AU ROI
Dijon, 8 août 1568.
Sire, j'ay receu deux lectres qu'il vous a pieu m'escripre, des xxvi et xxix du moys passé. Quant aux bandes qu'il vous plaict m'envoyer soulz le mestre de camp Charrieu, Vostre Majesté ne me mande poinctle lieu où il est, le nombre de ses gens et par quel chemin il viendra, chose qui est nécessaire-de sçavoir, tant pour le faire venir seuremant que pour adviser où l'on l'accommodera. S'ilz sont sans argent comme les aultres, ce sera pitié, car oultre la ruyne du pays, ne sera possible leur faire tenir aucune police, sans laquelle les bandes reviennent à rien. Quant à ce qu'il vous plaict me mander pourcommander en Orye et Champaigne etBourgongne, ce m'est beaucop d'honneur; mais ce pays de Champaigne est do si grande eslandue que j'ay grand craincte de ne vous y pouvoir faire le service tel que je vouldroys bien. Non que je me veille excuser pour la peine, car je y emploiray tousjours tout ce que Dieu m'a donné. Si Vostre Majesté continue ceste oppinion et qu'elle m'envoye la commis-
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sion, sera nécessaire que Messieurs de Barbezieux et des Faux m'advertissent de Testât de tout ce pays là, affin de pourveoir selon les occurrances, et d'attendre que l'on soit à raiïaire sera bien tard. J'estime, si les rivières sont bien gardées que le plus fort sera du cousté de deçà, d'aultant que nous sommes icy au bout desdictes rivières, ainsi que je le vous ay mandé il y a longtemps, et partant semble, si vous doublés le remuement (jullz font, que une partye des forces de la Champaigne tiennent le plus près qu'elles pourront de ce gouvernemant, pour se pouvoir promptement joindre à celles qui y seront. S'il est besoing, nous appellerons les bandes qui sont au Lyonnoys, mais le princippal est des gens de cbeval.
Sire, quant à l'aultre lectre où est contenu les doléances que faict ]\Ionsieur le prince de Condé, et mesmes des meurtres advenuz à Chàlon et Dijon, ceulx de la religion nouvelle par les plainctes qu'ilz vous ont par cy-devant faictes, où ilz ont si bien espargné la vérité, n'eussent pas oblié cela, s'il eust esté à leur advantage. Quant les reistres passèrent près de ceste ville, y estans conduictz par des Françoys jusques aux faulbourgs pour saccager, il s'i attaclia une escarmouche, où furent tuez cinq ou six reistres et aultant de ceulx de la ville. Il se trouva, deux heures après ladicte escarmouche, deux huguenotz qui furent tuez hors la ville, et encoires que cela se fist avec ceste furye, et qu'il n'y avoit occazion de plaincte, si est ce que j'ordonnay à la justice d'en faire informer, et n'ay jamais veu ung seul des leurs qui s'en soit plainct; mais bien dient
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ceulx de ceste ville qu'ilz ne tiennent la vie que de moy, à cause de la furye du peuple qui estoit ainsi émeu de veoir tuer les leurs. Quant à ceulx de Chàlon, j'ay mandé à Vostre Majesté que au temps que la Royne estoit si malade, presques tous ceulx de ladicte religion estoient rentrez dans les villes, et vivoyt l'on doulcemant. ]\Iais ilz resortirent tous à un coup; je ne sçay l'occasion, et ceulx dudict Chàlon à l'instant qu'ilz furent sortiz tuarent près des portes deux marcliantz qui estoient de la ville, et qui passoient leur chemin sans occasion quelconque. En les rapportant mortz dans ladicte ville, le peuple s'esmeut, et en y eut de tuez troys ou quatre de ceulx de ladicte religion, et sans le gouverneur de la citadelle qui y arryva avec ses forces, cela fust bien allé plus avant. Par là vous pouvés congnoistre les auteurs de la sédition. L'on estcontrainct d'en endurer beaucop, encoires que voz eedictz soyent violez à veue d'œil, et mesmes par les plus grandz, de peur de recommancer les troubles, et si cela dure à la longue, il ne fauldra plus parler de justice ny de régner.
