‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 90 sur 162 · Sir Isaac Newton, né en i643, mort le 3i mars 1727. Le · texte numérisé non relu

Sir Isaac Newton, né en i643, mort le 3i mars 1727. Le

make pala table to the most unlhinking man. It seems the man intends to write chiefly for your nation.

If I am in England when the book shall be published, I will not fail of sending it to you with the utmost speed. If I am abroad, as I will be in ail likelihood\ I will order my bookseller to send you the book by the first oppoitunity. I fancy it will be an easy task to translate it, the language being very plain, and ail the terms of philosophy being just the same in Frencli and in Engiish. Take care only not to be outvied for the future by any priest : be cautions in the choice of those you will consult about your translation. ï fancy the bishop of Rochester ' is more amiable an acquaintance and

8 avril il fut enterré solennellement dans l'Abbaye de "Westminster. Voltaire qui était alors à Londres fut très vivement frappé des honneurs que rendit l'Angleterre à la mémoire du plus illustre de ses savants. Voir Lettres Philosophiques, II, p, i58-9 et la note de M. Lanson, ibid., p. i65, n. 12.

1. Il n'est pas probable que Voltaire songe déjà à sa rentrée définitive en France. Le livre de Pemberton doit paraître sous peu (in a little time) et Voltaire est loin, d'avoir accompli tout ce qu'il s'était promis de faire. En fait, plus d'un an après la date de cette lettre, nous le trouvons encore en Angleterre. Il est donc tout naturel de supposer qu'il a en vue ici un simple voyage de quelques mois pour lequel il a demandé une permission au ministre Maurepas. Cf. 1. 35 et 40.

2. Francis Atterbury (1662-1782), évêque de Rochester et doyen de Westminster depuis 1718. Soupçonné et convaincu d'avoir entretenu des intelligences avec les Jacobites, il fut banni du royaume à perpétuité en 1728. Il passa sur le continent : à Calais il se rencontra avec Bolingbroke qui rentrait après avoir été gracié par George I'^'". « On nous a échangés », s'écria l'évêque en l'apercevant. Il erra quelque temps, puis vint s'établir à Paris. Il y connut Voltaire avant l'épisode Rohan-Chabot. En 1727 il entra en relations avec ïhieriot qui

a Icss (langerous one than llie piicsl you speak cf. liut I belicve you are now in Normandy ', mcnding yourhealth, loiteringwith Madame de Bernières, and talking of physic with des Alleurs, I must acquaint you, my dear, tliat there is an cngine in England to take a clystcr, which is a master-piecc of art, for you may carry it in your fob and makc use of It whenever and in Avhat place you please. If ever I enjoy thc pleasure of seeing you again, hc sure to hâve half a dozen of those dclightful cngines. Farewell, do not talk of the Occasional Wrileî'-. Do not say it is not of my lord Bolingbroke ; do not say it is a wretched performance : you cannot be judge neilher of the man nor of this "vvriting. Adieu, mon très cher ami.

Je viens d'écrire un thème anglais au chevalier

lui prêta des livres français : en retour on lui demandait conseil sur les livres anglais, ce qui ne laissait pas d'embarrasser l'évèque, fort peu au courant de ce qui se publiait à Londres. Il y eut ainsi toute une correspondance échangée entre Thieriot et Atterbury : on en a publié neuf lettres de l'évèque à Thieriot, qui semblent bien avoir été écourtées ici et là, et une lettre de Thieriot à l'évèque. Voir l'édition J. ÎVichols des Œuvres d'Atterbury, Londres, 1788 et années suivantes, t. I, p. 171 et suiv., et t. V, p. 7a. La lettre de Thieriot est du •27 juillet 1727. C'est la plus ancienne lettre de lui que nous ayons en son entier; elle nous donne sans doute à peu près le ton des lettres qu'à la même époque il écrivait à Voltaire et que nous n'avons plus, et elle est enfouie dans un recueil où on irait difficilement la chercher. Aussi la donnons-nous en appendice (V).

I. Les Bernières possédaient, près de Rouen, dans la commune de Quévillon, le château de la Rivière-Bourdet, où ils aimaient à recevoir leurs amis. Voltaire et Thieriot y passèrent plus d'une fois de délicieuses vacances.

•i. Voir Appendice VI.

