‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 82 sur 162 · Voir p. 86, n. i · texte numérisé non relu

Voir p. 86, n. i

I liad ncver undcrgonc siicli dislress ; but I am born to run tliiough ail ihe misTortunes of lifc. In tbese circumstances" my star, that among ail ils direful influences peurs allways on me some kind refreshment. sent to me an English gentleman' unknown

(a) in thc circunistances. — Il semble qu'on ait ensuite rajouté se au-dessus de thc, mais ce n'est pas très net.

I. Ou a voulu voir clans cet (( English gentleman )> le roi George I*"". On se fonde sur ce passage d'une préface de 1746 aux OEin'res de Voltaire. Londres, .Jean Nourse, t. I : « Ceux qui s'intéressent aux anecdotes littéraires ne seront pas fâchés de savoir que M. de Voltaire, à sou abord en Angleterre, ayant essuyé une banqueroute considérable, lo roi, qui le sut, lui envoya deux mille écus ». Nous ne croyons pas que cette induction soit exacte. Admettons qu'il ait pu venir à l'idée de Voltaire de désigner le roi par un terme aussi vague. Il ne dirait certainement pas que George I" lui était inconnu : il lui avait autrefois envoyé un exemplaire à'OEdipe avec une flatteuse dédicace, et le roi en retour lui avait fait tenir une montre d"or et peut-être une gratification. De plus il serait singulier de parler de <( quelque argent dont j'avais besoin » s'il s'agissait de deux mille écus, qui font trois années de la pension que Louis XV^ avait donnée à Voltaire. D'autre part Voltaire diraitil que ce gentleman l'a forcé de recevoir quelque argent? L'étiquette ne permettait pas cette sorte de politesse quand la générosité royale entrait en jeu. Cela se comprend s'il s'agit d un inconnu qui en un moment de détresse fait accepter quelques louis à Voltaire. Enfin Voltaire, ne l'oublions pas, vient à peine de débarquer, il ne connaît personne dans Londres, M. et Mme de Bolingbroke sont à la campagne, il n'ose se présenter devant l'ambassadeur de France : comment George I" aurait-il appris qu'il était à Londres? Nous croyons que le texte de 1746 peut s'expliquer autrement. Le nom du roi Georges I*""" n'apparaît pas dans la liste des souscripteurs, non plus que celui du prince et de la princesse de Galles. Il est hors de doute pourtant qu'ils encouragèrent la souscription, et qu'ils y contribuèrent. Nous croyons que ces 2 000 écus représentent la souscription du roi, qui ne fut peut-être aussi généreuse que parce que George I^'' avait appris la perte d'argent qu'avait faite Voltaire. Plus tard, comme il le fait souvent.

to me, who forced me to receive some money tliat I Avanted. An other London" citizen* that I had seen but once at Paris, carried me to* his own country house, wherein I lead an obscure and charming life since that time, Avithout going (at) to London, and

(a) London's citisen. || [b) in.

Voltaire résumera tout cela en une phrase rapide et inexacte. Dans un projet de préface qui passa sous les yeux de Voltaire, Baculard d'Arnaud écrit eu 1760 : « Cette édition (la Henriade, Londres, 1728, in-4°) valut dix mille écus à l'auteur qui navait essuyé que des satires dans sa patrie; et le roi d^ Angleterre Georges /«'" fit à l'auteur un présent de six mille livres. » Mém. de Longchamp et Wagnière, t. II, p. 492. On voit que d'Arnaud explique comme nous le présent du roi, et nous sommes d'autant plus porté à l'en croire sur ce point que seul de tous ceux qui ont parlé de cette souscription d'Angleterre il a donné le chiffre juste : tous les autres exagèrent ridiculement. Quant à cet « English gentleman » qui avec quelques guinées a tiré Voltaire dembai-ras, nous avons dit plus haut qui, selon nous, il faut y voir, p. 56 n. i de la p. 55.