Au demeurant, Sire, devant ledict sieur prince arrivast en ce pays, l'on avoit commancé à besoigner à son chasteau de Noyers, et depuis qu'il est venu, il y a faict besoigner à puissance, et faict venir gens des villages delà alentour, le tout soubz umbre des nienuz emparemantz et curées de foussez, dont les gentilhommes ont droict en ce pays. Le chasteau commande à la vill«» d'un couslé et est fort eslevé, et n'y a qu'une teste devers les champs où il a faict faire ung grand foussé à fondz de cuve, revestu de
2Cn coruespondancf:
muraille. C'est au lieu mesme ou estoyt le vieulx foussé; mais la terre a esté portée dedans, qui peult servir de rempar et de platte-forme. L'oJi ne peult descouvrir ce qu ilz font, sinon par les paysans, à cause de la bonne garde qui s'i faict. A la fin ce chasteau-là se pourra faire bon , d'aultant qu'il est fort grand. Hz font porter forces vivres des villages aux environs audict Noyers. Il y a aussi à Chasteau Girard et Montréal, à deux lieues dudict Noyers, un capitaine nommé La Platière, bastard de la maison de feu IMonsieur de Bordillon, qui est huguenot. II ne laisse entrer avec les armes que ceulx de sa religion. 11 promit au sieur de Venteux, durant ces derniers troubles, de tenir les ohasteaux pour Yostre Majesté. Semble, s'il vous plaict y en pourveoir d'un aultre, sera bon que l'envoyés quérir et le retenir jusques l'on y ayt pourveu. En ces lieux là et en plusieurs aullres qui sont aux gentilhommes là aux environs, se peuvent mettre de grandes forces sans que Ton s'en apperçoyve. Il arriva vers ledict sieur prince, il y a environ six eu sept jours, quatre vingtz hommes de pied, ouUre ceulx qu'il avoit jà, qui pouvoient estre six ou sept vingtz. Il n'a plus tant de gens de cheval qu'il avoit, mesmes depuis le partemant de Monsieur l'admirai qui est allé àTanlay.
Autant de ceulx de la religion que l'on laisse sortir des villes, il n'en rentre poinct. Hz transportent leurs meubles de tous coustez, et en a esté porté une bonne quantité devers Genesve, et en fut arresté dernièremant près Verdun d'un riche marchant de Beaulne, qui transportoit sur des chariotz beaucop de meubles, jusques aux lictz, potz, pelles et grilles
et aultres nstancilles de maisons. Plusieurs vendent de leurs naeubles et en engagent. L'on ne scet que penser de ces façons de faire, et sommes contralnctz de ne leur permettre la sortie des villes du tout libre, attendant que ce sera.
Sire, je prie à Nostre Seigneur vous donner en très bonne santé très longue et très heureuse vie.
De DijoD, ce viii» aoust 15G8.
Vostre très humble et très hobéissant subject et
serviteur,
TAVANES
Bibl. Nat. — Fonds français. — Ms. lo547, f. 313. — Original (1).
Md. AU ROI (2)
Dijon, 20 août 1568.
Sire, j'ay receu vos lettres du viii* de ce moys par lesquelles je congnoys que Monseigneur le Prince de Condé est bien adverty que l'on vous envoyé quelc'un pour vous faire entendre les alTaires des charges que Ton a, mesmes de l'arrivée de Valpelle dit le doux, vers Vostre Majesté, comme j'ay vou par le double du mémoyre qu'il vous a pieu m'envoyer, où est contenu l'advertissemant (pie je vous
(1) Le second paragraplic de ocllo lotlro a Mo ioiprinn'' duus Pkkiiy. Hi.ttoire de Clullun, p. 345-146.
(2) Cf. k celle loii;iuc IcUrc apolofî«^li«iuc la IcUre adrcsst^e par Coudé an roi an inoinonl ilc »pnUer Noyers. [Archives des missions scieuttfhjuc^, 3« si'ric, l. Il, p. 94.) Le silence gardé sur Tavauca coiuplùle la jusliliculion de colui-ci.