LETTRES. g^

des Alleurs. J'ai adressé la lettre quai des Théatins * ; s'il ne l'a pas reçue, il faut l'en avertir, el qu'il ne la perde point, car j'y ai mis toute ma médecine. Adieu, portez-vous bien. Non vivere^ sed valere vita^. If you want to enter into a course of strict diet, begin soon and keep it long.

To morrow I will live, the fool does say. To day's too late, the wise liv'd yesterday *".

I am the fool, be the wise, and farewell.

Près de Londres, le 27 mai, nouveau style.

.... Vous ne sauriez imaginer avec quel chagrin j'ai lu le récit que vous me faites de voire maladie. Mon inquiétude à votre endroit est allée plus loin qu'une amitié ordi-

1. C'est aujourd'hui le quai Voltaire. L'hôtel Bernières avait une entrée sur le quai des Théatins tout aussi bien qu'une autre sur la rue de Beaune. Voltaire veut-il dire qu'il a envoyé sa lettre chez Mme de Bernières pour qu'on la fît tenir au chevalier? Ce ne serait pas impossible : il l'a déjà fait auparavant. (Cf. le post-scriptum de la 1. 3o.) Pourtant quand il veut donner l'adresse de l'hôtel Bernières il indique toujours la rue de Beaune. Il y a donc des chances pour que « quai des Théatins » désigne ici l'adresse de des Alleurs, qui aurait ainsi été proche voisin de Mme de Bernières.

2. Martial, Epigr., VI, 70, i5. Martial a dit : Non est vivere, sed valere vita.

3. Ces deux vers sont empruntés à une traduction d'une épigramme de Martial, insérée par Cowley dans son 10^ Essay, « The Danger of Procrastination ». Le second vers toutefois, chez Cowley, est uu alexandrin : To Day it selfs too late... Martial avait dit : Cras vives? hodie jam vivere, Postuine, sérum est. — nie sapit, fjuisqiiis, Postume, vixit heri. Epigr. V, 58. Je dois cette note à la courtoisie du Professeur Bensly d'Aberystwyth.

lOO CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

naire ne m'y eût porté. Rappelez-vous le temps où je vous écrivais que je croyais que vous aviez la fièvre chaque fois que j'en avais une attaque. Ce temps est revenu. J'étais très malade en Angleterre tandis que vous souffriez tant en France. Un an d'absence ajoutait une nouvelle amertume à mes souffrances. A présent j'espère que vous allez mieux puisque je commence à revivre.

J'apprends que M. Gulliver est traduit maintenant et réussit assez bien. Je souhaite que la traduction soit de vous; mais j'ai peur que l'abbé ne vous ait devancé et qu'il n'ait recueilli le profit qu un ouvrage comme celui-là vous aurait sûrement rapporté.

Vous devez avoir reçu les deux livres adressés à Mme de Dernières, de Calais et envoyés par le coche. Si vous êtes sérieusement dans l'intention de traduire quelque ouvrage qui en vaille la peine, je vous conseille de rester assis à ne rien faire pendant un mois ou deux, de prendre soin de votre santé et de vous fortifier dans la langue anglaise en attendant que le livre de M. Pemberton ait paru. C'est une explication facile, claire et méthodique de la philosophie de Sir Isaac Newton, qu'il entreprend de faire accepter même aux gens les moins habitués à penser. Notre homme a tout l'air de vouloir écrire principalement pour votre pays.

Si je suis en Angleterre quand l'ouvrage sera publié, je ne manquerai pas de vous l'envoyer avec toute la diligence possible. Si je suis parti, ce qui est extrêmement vraisemblable, je donnei'ai l'ordre à mon libraire de vous envoyer le livre à la première occasion. J'imagine qu'il sera facile de le traduire, le style en étant fort simple et tous les termes de philosophie exactement les mêmes en français et en anglais. Prenez garde seulement de n'être pas prévenu à l'avenir par quelque prêtre. Soyez prudent dans le choix de ceux que vous consulterez sur votre traduction. J'imagine que l'évêque de Rochester est une connaissance plus aimable et aussi moins dangereuse que le prêtre dont vous parlez. Mais je suis sûr que vous êtes

