MASSACRES ET DESTRUCTION DE LYON
Les représentants du peuple envoyés dans Commune-Affranchie, etc. à La Convention nalionale.
Citoyens collègues,
La justice a bientôt achevé son cours terrible dans cette cité rebelle : il existe encore quelques complices de la révolte lyonnaise, nous allons les lancer sous la foudre : il faut que {out ce qui fit la guerre à la liberté, tout ce qui fut opposé à ja République, ne présente aux yeux des républicains que des cendres et des décombres !
Dans la fête qui eut lieu hier, nous avons observé tous les mouvements ; nous avons vu le peuple applaudir à tout ce qui portait un caractère de sévérité, à tout ce qui pouvait réveiller des idées fortes, terribles ou touchantes. Le tableau qu'offrait la commission révolutionnaire suivie des deux exéculeurs de la justice nationale , tenant en main la hache de la mort, a excité les cris de sa SENSIBILITÉ ET DE SA RE- CONNAISSANCE.
il mérite déjà que vous preniez un vif intérêt à ce qui le touche ! Les égarements cruels où l'ont plongé ses maîtres, le réduisent aux souffrances, à la privation des premiers besoins de la vie. Vous pouvez les satisfaire aisément : l’opulence, qui fut si longtemps et si exclusivement le patrimoine da vice et du crime, est restiluée au peuple. Vous en étes les
dispensateurs. Les propriétés du riche conspirateur Iyonnais acquises à la République sont immenses ; elles peuvent porter le bien-être et l'aisance parmi des milliers de républieains.
ORDONNEZ PROMPTEMENT CETTE RÉPARTITION, pe souffrez pas que des fripons enrichis enlèvent dans des ventes scandaleuses les propriétés des sans-culottes, le patrimoine des amis de la liberté.
Commune-Affranchie, 21 Ventôse,.an IT.
Outre la phrase stupidement féroce qui se trouve plus haut, on remarquera à la fin de cette lettre quelques mots qui ne laissent pas de doute sur les idées commu-— nistes des hommes de la terreur. La répartition des propriétés, cela s'appelle de son vrai nom la loi agraire, et
c'est ce que veulent au fond nos socialistes.
Lettre de Collot-d’'Herbois et Fouché.
Les représentants du peuple envoyés duns Commune-Affranchie, ete. à la Convention nationale.
Citoyens collègues, Nous vous envoyons le buste de Châlier et sa tête mutilée, telle qu'elle est sortie, pour la troisième fois, de dessous la hache de ses féroces meurtriers. Lorsqu'on cherchera à émouvoir votre sensibilité, découvrez celte têle sanglante aux yeux des hommes pusillanimes et qui ne voient que des iudividus, rappellez-les par ce langage énergique à la sévérité du devoir et à l'impassibilité de l’Assemblée nationale. Jugez si l’on peut accorder un sursis: point d'indulgence, eitoyens collègues, point de délai dans la punition du crime. Les rois punissaient lentement, parce qu'ils éluient fables el A
aps TRE ae cruels : la Justice du peuple doit être aussi prompte que l’expression de sa volonté.
Nous ne vous parlerons pas des prêtres ; ils n'ont pas le privilège de nous occuper en particulier : nous ne nous faisons point un jeu de leurs impostures ; ils dominaient la conscience du peuple, ils l'ont égarée ; ils sont complices de tout le sang qui a coulé, leur arrét est prononcé.
Signé Corror-n'Herpois et Foucné.
Commune-Affranchie, le 5 Frimaire, l'an Ile de la République, etc.
Autre lettre de Collot-d'Herbois au citoyen Duplay, père.
Commune-Affranchie, le 45 Frimaire, l’an II de la République, etc.
Ami et frère,
Nous avons ranimé l'action d'une justice républicaine, c'est-à-dire, prompte et terrible comme la volonté du peuple. Elle doit frapper les traîtres comme la foudre, et ne laisser que des cendres. En détruisant une cité infâme et rebelle, on assure la vie de toutes les générations des hommes libres. Voilà nos principes. Nous démolissons à coup de canon et avec l'explosion de la mine, autant qu'il est possible. Mais tu sens bien qu’au milieu d'une population de cent cinquante mille individus, ces moyens trouvent beaucoup d'obstacles. La hache populaire faisait tomber vingt iétes des conspirateurs chaque jour, et ils n’en étaient pas effrayés. Nous avons créé une commission aussi prompte que peut l'être la conscience de vrais républicains qui jugent des traîtres. Soixante-quaire de ces conspirateurs ont été fusillés hier, au même endroit où ils faisaient feu sur les patriotes ; deux cent trente vont icmber aujourd'hui dans les fossés. Ces grands exempies influeront sur les cités douteuses. Là sont des hommes qui affectent une fausse et barbare sensibilité et la nôtre est toute pour la patrie. La citoyenne Lebas doit être bien contente de
TE ce qu'a fait son mari. Qu'il y a de satisfaction pour des républicains à bien remplir leurs devoirs.
Salut, amitié et fraternité.
Signé Coccor-n'HerBois.
Lettre de Fouché et Collot-d'Herbois à la Convention nationale.
Citoyens collègues,
Nous poursuivons notre mission avec l’énergie de républicains qui ont le sentiment profond de leur caractère ; nous ne le déposerons point, nous ne descendrons pas de la hauteur où le peuple nous a placés, pour nous occuper des misérables intérêts de quelques hommes plus ow moins coupables envers la patrie.