faisoys, des forces de ceulx de la prétendue religion, qui se levarent au moys de juillet dernier; car près Mursault fut veue une enseigne de gens de pied aux champs, accompaignée de soldatz, à Esbarres (?), qui est la maison d'un gentilhomme qui luy ne son père ne commandèrent jamais aux gens de pied; en fut veu aussi deux enseignes arborées aux fenestres de sadicte maison, et plusieurs soldatz aux villages circonvoisins logez. Un nommé Sarrazin dudict IMursault, homme qui avoit entrepris de surprendre la citadelle de Chàlon, capitayne pour le moings de l'une desdictes enseignes, avec ung aultre nommé Yerboys, Champenoys. Et quant à asseurer des soldatz, l'on m'a rapporté que Cléry a asseuré ceulx de Sainct Jehan de Losne et aultras lieux, Chamilly, ceulx de Chàlon et aultres, Morelet qui est plus petit compaignon, lesvillageoys de Gémeau, ^îirebeaul, Ysurthille, Tarsu (1) et aultres, chose que j'ay dicte à plusieurs de ladicte religion qui se dict réformée, affin qu'ilz ne trouvassent mauvais si l'on leur tenoyt l'entrée et l'issue des villes capitalles plus serrée que l'on n'eust voulu. Et quant aux mil ou xii' chevaulx, contenu audict mémoyre, se retreuvans, Messieurs l'Admirai, Cardinal de Chastillon, le jeune Moncombry, Estarnay, de ]\Ialigny, Stuart, Guerchy et aultres du pays, cela n'esloytsans estre accompaignez : joinct que au temps dessusdit, l'on vit aller et venir des trouppes de
(1) Gémeaux (Côte-(rOr), h 20 kil. de Dijon. — Mircbeau-siir-Bèze (id.), à 25 kil. He Dijon. — Is-sur-Tille (ici.), à 25 kil. de DijoD. — Tarsul (id.}, à Ji kil. de Dijon.
gens de cheval par vingt, par trente, tout ainsi que quant les aultres troubles commancèrent, estans ceulx des villes qui ont porté les armes resortiz d'icelles, et logez par les maisons des gentilshommes et bourgades, comme ilz font encoyres. Voilà qui m'a faict parler de mil ou douze cens chevaulx, non pas que l'on les aye veuz tous ensemble; car je tiens qu ilz ne m'estiment pas si lordault que de penser, qu'ilz en voullussent assembler pour si peu, ny aussi que je n'eusse armé toutes voz forces pour selon icelles venir aux prinses, suyvant voz eedicts, et croy que je y eusse bien tost commancé si en deux ou troys jours tout ce que dessus ne se fust évanouy. Vostre Majesté scet si en ce temps-là elle en a heu advis des aultres gouvernemantz. Quoy qu'il en soyt, il n'y a homme qui sceut dire que j'aye faict lever depuis la paix ung seul homme, ny de voz ordonnances, ny d'aultres, et suis bien csbay ({ue mondict Seigneur le Prince croye ce qu'il vous en a mandé, ny moings comme l'on m'a dict que je vouloys faire quelque enlreprinse contre lui, tant avec Monsieur de lîarbezieux (|ue aultremant, veu (ju'il me congnoist mieulx cpie personne, et scet bien le service que j'ay toute ma vye désiré laire à sa maison, mesmes au leu rov de Navarre. Il est vray (piant il sera (juestion des commandemaniz de Vostre Majesté, de vostre estât, et du laict de ma charge, je vouldroys non seullemant entreprendre contre luy, mais contre mon père s'il vivoyt : ayant au dt^neurant aussi [kmi d'excès avec edict sieur de r)arbezieu\, (lu'avec honnne que je Congnoisse, combien que je m'entendray tousjours
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fort bien avec luy, quant il sera question de vostre dict service, et veu les déportemanlz qui se sont faicts par deçà, je crains plus avoir mal faict de n'avoir lové la gend'armerye que auUremant; car tout ce que dessus est fort facille à preuver. Si ledict Clléry et les aultres qui ont asseuré des gens s'en veullent justiffier, la vérité en descouvrira le faict. Quant à mettre des garnisons en TAu^oys, c'est chose bien asseurée quant il viendra des gend'armes que je y en mettrai, ainsi que l'on a accoustumé et suyvant voz ordonnances, car c'est le meilleur pays de Bourgongne, et est raisonnable que chacun ayde à porter le faix. Si mondict Seigneur le Prince veult estre en soupson comme il est, il