LETTRES. lOI

à présent en Normandie, fortifiant votre santé, flânant avec Mme de Bernières et causant médecine avec des Alleurs. Il faut que vous sachiez, mon cher, qu'on a en Angleterre un instrument pour prendre un lavement, qui est un chefd'œuvre de Tart, car vous pouvez le mettre dans votre gousset et vous en servir quand et où il vous plaît. Si jamais j'ai le plaisir de vous revoir, soyez sûr que vous aurez une demi-douzaine de ces instruments délicieux. Adieu. Ne parlez pas de V Ecrivain occasionnel, ne dites pas que ce n'est pas de milord Bolingbroke, ne dites pas que c'est un méchant ouvrage; vous ne pouvez juger ni de l'homme ni de cet écrit...

Si vous voulez vous mettre à une diète rigoureuse, commencez bientôt et continuez pendant longtemps. Je vivrai demain, dit le fou. C'est déjà trop tard aujourd'hui : le sage vécut hier. Je suis le fou, soyez le sage, et adieu.

VOLTAIRE A SWIFT "

[27 juin.]

Sir*,

I send yoLi herc inclos'd two letters, one for M"" de Morville, ouv secretary of State, and the other for

(a) Brit. Mus., add. /i8o5, î° i/i4, ip. pet. in-4". En haut de la première page, au-dessus de Sir, on lit : Mons. Voltaire to Dr Swift, et ceci a bien l'air d'être de la main de Voltaire. — Letters written by the laie Jonathan Sn't/j!,publislied by J. Hawkesworth, Londres, 176O, t. II, p. 200 (cf. p. xxxiv). — Luchet, Hist. littér. de M. de Voltaire 1781, t. VI, p. II, sans mentionner le texte anglais, donne une traduction de la lettre. Cette traduction passe ensuite dans toutes les éditions postérieures, où elle est tenue tacitement pour un original.

I. Jonathan Swift, 1667-1745, l'auteur du Conte du Tonneau (1704), de Gulliver (1726) et de nombreux pamphlets politiques d'une grande vigueur et d'une rare originalité. Sous le ministère de son ami Bolingbroke il avait été mêlé de près à la vie

102 RRESPONDANCE DE VOLTAIRE.

M' de Maisons', both desirous and worthy of y' acquainlancc. Be so kind as to let me know if you in tend to go by Calais, or by the way of Rouen ^ In case you résolve to go by Rouen, I will give you some letters for a good lady who lives in her country

politique. Depuis la mort de la reine Anne, la chute de Harley et de Bolingbroke et la ruine de toutes ses espérances, il vivait dans son doyenné qu'il avait obtenu en 1718. Après le grand succès du Drapier, ses amis le décidèrent à venir leur faire une visite en Angleterre : il y passa lété de 1726 et y mit la dernière main à son Gulliver, qui allait paraître quelque temps après son retour en Irlande. Il partit trop tôt pour que Voltaire pût le voir. En avril 1727 il revint une seconde fois. Après avoir passé quelque temps à Londres, il s'installa vers le début de mai à Tv^ickenham chez son ami Pope. Au mois de juin il songea à faire sur le continent un voyage de quelques mois : Bolingbroke avait préparé pour lui des lettres de recommandation, et on voit que de son côté Voltaire s'employait de son mieux. Quand sa lettre arriva à Sv?ift du reste, ce dernier avait changé ses plans. C'est qu'un événement inattendu venait de se produire : George P"" était mort le 22 juin en se rendant dans son électorat de Hanovre. La nouvelle arriva en Angleterre le 25. Et le petit groupe Bolingbroke-Swift-Pope, très favorable au parti de leur voisin de Richmond, le prince de Galles, se demanda si l'avènement de Georges II n'allait pas orienter leur vie à nouveau. Le 24 juin/ 4 juillet Bolingbroke écrivit à Swift une lettre vigoureuse : ce n'était pas le moment de s'en aller en France, l'occasion d'abandonner l'Irlande pour l'Angleterre se présentait enfin, il fallait la saisir. Swift ébranlé renonça à son voyage. Mais leurs rêves furent vite désappointés ; Bolingbroke vit son ennemi Walpole retenir la confiance de George II, comme il avait eu la confiance de George I"^"". Swift s'en fut baiser la main du roi, mais resta doyen de Saint- Patrick. Il n'alla jamais en France.

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