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Sur Desfontaines et Voltaire, voir l'appendice III

2. Il s'agit de l'édition qui se donne comme publiée à Amsterdam chez Jean-Frédéric Bernard. En réalité elle fut imprimée, vers le milieu de 1724» à Rouen, Evreux ou Troyes. Le 17 août Voltaire en a connaissance : « J'ai appris, écrit-il à Thieriot, qu'on avait réimprimé mon poème avec quelques autres pièces fugitives de moi. Je vais travailler à les faire saisir... Je vous enverrai un poème de la nouvelle édition, dès que j'en aurai atti'apé un exemplaire. » (Moland, 1. 120.) Le 21 il revient sur le même sujet : « Je ne sais, mon cher Thieriot, si je vous ai mandé qu'on a fait une nouvelle édition du poème accompagnée de beaucoup de pièces fugitives dont quelques-unes ne sont pas de moi et dont les autres ne sont pas ce que j'ai fait de mieux : je vais travailler incessamment à faire saisir les exemplaires. )> (Caussy, Revue bleue, 1909, IP sem., p. /\iS.) Le 28 août on fit en effet des perquisitions dans Paris et on saisit quelques exemplaires d'une édition de la Ligue. (Campardon, Voltaire, Documents inédits, Paris, 1880, p. 8.) Voltaire ne pouvait regarder que d'un fort mauvais œil la collaboration inattendue qui s'offrait à lui : car on avait cherché sans façon à combler les lacunes qu'il avait laissées dans sa propre édition de Rouen (1728). Ici et là on avait semé des incongruités. Saint Louis, prophétisant l'avenir à Henri, disait en 1728 :

François, vous savez vaincre et chanter vos conquêtes, II n'est point de lauriers qui ne couvre[nt] vos têtes ; Un peuple de héros va naître en ces climats...

CORRESPONDANCE DK VOLTAIRE. 4

5o CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

En 1724» il se ravise et vaticine sur un mode nouveau :

Il n'est point de lauriers qui ne couvrent vos têtes;

En dépit des Pradons, des Perraults, des H*** [Houdarts]

On verra lo bon goût fleurir de toutes parts;

Et la Religion que la Science honore,

Par le progrès des Arts mieux triompher encore.

Monsieur l'abbé avait dû ici sourire daise. Il donnait un coup de patte en passant à Houdard de la Motte qu'il détestait, et il faisait une niche à A'oltaire : double plaisir. .Mais il dut rire bien davantage quelques mois plus tard quand il composa V Apologie : ne s"avisa-t-il pas de reprocher à Voltaire davoir inséré dans son poème quoi? précisément cette grotesque addition dont il était lui-même l'auteur. Écoutez cette ironie de pince-sans-rire : « Dans cette seconde édition Saint Louis qui étoit la bonté même et qui n'a jamais blessé en rien la charité fraternelle, Saint Louis est un satyrique et un médisant : il parle mal de Pradon, de M. de la Motte et même de Perrault. » Et il cite gravement les deux vers qu'il avait toutes les raisons du monde de connaître mieux que personne. Voltaire n'apprit vraisemblablement que par Thieriol ce qui en était de toute cette affaire, mais Desfontaines ne se cacha jamais beaucoup davoir fait l'édition de 1724- L'n jour qu'il regardait avec Michault un article sur Pradon que Michault avait inséré dans le tome XLIII des Mémoires du Père Nicerou pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres, il tomba sur ce passage : <c ]\I. de Voltaire dans son poème de la Ligue a sçu placer Pradon et faire tenir à Saint Louis des discours fort outrageans sur ce poète : En dépit des Pradons... » Sur quoi il confia à l'autre tout ébahi qu'il était l'auteur de ces deux vers. «. Il m'ajouta,, continue Michault, que selon toute apparence, en les citant, je m'étois servi dune petite édition du poème de la Ligue imprimée à Rouen, dans laquelle il avoit rempli à sa fantaisie les lacunes d'une précédente édition de la Henriade... Cette anecdote... décèle assés bien le caractère de l'abbé Des Fontaines. » Michault. Mélanges liistoriques et philologiques, Paris, 175;, t. I, p. i58.

LETTRES. iJI

VOLTAIRE A MADEMOISELLE BESSIIERES "'. .

[26 octobre.] A Wandsworth -, le i5 octobre.

Je reçois, Mademoiselle, en même temps une lettre de vous, du 10 septembre, et une de mon frère^ du 12 août. La retraite ignorée où j'ai vécu depuis deux mois, et mes maladies continuelles qui m'ont empêché d'écrire à mon correspondant de Calais, sont cause que ces lettres ont tardé si longtemps à venir jusqu'à moi. Tout ce que vous m'écrivez m'a percé le cœur. Que puis-je vous dire, Mademoiselle, sur la mort de ma sœur*, sinon qu'il

(a) Bib. N., fr, 12 9^1, f" 17. (Copie.) — Supplément au Recueil des Lettres de M. de Voltaire, 1808, t. I, p. 55. — Moland, 1. 166.

I. Le nom de cette amie de la famille Arouet ne reparaît qu'une autre fois dans la Correspondance. En 1706, Voltaire fait à sa nièce Mme de Fontaine une amusante peinture dune vieille tante de Mlles Bessières (Moland, 1. 3097).

1. Wandsworth fait aujourd'hui partie constituante de l'agglomération londonienne. En 1726, c'était encore un charmant village, situé en pleine campagne, à Tpuest de Londres, sur la rive droite de la Tamise. Non loin de Wandsworth, en remontant la rivière on rencontre Richmond où demeuraient alors le prince et la princesse de Galles, puis Twickenham où Pope avait sa maison de campagne. Twickenham est à peu près à moitié chemin entre Wandsworth et Cranford, où Bolingbroke sévertuait à faire valoir sa ferme de Dawley.

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