I. Everard Falkner, 1684-1758, qui deviendra plus tard ambassadeur à Constantinople, puis maître général des postes, était en 1726 un riche « marchand » de la cité. A en croire Goldsmith [Memoirs of M. de Voltaire, éd. Bohn, IV. 27), étant de passage à Paris il y était devenu intime avec Voltaire et lui avait fait promettre de venir le voir chez lui. On voit par notre lettre qu'en réalité ils ne s'étaient vus qu'une fois en France. Mais il est certain que Voltaire séjourna longtemps à Wandsworth, et ne laissa pas en Angleterre dami plus chaud et plus dévoué que Falkner. Il lui dédia plus tard sa Zaïre et ils correspondirent longtemps ensemble. Voici le portrait qu'il en faisait à Moncrif vers 1784 : Moncrif avait demandé à Voltaire si son ami F'alkner qui était alors à Constantinople ne pourrait pas lui rapporter quelques souvenirs de lOrient : « Il est vrai qu'il a du goût pour l'antiquaille, mais ce nest ni pour alun, borax, terre sigillée ou plante marine. Son goût se renferme dans les médailles grecques et dans les vieux auteurs : de sorte qu'excepté les draps et les soies, auxquels il s'entend parfaitement bien, je ne lui connais d'autre intelligence que celle d'Horace et de Virgile, et des vieilles monnaies du temps d'Alexandre. )> (Mol. 1. 894.)

6o CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

quilc givcn ovcr to thc pleasurcs cl' indolence and of fricndshipp. Thc truc and generous affection of Ihis man who sooths the bitterness of my life brings me to love you more and more. Ail the instances of friendshipp indear my friend Tiriot to me. I havc seen often mylord and mylady Bolinbroke ' ; I hâve found their affection still the samc, even increased in proportion to my unhapplness; thcy offcred me ail, thcir money, their house ; but I rcfused ail, because they are lords, and I bave acccpted ail from M" Faulknear. because lie is a single gentleman.

I had a mind at first to print our poor Henry at my own expcnscs in London', but the loss of my

1. Peut-être A'^ollaire était-il allé faire un tour jusqu'à Cranford dans le Middlesex. Mais il est plus probable que c'est dans leur maison de Pall Mail que Voltaire vit M. et Mme de Bolingbroke durant de courtes apparitions qu'ils y faisaient. On surprend parfois l'écho de quelques conversations qu'il eut alors avec eux. En décembre 1726 Mlle Aïssé, écrivant à une amie, s'étonne que Lord Henry Saint-John, père de Bolingbroke, ait laissé épouser à sa fille un simple caissier de la Compagnie de la Mer du Sud. Le mariage s'était fait le 20 juin (= i"^"" juillet n. s. ?) 1726. Or bien dés années plus tard, en 1758, Voltaire lira ces lettres en manuscrit et il y mettra quelques notes. Voici ce qu'il dit au sujet du mariage de Mlle de Saint-John et de Knight : « La demoiselle en était folle. Ce mariage s'est fait contre l'aveu des parents. » On voit que Bolingbroke, qui n'en paraissait pas « trop content ->, lui en avait touché quelques mots.

2. Quoi qu'il en dise ici à Thieriot, il est certain que Voltaire eut dès les premiers jours l'idée de recourir à une souscription patronnée par la cour. Comment s'expliquerait-on autrement que le 29 mai Walpole en annonce la nouvelle à Dodington et Newcastle (1. 24 et 25)? Walpole tenait cela de M. de Morville à qui Voltaire avait dû écrire expressément à ce sujet. Tout ceci nous reporte bien près du départ de Calais. Mais il est possible que, tout en préparant ses batteries pour

LETTRES. Gl

money is a sad stop to my design : 1 question if I shall" try the Avay of subscriptioias by the favour of the court. I am weary of courts, my Thiriot; ail tliat is king, or belongs to a king, frights my republican philosophy, I won't drink tlie least draught of slavery in the land of liberty.

