A M. DE MOiNCEAUX
Dijon, 20 octobro 1303.
Monsieur de Monceaulx, par voz lectres du xvi" de ce mois vous m'escrivez de trois poinctz : le près mier est du faict des armes que le Roy a ordonnéeen la ville de Mascon, pour la conservation d'icelle, lesquelles vous voulez faire mettre bas pour la liberté de ceux de la nouvelle religion. A quoy je ne vous puis faire plus ample responce, sinon que j'ay suffisamment adverty le Roy des considérations qui nous contraignent à laisser ladicte ville armée, comme autant important à la seurté de la frontière de ce royaume que aultre quelconque. Et estans lesdictesconsidéracions de telle conséquence qu'elles ne vous peuvent estrc escriptes, ne vous feray sur ce plus long propos, synon que le Roy se reposant sur moy de la garde de ce pays, je ne veulx abandonner ladicte ville, et n'estime que veuUez atoucher plus oultre à cela comme estant chose d'estat et de la guerre; que combien que nous n'eussions plus à craindre par dedans, selon que me mandez, nous ne nous devons tant asseurer du dehors, que par faulte de garde nous donnissions à nos voisins bien grand avantage sur*. nous. Ce pendant j'ay es-
(1) lia des commissaires du roi pour Vext^culion de l'i^-dil de pariflcation. Une lettre ndres.-^ée h Tavancs le \\\ octobre 15(.3 (Ms. ;63(;, f. 5'» ) douue des dc'luiU sur la iiiouière dont il remplit sa missiou
h MÎICOD.
iGS CORRESPONDANCE
cript à ^lonsieur de Montpeiroux et au bailly de donner force par voz ordonnances, de sorte que je suis asseuré que serez obéy. Et ne devront craindre ceux de la nouvelle religion de faire toutes plainctes, non plus qu'ilz ont crainct en ceste ville et autres villes de frontières, où ilz ont esté à seurté auprès de vous, nonobstant les armes qui y sont. Vous sçavez qu'avant vostre venue j'avois ordonné tout le reste du pais estre désarmé fors la frontière, à quoy je croy qu'il ait esté satisfaict.
Quant à ce que me mandez touchant la sépulture des mortz de ladicte religion nouvelle, que vous dites avoir permise en la ville d'Ostum, ceux de la religion catholicque m'en ont faict plusieurs remonstrances, et mesmez que, comme ilz disent, vous avez permis non seuUement d'enterrer les mortz, mais de baptizer les enffans en la ville d'Oslum, chose que je ne pouvois croire, veu la conséquence qu'ilz m'ont remonslré en provenir; d'autant que la nécessité humaine faizant jornellement naistre et mourir des hommes, il fauldra jornellement faire des assemblées et des presches dans les villes, heu égard à ce que, par les ordonnances de l'église qui se dit reiTormée, ne les baptesmes ne les sépultures ne se peuvent faire sans prédication. Vous sçavez mesmement que par lesdites ordonnances le baptesma est prohibé ailleurs qu'au presche, et quant aux sépultures il y a tousjours ung prédicant qui faict des remonstrances pour lesquelles il fauldra tousjours un contrerolleur, qui voudra garder que la remonstrance de la sépulture ne soit ung presche, comme cy c'estoit pour y anoncer toute doctrine que
Ton vouldra. Et encoires que j'eusse bien entendu sur ce les plainctes desditz catholicques, sy n'estoysje délibéré vous en escripre, puisque vous l'aviez faict sans m'en communicquer, sinon que vous m'en demandez mon advis, qui ne peut estre pour laisser la permission desdictes sépultures, veu que c'est autant que d'abandonner les prescbes et exercice de religion dans les villes contre l'édit; et ne sert la restrinction que vous y avez donnée que l'assemblée ne soit de plus de quinze, car ce nombre est assez grand pour donner seurté à d'autres qui s'y voudront assembler, que l'on ne gardera pas facillement; et est telle la capitulation qui a esté faicte avec le Roy pour la liberté de ladicte religion nouvelle, qui la fault entretenir selon la voulunté de Sa Majesté, mais il ne la faut amploier. Et vous prye d'y bien adviser mesmes à ce que, sy vous faictes telles permissions, puisque vous m'en avez demandé mon advis, vous ne mettiez que je Taye acordé ; car je n'acorderay jamais rien que le Roy ne le me commande.
Quant à la liberté des commerces dont ceux de Lion se deuillent par leur requeste, je y ay dès longtemps pourveu, et de recliefz en escript à Monsieur de Monperroux et au lieutenant général, de sorte que je croy qu'ilz n'auront occation de se douloyr que lesdicts commerces ne soyent aussy libres qu'ilz estoient auparavant les troubles, et sy les soldatz ou aultres font (pielques concusions sur la rivière, j'escritz que punition en soit faicte, à quoy j'(^stime que le gouverneur et le juge de la province tiendront la main. Estant par delà, vous avez bien
OLP COnnESPONDANCE
à adviser sur ce que ceux de la relif^ion nouvelle par leur requeste, qu'ilz ont présentée au bailly, font expresses protestations qu'ilz ne tiennent pour eleuz les esleuz du pais, ne pour eschevins les eschevins de la ville, qui est bien le principal poinct à quoy vous debvez remédier; car sy ainsy va que le magistrat ou celluy qui aura administration publique, de quelque religion qu'il soit, ne soit recongneu par les deux peuples égallernent, vous sçavez qu'il yra de la ruyne du pais, à quoy j'estime que vous aurez bien seu pourveoir pour vostre prudence. Vous adviserez au demeurant ce que je puis et ne m'espargner. Qui est tout ce que je vous sçauroys mander, sinon de mes plus, etc.
De Dijon, ce xx" octobre 1563.
Dibl. Nat. — Fonds français. — Ma. 463i, f. 129. — Minute.