ne fault pas trouver estrange de l'aultre cousté que ceulx qui sont pour vostre service en soient de mesme, et ce qui m'a faict le plus doubter, est que ceulx de ladicte rehgion vendent leurs biens et s'en vont, les uns hors du royaulme, les aultres là où ilz veullent, comme aussi la grand' garde qu'il faict à Noyers, en vitaillement, municion de pouldres, forlifficacion du chasteau, et principallemant de veoir sa personne si longuemant esloignée de vostre présence. Et si soulz umbre de ce soupson qu'il dict avoir, vous vouliés tousjours laisser seullcmant le peuple pour la garde des villes, Vostre Majesté peult penser quelle seurté il y pourroyt avoir ; ou il fault que les soupsons cessent, ou il fault se garder à bon essient. Par quoy, quoy qu'il en soyt, il est forcé de faire tenir des compaignies aux garnisons, tant pour la seurté d'icelles que pour garder les séditions, d'aultaiit que sans la force, il est malaisé de réconcilier
DE GAï-TARD DE SAULX-TAVANES 271
ces deux peuples, que vostre justice puisse estre administrée, les pays en seurté et purgez des meschans, et si la dicte force n'y est bien royde, oyres qu'il n'y eust point de guerre, vous ne verres jamais que meurtres, pouvretez. Quant aux insultes et oppressions faictz à ceulx de l'ancienne religion contenuz au mémoyre, comme aussi transgression des eedicts, ceulx qui tiennent vostre justice vous en pourront advertir quant il vous plaira le commander. Et s'il vous plaict me commander vous en advertir, je le feray à la vraye vérité, non que je veulle dire que mondict Seigneur le Prince en soyt occasion, car j'estime qu'il ne le vouldroyt souffrir; joinct que je m'asseure qu'il n'est pas maistre de tous ceulx de ladicte religion, princippallemant des nieschans. Quant à l'article qui parle du propos que tint Monsieur Bégat à quelques ungs de ceulx qui sont en la description de ceste ville, pour aullant que ceulx de ladicte religion prétendue faisoient semer ung bruict par soubz main, que c'estoitpour leur porter dommage; estant malade je luy ordonnay les assembler en publicq, et leur faire entendre l'occasion de ladicte description , qui ne tend à aultre chose qu'à l'observation de l'eedict, et pour si les troubles viennent à renaistre à la manutencion de vostre estât, seurté du pays à moindre fraiz que l'on a accouslumé du passé; de lajjuelle descrii)tion j'ay advcrty il y a plus de six sepmaynes mondict Seigneur le Prince, comme l'avés peu veoir par le double des lettres que je vous en ay envoyées, et que je vous envoyé encoyres. Quant à dire que mes enfans y ont estez, ce sont garsons qui courent par-
tout, et y furent, et seront si Dieu plaict, quant ilz pourront porter les armes, descriplz pour mourir à voz piedz; et des propos calomnyeux, de quoy il cliarge ledict sieur Bégat, il est personnage fort advisé, et aussi peu ignorent que homme de sa robbe de vostre Royaulme. Je luy ay donné charge vous advertir de son dire, la vérité de cela ne peult eslre cachée pour avoir esté dicte au veu et sceu de tout le monde, en présence de tant de gens, et des plus notables de la ville. Je me tiendray tousjours bien honnoré de faire chose qui soyt agréable à Monseigneur le Prince, moyennant qu'il n'y aille rien du vostre, et du faict de la charge qu'il vous a pieu me commettre. Sire, je prie à Dieu vous donner en santé très longue et très heureuse vie.
De Dijou, ce xx» aoust 1568.
Sire, sijevousvouloys envoyer tous les advertissemantz que l'on me rapporte, vous auriés bien souvent des allarmes; ung homme qui vient d'arryver à ceste heure de Montbéliart dict qu'il s'y est retiré inhniz Françoys. Je vous envoyé un advertissemant qui m'a esté envoyé ces jours passez.
Vostre très humble et très hobéissant subject et
serviteur,
TAVANES
Bibl. Nal. — Fonds français. — Ms. laoiT, f. 311. — Oiiginal (1).
(1) Imprimé dans Xîllustre Orbnndale , on Vllistoire ancienne et mo'lcnie de la ville et cité de Chalon-sur-Saône , parle P.Bektaut,