TEXTE. LXIX
préoccupent surtout de ne pas dépasser les limites d'un juste volume. Ce n'est pas qu'à l'occasion ils ne laissent de côté des choses fort intéressantes, mais c'est un peu sans l'avoir voulu. Seulement il est gi'and temps de refaire leur travail, puisque de notre point de vue il est incomplet. Qu'on songe que dans notre seul n° 32, à force d'élaguer ici ou là, on a fini par retrancher le tiers d'une très longue lettre : et l'un des passages supprimés renferme six vers de la Henriade, qui de tout le poème furent peut-être les seuls que les Anglais goûtèrent vraiment : ils décrivent assez heureusement le mécanisme de- la constitution d'Angleterre, et Voltaire en était très satisfait. Il les envoie donc à son ami Thieriot qui ne les connaît pas encore, et nous prenons là sur le fait le poète épique en train de faire son éducation politique. Pourquoi laisser de côté une page aussi caractéristique?
Si les éditeurs ont souvent tranché à leur guise dans le texte de Voltaire, il ne leur est arrivé que très rarement de tout supprimer. Mais nous connaissons au moins trois lettres, appartenant toutes trois à la période qui nous intéresse, qui n'offrent pas un seul mot de Voltaire, bien qu'elles nous soient données comme étant de lui. Ce sont les ti'ois lettres à Swift : Voltaire les avait écrites en anglais, mais la connaissance de ce détail s'est perdu au cours des temps, et seules les traductions ont pénétré dans la Correspondance : ce sont, des traductions assez inexactes et le français qui est de Luchet ou d'un autre n'en est pas toujours au-dessus de tout soupçon. Voltaire aurait peut-être écrit : « Je vous envoie ci-joint deux lettres, l'une pour M. de Morville... et l'autre pour M. de Maisons, désirant et dignes tous les deux de faire votre connaissance. » Mais on aimerait à avoir de cette tournure un exemple plus authentique.
Si nous avons recherché, parfois laborieusement, les originaux des lettres de Voltaire, on voit que ce n'est pas pour la satisfaction toute platonique de manier de vieux papiers — encore que nous comprenions très bien les joies