[ havc Avitten freely to the abbot Desfontaines, it is true, and I Avill allwais do so, having no reason to lay myself under any restraint. I fear, I hope nothing from your country. Ail that I wisli for, is'' to see you one day in London*. I am entertaining myself with Ihis pleasant hope ; if it is but a dream, let me enjoy it, dont undeceive me% let me believe I shall hâve the pleasure to see you in London, [drawing up] the strong spirit of tliis unaccountable nation; you (must) will translate their thoughts betler when you live among em. You will see a nation fond of thcir'' liberty, learned, Avitty, despising life and death, a nation of philosophers"; not but that there are some fools in England, every country bas its'^ madmen; it may be French foUy is pleasanter than English madness, but by God English wisdom and English honesty is above yours''. One

(o) will. Il (b) t'is. Il (c) don't deceive me. || {d) ber. jj (e) philosoffers. Il (/•) his. || (g) your.

lancer, le cas échéant, une souscription publique, Voltaire caressât en même temps l'idée dimprimer son poème à ses frais. La faillite de son banquier lui aurait alors brusquement imposé le premier parti.

I. Thieriot finit par aller à Londres, mais seulement en 1702. On sait que c'est durant ce séjour qu'il y fit paraître une édition anglaise et une édition française des Lettres philosophiques ( 1733 et 1734).

Oa CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

(luy I will acquaint you wilh the character" of this strange people*, but tis time lo put an end to* my English talkativcness. I fear you Avill lake iliis long epistle for one of ihose tedious Englisli books tbat I bave advised you not to translate. ]3efore I make up my letter, I must acquaint you wilb tbe reason of receiving yours so laie; tis the fault of my correspondenf^ at Calais, master Dunoqnet. So you must Write to me afterwards atmy lord Bolingbroke's bouse, London. Tbis way is sborter and surer. Tell ail'' wbo will Write to me tbat' they ougbt to make use of tbis superscription.

I bave Avritten so mucb^ about the deatb of my sister lo ihose wbo bad writ lo me on tbis account tbat I had almost forgotten^ to speakto you'' of ber.

I bave notbing to tell you on tbat accident but tbat you know my beart and my way of tbinking. I bave wept for ber' deatb, and I would be witb ber. Life is but a dream full of starts of folly and of fancied and true miseries. Deatb awakes us from tbis painful dream, and gives us eitber a betler existence or no existence at alP. Farewell. Write^

(a) caracther. || (b) to make an end of. || (c) correspondant. || (d) tell to ail. Il (c) to me they ought. || (/") I hâve so much witten.

II (g) I was forgelting to. || (h) to speak you. || (t)his. 1| (y) writ.

1. On peut voir là la première idée des Lettres Philosophi(jues.

2. M. Sieveking a uoté dans ce passage une réminiscence, qui paraît certaine, du fameux monologue de Hamlet, To bc ur notto be. On peut donc conjecturer que, vers octobre 1726, dans sa retraite studieuse de Wandsworth, Voltaire lisait pour la première fois ce Shakespeare quil allait bientôt faire connaître à la France et à l'Europe, en attendant quil se crût obligé de défendre Racine contre lui.

often to me. Dépend upon my exactness in answering y ou" Aviien I shall be fixed'' in London.

Write '^ me some Unes in Engiish to show your improvement in your learning.

I hâve received the letter of the marquess of Villars * , and that Avhich came from Turky (conveyed) by Marseille".

(a) to you. Il (b) when I will be established. || (c) writ.

1. Il s'agit d'Honoré-Armand de Yillars, né en 1702, qui deviendra duc de Villars en 1734 à la mort de son père le maréchal. En attendant, le jeune marquis ne semblait guère marcher sur les traces du héros de Deuain. « Il n"a aucune des qualités de son père et nous l'appelons tous le grand flandrin », écrivait vers i^Sa M. de Maurepas, du reste fort mauvaise langue [Mémoires, 1791, t. II, p. 242). En 1728 il eut avec Rohan-Chabot une querelle très analogue à celle qu'avait eue Voltaire deux ans auparavant : « Dans les Cordeliers, suiles dix heures, écrit, le 1 1 janvier 1728, un des nouvellistes de M. Hérault. On s'y est entretenu de l'aiïaire de Mr le Ch*"" de Rohan et du marquis de Villars qui poura, dit-on, devenir sérieuse par la suitte, quoiqu'on ne dise pas M. de Rohan des plus braves; d'aucuns disent qu'ils se sont expliqué ensemble et que mond. S'" de Rohan a nié au marquis de Villars avoir dit dé lui ce qui lui a été raporté, mais qu'il ne pouvoit douter de ce qu'il lui avoit dit parlant à sa personne, qu'il etoit le maitre d'en tirer vengeance, s'il le jugeoit a propos : d'autres veulent que ce soit un rendés-vous que M. de Rohan a donné à M. de Villars, mais qu'il ne daigne pas s'y trouver, craignant qu'on ne lui manque de parole; a quoy d'autres ont répliqué que M. de Villars avoit peur de se faire doniîer des coups de bâton comme M. de Rohan en avoit fait donner a Voltaire : on fait ce seigneur fort brutal et méprisant a l'extrême : on croit cependant que M. le Maréchal de Villars ne laissera pas 1 insulte faite a son fils impunie, et luy aprendra par la suitte la manière de s'en vanger. » Arsenal, ms. 10 i58, f" 19.

