‹ Correspondance de Voltaire, 1726-1729Chapitre 93 sur 162 · I. Voltaire ne profita pas de cette pei-mission : cf · texte numérisé non relu

I. Voltaire ne profita pas de cette pei-mission : cf

LETTRE ùl.

VOLTAIRE A SWIFT "

lu London, Maiden lane*, at the While Perruke,

Covent Garden.

14 december. [26 décembre.]

Sir, You Avill be surprised in receiving an English

(a) Brit. Mas., add. /i 8o5, p. iGS, '4 p. pet. in-4°. Sur la quatrième page, probablement de la main de Swift : « in receiving an English essay, Mons' de Voltaire, Dec. i4, 1727 », et en travers : « Monsieur de Voltaire, R^ecelved] Decemb. 21*' 1727 », Il y a un facsimilé de cette lettre dans Swiftiana, Printed for Richard Phillips, Londres, i8o'(, fin du t. I, n. 6. — Hawkesworth, t. II, p. 7. — The Epistolary correspondence, etc, of Francis Atterbury, Londres, 17S0, t. I, p. ni, n. — Luchet donne une traduction de la lettre, Hist. liti. de M. de Voltaire, t. VI, p. 8 : il en avait déjà traduit la première partie, d'une façon d'ailleurs assez difTérente, dans son t. I, p. 72, n. I. — Notre lettre n'apparaît dans les Œuvres de Voltaire qu'avec l'édition Dalibon-Delangle (1820), t. XCVI, p. 229. Ici non plus on ne donne pas le texte anglais, mais une note de Clogenson nous apprend qu' « on croit l'original écrit en anglais ». Il est certain du reste qu'on a écarté les versions assez gauches de Luchet, pour y substituer une traduction d'un tour très français, mais qui n'en est pas moins extrêmement fautive: on ne peut décider si cette traduction a été faite sur Havi-kesworth ou un déi'ivé d'Hawkesworth ou si on s'est borné à remanier d'autorité le texte de Luchet : le second procédé semble plus probable. La traduction Dalibon- Delangle a passé dans toutes les éditions postérieures. — Moland, 1. 17G.

I. Il y avait alors plusieurs rues de ce nom à Londres : mais il s'agit ici d'une rue qui existe encore, au sud et un peu à l'ouest de Covent Garden IMarket, non loin du Strand auquel elle est parallèle. Le Basdeker de Londres apprend aux touristes que Voltaire demeura dans cette rue : mais où était la <( Perruque blanche »? Nous avons accepté cette traduction de White Perruque (ou Wig), qui est courante, mais on peut se demander s'il ne conviendrait pas de traduire plutôt par « perruque blonde ». Le mot white semble avoir eu parfois ce sens au xYiii*^ siècle.

essay ' from a Frcnch traveller. Pray forgive an admirer of you who ows to y' writings the love he bcars to y' language, which lias betray'd him into the rasli attempt of wriling in Englisli.

You will sec by the Advertisement ^ tliat I hâve some designs upon you, and that I must mention you for the honour of y"^ country and for the improvcment of mine. Do not forbid me to grâce my relation with y"" name. Let me indulge the satisfaction of talking of you as posterity will do.

In the mean time, can I make bold to intreat you to make some use of y"" interesl in Ireland about some subscriptions for the Henriade, which is almost ready and does not

1. An Essay upon the civil ^vars of France, extracied from curious manuscripts. And also upon the epick poetrj of the Europcan nations from Ilomer down to Milton. By Mr. de Voltaire. Printed by SaniuelJallason in Prujean's Court, and sold by the Booksellers of London and Westminster, 1727. C'est un petit in-S" de i3o pages. Les New Menioirs of Literature Tannonçaient dans leur cahier de décembre, ajoutant : « Thèse Iwo essays deserve to be read by ail the curious )).

2. Il s'agit de l'Avertissement au lecteur qui ouvre le volume. Voltaire y explique qu'il a reçu l'ordre de faire une relation de son voyage. Mais il n'a pas l'intention de décrire Saint-Paul, le Monument, Westminster ou Stonehenge. « I consider lingland in another view : it strikes my eyes as it is the land which has produced a Newton, a Lock[e], a Tillotson, a Milton, a Boylc, and many great men either dead or alive, whose glory in war, in State aiïairs or in letters will not be confined to the bounds of this island. Whosoever had the honour and the happiness to be acquainted with any of them, and will do me the favour to let me know some notable (tho' perhaps not cnough known) passages of their lives, will confer an obligation, not only upon me, but upon the publick. »

