‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 70 sur 162 · Mémoires de l'Académie de Caen, i()o · texte numérisé non relu

Mémoires de l'Académie de Caen, i()o

3. Voltaire y Montesquieu et Rousseau en Angleterre, Paris, hjii.

MAUREPAS* A HERAULT"

A M. Hérault', Lieutenant g""' de police.

Du 5 février 1726.

Monsieur,

S. A. S.^ m'a ordonné de vous escrire de vous faire

(a) Archives Nationales, 0' 878, f° 5i-52. • — Ravaisson, Archii'es de la Bastille, XII, i25. — Moland, 1, 3o6, Documents biographiques, XX.

1. Jean-Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas et de Poutchartrain, secrétaire de la Maison du roi depuis 1718, ministre de la Marine depuis 1728. Ce haut et puissant personnage n'avait pas vingt-cinq ans, étant né le 9 juillet 1701.

2. René Hérault, seigneur de Fontaine-l'Abbé et de Vaucresson, ancien intendant de la généralité de Tours, lieutenantgénéral de police, du 28 août 1726 au 21 décembre 1789. Très en faveur auprès du cardinal Fleury, il fut un instant question de lui, si l'on eu croit les Nouvelles à la main, pour l'ambassade de Constautinople et même pour le poste de garde des sceaux. Il fut nommé intendant de la généralité de Paris le 00 décembre 1709.

3. Louis-Henri de Bourbon, petit-fils du grand Condé, connu sous le nom de Monsieur le Duc (1692-1740). Eu août 17 18 il fut fait suriiatendanl de l'éducation du jeune Louis XV et devint premier ministre, presque par surprise, à la mort de Philippe d'Orléans (2 déc. 1728). Aussi son pouvoir fut-il de courte

COnRESPOKDANCE DE VOLTAIRE. I

informer des gens dont M. le chevalier de Rohan ' s'est servy pour faire battre le S. de Voltaire et de les faire arrester, avec cette précaution que ce soit avec le moins d'éclat qu'il se poura et hors de sa maison.

On a raportc a Mgr le Duc qu'il y avoit à Paris des gens qui font négoce de louis-, et qui les acheptent i5. francs. Son intention est que vous les fassiés soigneusement examiner, et que vous en fassiés quelque exemple qui puisse déranger ce commerce. Je suis »S:a.

durée. Le jour où il voulut heurter de front l'ancien évêquc de Fréjus, futur cardinal Fleury, qui seul avait l'oreille du roi, il fut sacrifié. Voltaire, libéré de la Bastille, était à peine en Angleterre depuis trois semaines que le ministre qui l'avait emprisonné et exilé recevait lui-même une lettre de cachet qui l'envoyait à Chantilly (ii juin 1726).

1. Gui-Auguste de Rohau-Chabot, second fils de Louis de Rohan-Chabot, connu d'abord sous le nom de Chevalier de Rohan, plus tard sous celui de Comte de Chabot. Né le 18 août i683, il avait près de quarante-trois ans au moment de la querelle. Il était chevalier de Saint-Louis et maréchal de camp depuis le 1'^'' février 1719. Ce n'était donc pas tout h fait le jeune étourdi qu'on serait tenté de voir en lui.

2. Depuis le i"'" février les anciens louis dor, de trente-sept et demi au marc, ne valaient ]ilus que douze livres, après avoir valu quatorze livres pendant le mois de janvier. (Arrêt du Conseil d'État du 4 déc. 1725.) Leur valeur normale, et qui était celle qu'ils avaient avant le i*^"" janvier 1726, était de 16 livres. Jusqu'au 3o avril 172G ils devaient avoir cours sur le pied de douze livres, après quoi leur valeur baisserait encore. Le gouvernement qui les avait démonétisés par un édit de janvier 1726 et exigeait qu'on vînt les rapporter à la Monnaie les remplaçait par de nouveaux louis, « de la taille de trente au marc », valant vingt francs. Il ne payait du reste les anciens louis qu'aux 4/5 environ de leur valeur première. On devine le désarroi que cette opération jeta dans les relations commerciales. Bien des gens s'abstinrent de porter leurs anciens louis à la Monnaie et préférèrent les exporter en Angleterre ou en Hollande, où naturellement un édit du roi de France ne pouvait faire baisser la valeur de l'or. Les « gens qui font négoce de louis » les achetaient i5 francs et en retiraient probablement

MAUREPAS A HERAULT ''

A M. Hérault, Lieutenant gênerai de policé.