2. Il est possible que cette lettre vienne du fameux comte de Bonneval qui vivait alors en Turquie et finit par se faire musulman quelques années plus tard. Le 12 août 1729 Voltaire écrivait à Thieriot : « Mandez-moi s'il est bien vrai que Bon-

I havc forgot thc romance wliicli you speak of ; J (lon't remember I hâve ever made verses upon this subject; forget it, forget ail thèse delirlums of my youth ; for my part I bave drunk of ihe river Lethé" ; 1 remember nolhing but my friends.

rlSADUCTIOX DE LA LETTRE 29.

Je veux vous envoyer deux ou trois poèmes de M. Pope, le meilleur poète d'Angleterre et, pour le moment, du monde entier. J'espère que vous connaissez assez la langue anglaise pour être sensible à tous les charmes de ses ouvrages. Pour moi je considère son Essai sur la critique comme supérieur à VArt poétique d'Horace, et sa Boucle de cheveux enlevée, dans le genre comique, est à mon avis supérieure au Lutrin de Despréaux. Je n'ai jamais rencontré une imagination aussi aimable, des grâces aussi charmantes, une variété aussi grande, autant d'esprit et une connaissance plus raffinée du monde que dans ce petit ouvrage.

Maintenant, mon cher Thieriot, après avoir répondu tout au long à vos questions sur les livres anglais, laissezmoi vous mettre au courant de cette mauvaise fortune qui s'acharne sur moi. Je suis revenu en Angleterre vers la fin de juillet, fort désappointé de mon voyage secret en France, qui a été à la fois inutile et coûteux. Je n'avais sur moi que quelques lettres de change sur un juif du nom de Médina.

(a) of the Lethé.

neval soit musulman. J'ai mes raisons, parce que j'écris demain à Constantinople, où j'ai plus d'amis qu'ici, car j'y en ai deux, et ici qu'un qui est vous. » (Mol., 1. igS.) Et nous lisons dans le Commentaire historique où Voltaire parle de lui-même à la troisième personne : « Le fameux comte de Bonneval, devenu baciia turc, et qu^il avait vu autrefois chez le grand prieur de Vendôme, lui écrivait alors de Constautinople, et fut en correspondance avec lui pendant quelque temps ». (Mol., t. I, 85.)

pour la somme d'environ huit à neuf mille livres françaises, tout compris. En arrivant à Londres j'appris que mon diable de Juif avait fait banqueroute. Je n'avais pas un penny, j'étais malade à mourir d'une fièvre violente, étranger, seul, sans ressources au milieu d'une ville où personne ne me connaissait. ]Milord et Milady Bolingbroke étaient à la campagne. Je n'osais me présenter à notre ambassadeur dans un état aussi misérable. Je n'avais jamais soufTert une telle détresse; mais je suis né pour subir toutes les vicissitudes delà vie. En ces circonstances, mon étoile, qui au milieu de ses influences les plus désastreuses, ne me i*efuse jamais une sorte de soutien, dirigea vers moi les pas d'un gentleman anglais que je ne connaissais pas et qui me força daccepter quelque argent dont j'avais besoin. Un autre habitant de Londres, que je n'avais vu qu'une fois à Paris, m'a emmené à sa maison de campagne, où, depuis, je mène une vie obscure et charmante, sans aller à Londres, et tout aux plaisirs de la paresse et de l'amitié. L'affection sincère et généreuse de cet homme, qui adoucit l'amertume de ma vie, me porte à vous aimer de plus en plus. Tous les exemples d'amitié me rendent mon ami Thieriot plus cher encore. J'ai souvent vu Milord et Milady Bolingbroke. J"ai trouvé que leur affection était toujours la même et avait même grandi en proportion de mon infortune. Ils m'ont tout offert, argent et maison; mais j'ai tout refusé parce qu'ils sont lords, et j'ai tout accepté de M. Faulkener parce que c'est un simple particulier.

