on voie, dans le livre de M. de Barthélémy, Les correupondants de la marquise de Balleroy, t. I, p. 307 et 3ii, quels ennuis s'attira Villars pour avoir dans ses lettres aux officiers remplacé la formule traditionnelle par un sec Je suis très parfaitement à vous.