Du d. jour [28 mars 1726].

Monsieur,

S. A. S. est informée que M. le chevalier de Rohan part aujourd'huy pour Paris * ; et comme il pouroit avoir quelque nouveau procédé avec le Sieur de Voltaire, ou celuy cy faire quelque coup d'etourdy, son intention est que vous les fassiés observer de manière que cela n'ait point de suites. Je suis &a.

MAUREPAS A HERAULT ''

Monsieur, Je vous adresse les ordres"^ du Roy- pour faire conduire

(a) Arch. Nat., 0» 378, f i/i4. — Rei'ue Réirospectu-e, t. II [i834], p. 127. La suscription devient : M. Hérault, lieutenant-général de police au sieur Duval, commissaire du guçt. La dépêche suivante du registre Qi 378 est adressée « au S. Duval, commissaire du guet », d'où la confusion. — Ravaisson, Arch. de la B., XII, 126. — Moland, i, 3o6, Doc. biogr., XXI.

(b) Arsenal, carton B iog48, p. 288. Depuis le 4 juillet 1890 la lettre a été placée en vitrine dans la salle des Archives de la Bastille. — Ravaisson, Arch. de la B., XII, 12D. — Moland, i, 807, Doc. biogr., XXII.

(c) Mol., un ordre. — Le pluriel est de règle dans les formules de ce genre.

près de 16 francs à l'étranger. Quand Yoltaire fut arrêté on trouva sur lui « 65 louis d'or neufs, à 20 francs pièce ».

1. Le chevalier de Rohan était alors à Versailles chez son cousin le cardinal de Rohan.

2. 11 ne faut pas voir dans cette phrase : Je vous envoie les

et recevoir a la Bastille le S. Ârouct de Voltaire. Vous aurés soin s'il vous plaist de tenir la main a leur exe-

ordres du roi une simple formule. Les « ordres du Roi » Liaient signés Louis, contresignés d'un secrétaire dEtat et le roi y parlait à la première pei'sonne : la signature du roi n'était du reste qu'imitée par un scribe ou secrétaire de la main. Le secrétaire d'État accompagnait en général cet ordre du Roi d'une lettre où il en répétait la teneur et qui n'était bien entendu signée que de lui : cette lettre était adressée à l'officier chargé d'exécuter l'ordre. Nous n'avons donc pas ici l'ordre du roi, mais simplement la note à Hérault qui l'accompagnait. Dans son livre sur Les lettres de cachet à Paris. Paris. igoS. M. Funck-Brentano a donné un fac-similé de cette note (planche entre pp. 224 et 225), où il voit, du reste, une « lettre d'anticipation ». Si je comprends bien la définition que donne M. Funck-Brentano lui-même, à la page xx de son livre, la lettre d'anticij)ation est un ordre qui permet d'arrêter un sujet du roi sans que le roi ou son ministre en sache rien encore : l'exempt ou l'inspecteur de police agit au nom du roi, mais ne fait en réalité qu'exécuter l'ordre du lieutenant de police; l'arrestation opérée, le lieutenant de police fait approuver cet ordre par le secrétaire d'Etat et rentre ainsi dans la « légalité ». Mais notre lettre signée Maurepas est tout autre chose, semble-t-il. D'abord, comme nous l'avons dit, ce n'est pas un ordre du roi : ce n'en est pour ainsi dire que la marque extérieure. D'autre part, il est bien certain que Voltaire ne fut arrêté ni le 28 mars ni les jours suivants : il ne le fut que le 18 avril, et précisément en vertu d'un ordre donné depuis longtemps déjà. Le 16 avril Hérault écrit expressément à Maurepas : « Tous ces éclaircissements me déterminent à faire mettre, dès cette nuit, s'il est possible, les ordres du roi contre le sieur de Voltaire à exécution, jugeant qu'il est de mon devoir de prévenir un désordre dont je suis averti positivement ». On voit que Hérault avait hésité. Voltaire n'était plus tout à fait en 1726 le petit garçon qu'il était en 1718. Il était bien en cour, du moins il y avait des amis puissants: la reine venait même de lui donner une pension. On peut douter qu'à ce moment-là Hérault eût osé faire arrêter Voltaire de sa propre initiative. Il dut même se demandei- pendant quelque temps si les ordres du roi étaient aussi formels qu'ils le semblaient. N'avait-on pas simplement voulu effrayer Voltaire? Mme de Prie, très en mesure de savoir ce qui se passait à Versailles, déclare trois jours après l'arrestation de Voltaire

