AU BOI
Ligiiy-lc-Chùlcl (I), 23 septembre 1568.
Sire, faisant mon voyaige pour Orléans, ainsy que m'avez mandé, j'ay bien voulhi venir passera deul.x lieues près de Noyers, et de là ay mandé le maire de la ville qui est catholi(iue me venir treuver avec trois ou quatre eschevins des deulx religions et au cappitaine, qui commande au chasteau, qu'il vint ou qu'il m'envoyast quelc'ung des siens pour savoir ce qu'il/ auroient alTidre pour le service de Vostre Majesté. Ledict cappitaine m'a envoyé deulx soldat/; et est venu ledict maire et eschevins, faisant entendre (\u\\/. hobéyroient à ce que je leur vouldraye commandé pour cest cffect. Mais après leur avoir connnandé de licencié cent soldai/ qn'ilz sont audict chasteau et y retenir seullemcnt ung cappi-
(1) Ligny-lc-Cl)Alcl (Yonne), chef-lieu de caulou,îi2l kil.d'Anxcrre.
laine de la part de Vostrc Majesté, et recepvoir à la ville le sieur de Missery chevalier de vostre ordre avec cinquante hommes pour sa seurté , atendant (|ue ceulx dudict chasteau fussent sortis, pour puis après en faisant cesser toutes voyes d'ostilité, remectre ledict chasteau et villes avec les deulx religions en l'estat qu'elle estoit avant que mondict sieur le prince y arrivast. Le cappitaine dudict chasteau m'a faict responce qui ne le pouvoit faire sans adverty ledict sieur prince. Ceulx de la ville m'ont présenté requeste, me priant de luy donner temps de ce faire ; sur laquelle requeste j'ay respondu qu'il falloit hobéyr au Roy leur souverain seigneur avant toute chose. Voilà comment les choses sont demeurées. Et depuis estant arrivez en ce lieu j'ay receu les lettres qu'il vous a pieu m'escripre par mon secrétaire, qui m' ayant failly par les chemins, les m'a raportéc; et me retrouvant sy avancé comme aussy ma compagnie , ayant peur de faire faulte à me retrouver audict Orléans, atendu mesme qu'il y va ung grant tem[)s pour rassembler les forces de Bourgongne, qu'il fault envoyer requérir tant à Ghàlon que Mascon pour les joindre avec celles de Monsieur de Barbezieux pour assaiUir Noyers, ainsi que m'escripvez, et aussy le temps qui va à le prendre, et que par ce moyen ce seroit me bannir de vostre armée, il m'a semblé pour vostre service, plustost que de retorner, leur en debvoir faire une dépesche pour faire ceste exécution, et ay mandé audict sieur de Barbezieux, (]ui a rartillerye àTroys, quant elle sera preste d'averty le sieur de Venteux, affm de s'y treuver, comme aussy audict Venteux se tenir prest
pour quant y le mandera pour ceste entreprinse, que à mon advis ilz sauront fort bien mectre à exécution. J'ay mandé aussy à Monsieur de Prye y envoyer aussi trois enseignes de gens de pied qu'il a, quant il sera temps, avant que ses forces la sceussent estre preste , mesmes que Ton m'a dit que ledict sieur de Barbezieux est allé à Chàlon en Chempaigne. Sy Vostre Majesté estime que je ne vous puisse servir au camp mieulx que là, je y retorneray, combien que cela se fera bien sans moy. Et treuvant bon que ceste exécution se fassent ainsy, il plaira à Vostredicte Majesté mander audict sieur de Barbezieux retorner dudict Chàlon à Troys pour cela, et qui consserte avec ledict sieur de Ventoux et ledict sieur de Missery, auquel j'ay donné des moyens pour facillement entrer dans ladicte ville. Hz ont faict le foussé du chasteau, et ilz font deux petitz boulevardz qu'ilz ne sont que hors de terre pour servir de flans. Sy l'on se haste d'y aller, ilz leur seront inutille. C'est ung pied qu'ilz ont, comme je vous ay jà escript, tant pour leur retraicte que pour leur passaige de ceulx (pi'ilz pourroient venir d'Allemaigne, et pour toutes aultres négociacions de la religion de ces cousté h\, qu'ilz sont proche de leurs maisons. J'estime sy l'on y va tost que cela se treuvera facille. Et semble que sept ou huit compagnies de gens de pied do celles de Chempaigne avec celles qu'ilz sont à Auxerre, atondant que voz reistres soient prestz et qui' Monsieur d'Aumalle soit party d'auprès de vous, pourroient bien faire ceslc entreprinse sans retardement de l'armée qu'il doit assembler; atendant, comme dit est, que lesdicls
reistres soient, prcstz, Vostredicte Majesté sait sa commodité; j'obéyray tousjours à ce cju il luy plaira me commandé.
Sire, je prie à Nostre Seigneur vous donner en santé très bonne et longue vie.
DeLigny-le-Cha3tel, ce xxiue septembre 15G8.
Vostre très humble et très hobéissant subject et serviteur, TAVANES.
Bihl. Nat, — Fond^ français. — M>. i:io48, f. 73. — Original (1).