come out yct for Avant of little help ' . The

I. Il faut croire que Swift s'employa très activement en faveur fie Voltaire, car sur la liste des souscripteurs se lisent les noms de nombre de personnages irlandais : sans parler du Révérend Doyen Swift, nous rencontrons le Lord Primat d'Irlande (larchevêque Boulter), le très honorable Thomas Windham, lord chancelier d'Irlande, William Connelly, un des Lords Hauts Justiciers d'Irlande, le très honorable Th. Dalton, Lord Haut Baron de l'Echiquier d'Irlande, l'honorable Luke Gardiner, Vice-Trésorier d'Irlande en second, enfin leur chef à tous, son Excellence Lord Carteret, Lord lieutenant d'Irlande. Si la plupart de ces souscriptions sont dues, comme il est probable, au zèle de Swift, il reste un autre témoignage bien plus curieux de l'intérêt qu'il prit à la Henriade. En 1760 parut à Dublin une édition des essais anglais de Voltaire précédés d'une courte préface qui ne manque pas d'intérêt. La voici : (( The author of the following discourse, M. de Voltaire, is a young French gentleman, and allowed to be the most celebrated poet of that kingdom. He has been some years composing an heroïck poem upon Henry the Great. But being falsly accused for writing a libel he was put into the Bastile and confined there in a dungeon several months, till the true author was discovered. He there suffered much in his health and having been known to some English persons of quality then at Paris he was invited over to England. His heroick poem is finished and now printing in London by suscription, being encouraged by the crown and most of the nobility. He had not been above eleven months in England when he wrote the following treatise, intended as an assistance to those who shall read his poem, and may not be suffîciently informed in the history of that great prince. » Une note nous apprend que cette préface fut composée en 1728, et c'est ce qui serait évident sans la note. S'il en est ainsi, ou bien l'édition de 1760 reproduit un manuscrit préparé pour la presse trentedeux ans plus tôt, ou ce qui est plus probable, c'est une réimpression d'une édition irlandaise de 1728. Les détails que donne la préface sont curieux : à quelques nuances près, ils sont exacts. Ils ont bien l'air de provenir directement de Voltaire ou de Bolingbroke : en dehors d'eux qui pouvait savoir que le premier séjour à la Bastille était dans la pensée de Voltaire la cause de sa mauvaise santé? Il le dira nettement dans la préface de la Henriade de 1780, mais en 1728 il n'avait encore imprimé cela nulle part, à notre connaissance. Notre petit

subscriptions will he Imt onc guinea in hand'. I am witli thc highcst esteem and the utmost gratitude, Sir,

Y"" most humble and niost obcdicnt servant,

\0LTAIRE.

TRADUCTION DE LA LETTRE /, l .

A Londres, Maiden lane, à la Perruque blanche,

Covent Garden.

14 décembre.

Monsieur, Vous serez surpris de recevoir un essai anglais de la plume d'un voyageur français. Pardonnez, je vous en

avant-propos de Dublin est donné comme étant de J. S. D. D. D. S. P. D. Nous croyons qu'on a eu raison d'interpréter ces lettres cabalistiques par : Jonathan Swift, Doctor of Divinity, Dean of Saint-Patrick, Dublin. Au moment où il rendait à Voltaire ce gracieux service, les Essais avaient déjà eu deux éditions à Londres : la i'" est de décembre 1727, la 2*' imprimée pour N. Prévost, de janvier 1728. La 2'' édition se distingue de la i"' par d'assez nombreuses corrections dans la ponctuation et dans l'orthographe et par l'addition, p. 17-18, d'une anecdote de quatre lignes sur René le parfumeur et les gants empoisonnés. Ces quatre lignes ne se trouvent pas dans l'édition de Dublin qui a donc été faite sur la i'"'", peut-être sur l'exemplaire que Voltaire envoyait à Swift. Xoter qu'une édition postérieure parue chez Prévost en 1781 (et faite sur la 2'') s'intitule « the fourth édition ». On peut en induire que l'édition de Dublin, 1728, était considérée comme la 3<'. Celle de Dublin, 1760, est donc la 5^".

I. C'est-à-dire une guinée payée d'avance. Le prix de chaque exemplaire était de trois guinées : on devait payer les deux autres probablement au reçu du livre. L'expression in hand, qui semble avoir disparu de l'anglais moderne, était courante au xv!!!*" siècle dans ce sens. Eu voici un autre exemple tiré de TIic Présent State of the Republick of Letters, 1729, p. 092 : « Thc price to suscribers is two guineas : onc to he paid in hand ».

LETTRES. Il3

prie, à un de vos admirateurs qui doit à vos écrits l'affection qu'il porte à votre langage, et qui s'est ainsi laissé entraîner à l'entreprise téméraire d'écrire en anglais. Vous verrez par l'avis au lecteur que j'ai quelques desseins sur vous et qu'il faut que je fasse mention de vous pour l'honneur de votre pays et pour l'instruction du mien. Ne me défendez pas d'orner mon récit de votre nom. Laissez-moi goûter la satisfaction de parler de vous comme la postérité en parlera.

En attendant, puis-je me hasarder à vous prier d'employer un peu votre crédit en Irlande pour me pi'ocurer quelques souscriptions à la Henriade qui est presque achevée, et qui ne paraît pas encore faute d'un peu de secours. La souscription n'est que d'une guinée d'avance.

Je suis avec la plus grande estime et la plus parfaite reconnaissance, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Voltaire.

LETTRE lt2.

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