cution et de m'en donner avis. Je suis toujours très parfaitement, Monsieur,

Votre très humble et très affectionné serviteur,

Maure PAS.

Versailles le 28 mars 1726, M. Hérault.

quil a eu tort de rentrer à Paris, qu'on ne l'aurait jamais été chercher à la campagne. Hérault ne se décida à faire arrêter Voltaire que quand il vit un second esclandre entre Rohan et lui inévitable. ^lais il ne faisait ainsi quexécuter un ordre donné depuis trois semaines déjà par son chef direct, M. de Maurepas. Que du reste il y eût lettre de cachet lancée contre Voltaire, cest ce qu'on soupçonnait très fortement à Paris dès la fin de mars, comme en font foi les gazetins de la police (voir p. 228). Enfin le i^"" avril Jacob Vernet écrit de Paris à un ami de Genève que le cardinal de Rohan a demandé à Monseigneur le Duc une lettre de cachet pour faire arrêter Voltaire. « L'ordre est donné, ajoutait-il. et n'est point exécuté, parla sage retraite du coupable en campagne où Ion n'ira point le poursuivre. » Ici donc, par exception, cest l'ordre du roi qui a anticipé de beaucoup sur l'arrestation. L'exempt qui conduisit le prisonnier à M. de Launay, Gouverneur de la Bastille, dut lui remettre aussi l'ordre du roi, car cet ordre était précisément pour faire conduire et recevoir à la Bastille le Sieur de Voltaire. De Launay dut ajouter cette nouvelle lettre de cachet à une collection déjà respectable, mais le précieux papier fut arraché au moment de la tourmente révolutionnaire et ne revint pas. Toutefois il en reste encore un mince liséré où sont écrits ces mots : Le S'^ de Voltaire entré a la Bastille le 17 avril 1726. C'est De Launay qui inscrivait ainsi sur le verso même de chaque lettre de cachet la date d'entrée à la Bastille du prisonnier que concernait la lettre. Quant à 1' « ordre « manquant, il est possible qu'il se retrouve un jour. Si l'on en croit Delort, Hist. de la dét. des phil., t. II, p. 34, n. 2, on pouvait en 1829 le voii- chez M. le chevalier de Pixérécourt,

VOLTAIRE A MADAME DE BERNiÈRES".

A Madame la Présidente de Dernières.

[Début d"avnl.]

J'ai été à l'extrémité; je n'attends que ma convalescence pour abandonner à jamais ce pays-ci \ Souvenez-vous de l'amitié tendre que vous avez eue pour moi; au nom de cette amitié, informez-moi par un mot de votre main de ce qui se passe, ou parlez à l'homme que je vous envoie, en qui vous pouvez prendre une entière confiance. Présentez mes respects ù madame du Deffant'; dites à Thie-

(a) De Cayrol et François, Lettres inéd. de Volt, p. 26. Voir p. XLVi. - Moland, XXIII, 1. i58.

1. La France, et non la cour, comme le dit Moland : Voltaire songe à passer en Angleterre. Sur les circonstances où tut écrite cette lettre, voir p. 229. Elle est adressée à une des meilleures amies quait eues Voltaire, Marguerite-Madeleine du Moutier, femme de Gilles-Henri Maignard, marquis de Bernières et président à mortier au parlement de Rouen. Depuis les aventures de jeunesse avec Pimpecte Dunoyer jusqu'aux jours de Cirey et au culte de la divine Emilie, aucune femme na tenu dans la vie et les préoccupations de Voltaire une place comparable à celle qu"y occupa de 1722 environ à 1726 la présidente de Bernières.

