‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 172 sur 226 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Dijon, 20 jiiiht 1568.

Sire, depuis la dopesche que je vous fiz par Valpelle, le xvi^ de ce moys, il semble que ceulx de la nouvelle religion, (jui commançoyent à se mettre aux champs allent plus retenuz, car une partye de ceulx qui sont en la campaigne sont retournez en leurs maisons et ceulx des villes sont avec eulx, séparez çà et là, néanhnoings, à ce que j'entens,

(l) Celle lellrc fui suivie, le 2G juillel, de deux lellrea du roi el de la roiiw'-nii're iStiIcs dans le iiit'tue st-u?. (Ms. 15547, f. Hfi cl 132 ) I,p nu^mo jour, Calhcrine d»' Médiii-» tMijoi.Miail ù Tuvuue.s de douuer loule sulisfuclioM au luiuoe. (Ma. 15547, f. 154)

SnO COIIRESPONDANCE

biLMi prostz à partir, quant il leur sera ordonné. Troys enseignes de grns de pied, qui s'esloient monstrées seullemant ung jour en divers endroitz, se sont évanouyes et séparée?, et estime qu'ilz ont esté retardez par b commandemant de leurs supérieurs. Je n'en puis penser l'occasion, ou si c'est que des aultres pays, ilz ne fussent pas si prestz et que leur masse se fust trouvée Irop petite, ou s'ilz se sont ravisez. Quoy qu'il en soit, ceulx qui sont dans les villes ne demandent tousjours qu'à sortir. Plusieurs de la campaigne ont donné en garde de leurs meubles à de leurs amys; mesmes Vezmes a faict distraire ses meubles et tillres. Le filz de Monsieur de Cleremont est arrivé à Viteaux, où il va ung chasteau qui est fort bon, lequel est en procès entre le sieur de Nantoillet et luy ; et tient l'on que ledict sieur de Cleremont n'y a rien, comme aussi n'y a nulle provision. Hz dient tout ouvertemant qu'ilz sont contrainclz de prendre les armes, et que si Yostre Majesté arme tant soit peu, voyre de faire les monstres en armes, qu'ilz les prendront, et qu'ilz sont l)ien advertiz de la court que l'entreprinse de faire lesdictes monstres n'estoit que pour leur courir sus. Quoy qu'il en soit, j'estime que ce qu'ilz ont voulu ou veullent armer soit plus de craincte que d'auUre chose, d'aultant qu'il n'y a nulle apparence qu'ilz doibvent commancer sans attendre l'issue de Flandres. Aucuns estiment qu'ilz praticquent quelque chose en Angleterre à cause de La Rochelle. Je n'ay point voulu faire sortir pour mettre aux champs les gendarmes de ce pays, que j'eusse peu tirer de leurs maisons, de peur de les mettre en plus granddoubte

et de commancer la guerre. J'en eusse bien faict attrapper par quinze, par vingtz de ceulx des villes qui sont dans des petites bourgades et en des maisons plates du pays, où ils vivent à leurs bources. Mais j'ay crainct de remuer quelque chose mal à propos. Vostre Majesté m'en commandera, s'il luy plaict, sa volunté; car je me suis bien voulu contanter, sans mettre ung seul homme en campaigne, de commander aux villes faire bonne et seure cjarde, ce qu'ilz ont tous promis faire. Il est vray que ce n'est que peuple, la suffisance duquel Vostre IMajesté congnoist assés. Il m*a semblé vous devoir faire encoires ceste despesche, affin que vous congnoissiés le déportemant qui est par deçà, vous suppliant très humblemant, Sire, vouloir faire dépescher ledict Valpelle, si jà ne l'est avec le reiglemant sur l'expédition qu'il a emportée. Vostre dicte Majesté ne m'a aussi rien mandé du chasteau de Semeur, dont je vous avoys il y a quelque tenq)s escript par Lacourt archier de vostre garde. C'est ung des plus fort et plus iniportant <lu i)ays, à cinq lieues de Noyers. Vostre Majesté me pardonnera si je dis que tous les chasteaux forlz (jui sont avant dans le Royauhne doibvent estre tenu/ comme ceulx de la iVonlière, d'aullant ipie vostre dict Royauhne au temps ([ui court osl i)artout de ceste qualité. Sire, bi Vo^itre ^lajcsté no mo faict responcu de voz places de par deçà, tant de Mas- 3on, citadelle de Chàlon que aultros places, où sont les mortes payes dont je vous escrips par ledict Valpelle , je ne sçay en ({uolle seurté les pouvoir tenir.

Sire, je prie à Nostre Seigneur vous donner en très bonne santé très longue et très heureuse vie.

De Dijon, ce xî« juillet 15G8.

Vostre très humble et très hobcissant subjcct et

serviteur,

TAVANES

Bibl. Nal. — Fonds français. — Ms. 15ji7, f. 91. — Original.

Page 1