J'avais l'intention tout d'abord d'imprimer notre pauvre Henri à Londres à mes frais ; mais la perte de mon argent a fâcheusement mis fin à ce projet. Je me demande si je ferai appel à une souscription patronnée par la Cour. Je suis fatigué des Cours, mon cher Thieriot. Tout ce qui est roi ou dépend d'un roi épouvante ma philosophie républicaine. Je ne veux pas tremper mes lèvres à la coupe de l'esclavage sur la terre de la liberté.

J'ai écrit Hbj-ement à l'abbé Desfontaines, c'est vrai, et

correspo:;da^ce de voltaire. 5

j'agirai toujours de luême, n'ayant aucune raison de me (.ontraiiidrc. Je ne crains et je n'espère rien de votre pays. Tout ce que je désire, c'est de vous voir un jour à Londres. Je me plais à vivre dans cet espoir. Si ce n'est qu'un rêve, laissez-moi en jouir, ne me désabusez pas, laissez-moi croire que j'aurai le plaisir de vous voir ici, vous assimilant l'esprit vigoureux de cette inexplicable nation. Vous traduirez mieux leurs pensées, lorsque vous vivrez au milieu d'eux. Vous verrez une nation dévouée à sa liberté, savante, spirituelle, méprisant la vie et la mort, une nation de philosophes; ce n'est pas qu'il n'y ait quelques sots en Angleterre, chaque pays a ses fous; il se peut que la sottise française soit plus agréable que la folie anglaise, mais par Dieu la sagesse anglaise et rhonnètelé anglaise sont supérieures à ce que vous avez chez vous. Je vous ferai connaître un jour le caractère de cet étrange peuple, mais il est temps de mettre fin à ce bavardage anglais. Vous prendrez, je le crains, cette longue épîtrc pour quelqu'un de ces ennuyeux livres anglais que je vous ai conseillé de ne pas traduire. Avant de fermer cette lettre, je dois vous dire pourquoi j'ai reçu la vôtre si tard; c'est la faute de mon correspondant de Calais, maître Dunoquet. Aussi, désormais, vous devrez m'adresser vos lettres chez lord Bolingbroke, à Londres. C'est plus court et plus sûr. Dites à tous ceux qui veulent m'écrire de se servir de cette adresse.

J 'ai tant écrit sur la mort de ma sœur à ceux qui m'avaient écrit à propos d'elle que j'oubliais de vous en parler. Je n'ai rien à vous dire sur ce malheur, sinon que vous connaissez mon cœur et ma manière de penser. J'ai pleuré sa mort et je voudrais être avec elle. La vie n'est qu'un rêve avec de fréquents accès de brusque folie et plein de misères réelles ou imaginaires. La mort nous réveille de ce rêve pénible et nous donne soit une existence meilleure, soit pas d'existence du tout. Adieu. Écrivez-moi souvent; comptez sur mon exactitude à vous répondre lorsque je serai fixé à Londres. Ecrivez-moi quelques lignes en

anglais, afin que je puisse juger de vos progrès dans cette langue.

J'ai reçu la lettre du marquis de Villars et celle qui est venue de Turquie par Marseille.

J'ai oublié le roman dont vous parlez. Je ne me souviens pas avoir jamais fait de vers sur ce sujet. Oubliez cela, oubliez tous ces délires de ma jeunesse. Pour moi, j'ai bu l'eau du Léthé. Je ne me souviens de rien, sauf de mes amis.

Page 1