2. Marie de Vichy Chamrond, marquise du Defïand (1697- 1780). Mariée à vingt et un ans à J. de la Lande, marquis du Defïand, elle fut chassée par lui en 1722 après une liaison qui avait fait scandale. C'est probablement vers cette époque qu'elle alla se loger dans la petite maison de la rue de Beaune, dont nous parle dans ses Mémoires le Président llénaut (Paris, i855. p. 112) et où elle devenait proche voisine de Mme de Bernières. « Jamais femme n'a eu plus d'amis, ni n'en a tant mérité )>, dit le Président qui la connaissait bien.

riot ' que je veux absolument qu'il m'aime, ou quand je serai mort, ou quand je serai heureux; jusque-là, je lui pardonne son indifférence. Dites à M. le chevalier dçs Alleurs ^ que je n'oublierai jamais la générosité de ses procédés pour moi. Comptez que tout détrompé que je suis de la vanité des amitiés humaines, la vôtre me sera à jamais précieuse. Je ne souhaite de revenir à Paris que pour vous voir, vous embrasser encore une fois et vous faire voir ma constance dans mon amitié et dans mes malheurs.

HÉBAULT A MAUREPAS ".

i6 avril 1726.

Je viens d'être informé par voie sûre que le sieur de Voltaire médite d'insulter incessamment et avec éclat

{a) Réf. Rétrosp., t. II [iSS.'i], p. 128-9. Titre : M. Hérault au ministre. La lettre est mise à la 3" personne, suivant la coutum.e du copiste. Il est à croire que tout comme dans le cas de la lettre 7 l'original était rédigé à la i'^ personne. Nous avons cru pouvoir rétablir la teneur que nous regardons ci)mme primitive. Les changements sont légers : les voici tous. La Revue lit : // vient d'être informé...: on a avis...; tous ces éclaircissements déterminent le lieutenant de police à faire...; jugeant qu'il est de son devoir...; dont il est averti...

1. De deux ans moins âgé que Voltaire. Thieriot fut jusque vers 1784 le plus intime de ses amis. Ils avaient fait connaissance en 17 14 dans l'étude de maître Alain, procureur au Châtelet, oii tous deux étaient clercs. La plus grande partie des lettres de notre recueil sont adressées à Thieriot.

2. Rolland Puchot des Alleurs, capitaine aux Gardes françaises, connu d'abord sous le nom de chevalier, plus tard sous celui de comtç des Alleurs; nommé ambassadeur à Constanti-

M. le chevalier de Rohan. Il a changé plusieurs fois, depuis six semaines, de demeure et de quartier'. J'ai avis qu'il est actuellement chez un nommé Leyuault, maître en fait d'armes, rue Saint-Martin, oîi il vit en très mauvaise compagnie. On prétend qu'il est en relation avec des soldats aux gardes, que plusieurs breleurs fréquentent chez lui; mais quoi qu'il en soit de ces faits, il est toujours constant qu'il a de très mauvais desseins, et il est sûr qu'il a fait venir de province un de ses parents qui doit l'accompagner dans le combat. Ce parent est homme plus modéré que M. de Voltaire et voudrait bien le calmer; mais il ne lui est pas possible d'en venir à bout. Il est plus irrité et plus furieux que jamais dans sa conduite et dans ses discours. Tous ces éclaircissements me déterminent à faire mettre, des cette nuit, s'il est possible, les ordres du roi contre le sieur de Voltaire à exécution ^ jugeant qu'il est de mon devoir de prévenir un désordre dont je suis averti positivement.

nople eu 1747» il y mourut en i^SS. Il avait un cousin germain, François Puchot, comte des AUeurs, seigneur de la terre des AUeurs, près Rouen, qui mourut capitaine aux Gardes françaises en 1727. On voit que c'était une famille normande, ce qui explique leurs relations avec les Bernières.

I. Sur les mouvements de Voltaire durant cette période de crise, voir Appendice I.

•1. Il s'agit évidemment de Daumarl. l'auteur de la lettre i^\ il habitait à Frênay, route d'Alençon. C'est lui sans le moindre doute qui avait prévenu Hérault des desseins de Voltaire.

'•i. On ne trouva sans doute pas Voltaire chez lui ce soir-là, car il ne fut ari'èté que le lendemain, dans la nuit du 17 au 18. Ainsi se terminait celte tragi-comédie qui depuis quelques mois exerçait la verve des Parisiens. Elle mérite un récit détaillé que nous lui consacrons à l'appendice I.

