‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 175 sur 226 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Dijoa, 4 septembre lo68.

Sire, depuis le partemant de Monsieur le Prince de Condé, plusieurs tant de cheval que de pied qui arryvarent trop tard pour aller avec luy et pour le rataindre, à cause des grandes journées qu'il faisoit, s'en reviennent et, à ce que j'entens, ne cherchent que moyen pour se assembler, estant jà ensemble ung nombre de troys ou quatre cens tant de pied que de cheval à une petite ville du gouvernemant de Champaigne nommée Précy le Sec (1); c'est sur le chemin d'Antrain. Pour à quoy obvyer est malaisé, s'il ne vous plaict, suyvant ce qu'aviés mandé, faire faire le payemant des gendarmes. Plusieurs, selon vostre commandemant, se sont présentez au vingt cinquiesme du passé pour la monstre; mais ils ne peuvent ny n'ont volunté entrer dans les garnisons, sans ledict payemanl . Les aultres bandes qui n'estoient mandées sont en suspend fort mal contentes, sans l'espérance (lue je leur ay tousjours donné. Et pour ce que Vostre ^Majesté scet assés la ruyne de son estât estre procliayne, sans la force des gendarmes, je ne vous en diray davantage. Et ne fault s'attendre, encoyres (juc l'on leur list bailler vivre pour leurs chevaulx par le peuple, ([u'ilz entrent dans Icsdictcs garnisons et faire ser-

(l)Précy-lo-Sec (Yonne}, à H Kil. .r.Vvallou.

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vice sans le payeinaiit. Oiillrc ce y a danger que les pouvres, qui sont quel(juefoys les meilleurs, ne prenent parly là où ilz pourront. Ceulx qui sont à la dévotion duJict sieur Prince font courir un*»bruict ijuilu promis estre de retour dans ung moys. Il se parle d'inlinyes intelligences tant aux Angloys que en Allemaigne et Suisse, dont Vostre Majesté peult estre mieulx advertye. Tous ceulx qui s'en peuvent aller avec leurs bagages tant à Cîenesve ou Montbélyart continuent s'en aller et ont espérance que à la Un le plus grand affaire sera par deçà, comme il y a quelque apparance, estans les forces venans d' Allemaigne plus grandes que celles qui pourroyent venir d'Angleterre. Aultres tienent que si La Rocchelle est en vostre puissance, que vous serés persuadé par madame la marquise que ce qui s'est faict ne s'est faict que de peur, et serés requis de continuer l'eedict, affm que mondict sieur le Prince puisse faire sa retraicte et avoir temps pour aultres desseings; s'ilz tiennent La Rochelle, que vous estes à la guerre bien royde pour longtemps par le moyen des ligues avec les estrangiers, où la Royne d'Angleterre est la première descripte. C!e sont propos qui se tiennent par aucuns des deux religions, qui peult estre n'en sont guiéres bien asseurez. Mais il fault vous adverlir de tout ce qui passe. Et pour aultant que Vostredicte Majesté le scet mieulx que personne, elle y sçaura aussi très bien remédyer, la voulant bien advertir, quoy qu'il en soyt, que plusieurs viennent recongnoistre leurs faultes et rentrent en l'ancieime Pieligion Romaine. Et encoyres depuis troys jours y sont venuz dix à la

foys en pleine chambre de ville. Je les reçoys tous comme voz aultres subjectz à la charge de attestacion de leurs curez. Il est vrai que pour quelque temps je ne leur permetz pas les armes.

Sire, je vous ay escrip par les dernières dépesches, que j'avoys ordonné au pays d'Auxoys, là où est Noyers et les terres de mondict sieur le Prince, aussi que c'est le lieu où il y a le plus d'huguenotz, estant prés de Tanlay, Monsieur de Missery qui est de ce pays là et homme de quaUté pour commander au susdict bailliage en mon absence, et y peult beaucop faire pour vostre service. Mais il est lieutenant de la compaignie de Monsieur de Barbezieux. Je vous supplie très humblemant le vouloir faire excuser à ces monstres pour quelque temps, en luy envoyant ung pouvoir pour ledict bailliage en absence de voz lieutenantz. 11 m'a adverty encoyres ce jourd'huy que l'on besoigne audict Noyers aux réparacions fort et ferme, «jui ne remestra ceste place là bien tost soulz vostre obéissance; il y a danger à la fin qu'elle ne se face bien forte. D'aultre part il est plus que nécessaire, comme je vous ay tant de foys escript, que Monsieur de La (luiche vienne résider en sa charge de Mascon ou qu'il la quicte; car Monsieur de Tremont, qui y a demeuré neuf moys entiers sans en bouger, n'y veult plus demeurer et principallemant en absence d'un aultre. Je me double bien que ledict sieur de La Guiche n'y pourra pas résider, attendu les aultres charges qu'il a; et toutesfoys il n'est pas question d'y mettre ung lieutenant; car il n'y a point homme trop du (luahté et suffisant pour ce fait au i)ays, mesmes

tjiril est question de non seulleniant donner ordre à ceste ville là, mais à tout le bailliage. Je suis tousjours attendant ce qu'il vous aura pieu commander depuis ces troubles commancez et le retour du sieur de Mommorin devers Vostre Majesté.

Sire, je prie à Notre Seigneur vous donner en très bonne santé très longue et très heureuse vie.

De Dijon, ce iiii» septembre 1508.

Votre très humble et très hobéissant subject et

serviteur,

TAVANES

Dibl. Nat. — Fonds fiançais. — Ms. l."ioi8, f. 1 '♦. — Original (1).

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