HÉRAULT A MALUEPAS ".

[i8 avril.] Le sieur de Voltaire a été arrêté la nuit précédente ' et conduit à la Bastille. Il a été trouvé muni de pistolets de poche, et la famille, sur l'avis qu'elle a eu -, a applaudi unanimement et universellement à la sagesse d'un ordre qui épargne à ce jeune homme la façon de quelque nouvelle sottise, et aux honnêtes gens dont cette famille est composée le chagrin d'en partager la confusion.

VOLTAIRE A MAUREPAs''.

[18-21 avriL]

Monseigneur,

Je remontre très humblement que j'ai été assassiné par le brave chevalier de Rohan assisté de six

(a) Rci>ue Rétrosp., t. II [i83/i], p. 129. Titre : M. Hérault au ministre. La lettre commence ainsi : // informe que le sieur de Voltaire a été... Nous avons cru devoir supprimer les trois premiers mots : cf. la note précédente.

(è) Bibliothèque Nationale, nouv. acq. fr. 3i, f° 207-8, 3 p. in-4°. Deux annotations : i. En haut de la lettre, un gribouillage qui ressemble à une M (= probablement Maurepas), et ces mots : par M'^ Hérault demain. Le ministre du département de Paris transmet ainsi la lettre au lieutenant de police; ou faut-il interpréter avec M. Caussy : par[ler à] W Hérault demain? 2. A côté de « Monseigneur » et

1. Il semble qu'on ait pris plaisir au xviii« siècle à envelopper tout ce qui concernait la Bastille d"un mystère impénétrable. Ainsi on n'y conduisait des prisonniers que la nuit venue. Ces précautions exagérées ne contribuèrent pas peu, comme on sait, à donner à la vieille forteresse ce sinistre renom qu'elle acquit vers la fin de l'Ancien Régime.

lO CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

coupe jarels derrière lesquels il etoit hardiment posté.

J'ai toujours cherché depuis ce temps la a reparer, non mon honneur, mais le sien, ce qui étoit trop difficile.

Si je suis venu dans Versailles", il est très faux que j'aie été demander ny fait demander le chevalier de Rohan Chabot chez M' le cardinal de Rohan * : il m'est très aisé de prouver le contraire et je consens de rester toutte ma vie a la Bastille si j'impose''.

Je demande la permission de manger avec monsieur le gouverneur de la Bastille et de voir du monde. Je demande avec encor plus d'instance la permission d'aller incessament en Angleterre ' ; si on doute de mon départ, on peut m'envoyer avec un exemt jusqu'à Calais.

d'une main diflërente de la première annotation : Le S. de Voltaire, ordre de liberté du 21) avril 172O. — Sur Thistoire de cette lettre, voir p. xxii-viii. — Mol., 1. i59 (moins le dernier paragraphe), donne la lettre à la troisième personne. — Caussy, La Revue, oct.-déc. 1900, p. 2S3.

(a) Mol., s'il est venu de Versailles — ce qui change complètement le sens de la phrase.

(b) Mol., s'il en impose. — Notez comment on corrige le français de Voltaire pour le mettre d'accord avec les règles des grammairiens.

1, Armand-Gaston de Rohan, né le 14 juin 1674, coadjuteur, puis évêque de Strasbourg, cardinal depuis 1712, grand aumônier de France depuis 171^. C'est lui qui dans la cathédrale de Strasbourg avait célébré la cérémonie des épousailles de Louis XV avec Marie Leczinska. Il mourut en 1749-

2. Il fallait en effet à un sujet du roi une permission expresse de Sa Majesté pour quitter le royaume. Les Registres des Dépêches du Secrétaire de la Maison du Roi contiennent la minute d'un grand nombre de ces permissions.

Ces deux grâces qui sont très grandes pour mo\ dans l'état horrible ou je suis ne sont rien en comparaison d'une plus grande que je vous demande, c'est de me conserver votre protection et votre bienveillance que j'ai toujours méritée par le dévouement respectueux et par l'estime sincère avec laquelle je suis, Monseigneur.

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Voltaire.

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