Convaincus qu'il n’y a d'innocent, dans cette infâme cité, que celui qui fut opprimé ou chargé de fers par les assassins du peuple, nous sommes en défiance contre les larmes du repentir ; rien ne peut désarmer notre sévérité : 2ls l’ont bien senti ceux qui viennent de vous arracher un sursis en faveur d'un détenu.
Nous sommes sur les lieux, vous nous avez investis de votre confiance, et nous n'avons pas été consultés.
Nous devons vous le dire, citoyens collègues, l'indulgence est une faiblesse dangereuse, propre à ranimer les espérances criminelles au moment où il faut les détruire : on l’a provoquée envers un individu, on la provoquera envers tous ceux de son espèce, afin de rendre illusoire l'effet de votre justice. On n'ose pas vous demander le rapport de votre premier décret sur l'anéantissement de la ville de Lyon, mais on na presque rien fait jusqu'ici pour l'exécuter. Les démolitions sont trop lentes, ül faut des moyens plus rapides à l'impatience républicaine. L'explosion de la mine, etc., l'activité dévorante de la flamme peuvent seules exprimer la loute-puissance du
peuple : sa volonté ne peut être arrêtée comme celle des tyrans ; elle doit avoir l'effet du tonnerre. Signé Foucné, Cozcor-Dp’HerBots.
Ville-Affranchie, 26 Brumaire, l’an IT de la République française, etc.
Lettre de Collot à Robespierre.
Ville-Affranchie, le 3 Frimaire, lan IT de la République, etc.
Mon collègue, mon ami,
Ces craintes pour la chose publique souffrante, qui m'ont décidé à venir ici sur ton invitation, n'étaient point vaines. Le système de l'indulgence établi par les patriotes, soutenu par un décret de la Convention du 20 brumaire , affiché ici avec affectation , et envoyé avec une promptitude qu'on n’a pas ordinairement; les vengeances particulières agitant les comités révolutionnaires établis ; des généraux nouvellement arrivés, mécontents d'avoir été déplacés d'où ils étaient ; les anciens , si peu révolutionnaires qu'ils ont donné à l’ordre pour mot de ralliement, Simonneau, ne sachant pas la différence quil y a de ce mot de ralliement feuillantin, à celui de Marat, pour de vrais patriotes ; enfin, mon cher Robespierre, l'impuissance même de faire des reproches trop marqués, voilà qu'elle est ma position.
Il me tarde que tous les conspirateurs aient disparu. Ll faut que Lyon ne soit plus en effet, et que l'inscription que tu as proposée soit une grande vérité. Il faut licencier, faire évacuer cent malle individus. En les disséminant parmi les hommes libres, ils en prendront les sentiments. Tu as trop de philosophie pour que cette idée t'échappe. Nous avons créé deux nouveaux tribunaux pour juger les traîtres ; ils sont en activité à Feurs : les deux qui sont ici, ont pris, depuis notre arrivée, plus de force et d'activité. Plusieurs fois vingt coupables ont subi la peine due à leurs forfaits, le
so DT 2 méme jour. Cela est encore lent pour la justice d'un peuple entier qui doit foudroyer tous ses ennemis à la fois, et nous nous occuperons à forger la foudre. Je rends justice à mes collègues ; mais ils étaient fatigués du siège en dehors ; et le siège qu'il fallait commencer en dedans demandait des forces nouvelles. Ecris-moi ; peut-être as-tu tort de ne l'avoir pas fait. Une lettre de toi fera grand effet sur tous nos Jacobins. Ne laisse point passer des rapports tels que celui qui a amené le décret de sursis. Signé Cozror-n’HerBois,
Lettre de Collot & Couthon.
Commune-Affranchie, le 41 Frimaire, l’an IL de la République, etc.
Tu mas parlé de l'esprit public de cette ville ; penses-tu qu il puisse jamais y en avoir ? Je crois la chose impossible. Il y a soixante mille individus qui ne seront jamais républicains. Ce dont il faut s'occuper, c’est de les licencier, de les répandre avec précaution sur la surface de la République. Il t'appartient, Couthon, de déveiopper ces idées ; j'en ai déjà parlé à Robespierre. Concerte-toi avec lui pour finir le décret concernant cette commune quine peul subsister sans danger. La population licenciée, il sera facile de la faire disparaître, et de dire avec vérité : LYON N’EST PLUS.
Il y a ici une complexité d'opérations ; toutes celles du Midi reviennent à nous. Les subsistances prennent un temps considérable. Les séquestres, l'organisation, la surveillance de cinq à six départements, telle est la besogne journalière, et je ne parle pas, tu le vois, des mesures révolutionnaires qui sont continuellement méditées, mises en action, et qui doivent consommer le grand évènement de la destruction de cetle ville rebelle et l'anéantissement de tous les traîtres. Je t'embrasse, respectable ami; reçois l'assurance de mon éternel et fraternel attachement. Signé Cozzor-n Herpois.
M ss
Autre lettre de Collot au comité de salut public: |
Ville-Affranchie, le 17 Brumaire, l'an II de la République, etc.
Collot-d'Herbois à ses collègues composant le comité de salut public.
Citoyens collègues,
La ville est soumise, comme on vous l’a dit, mais non pas convertie. Les sans-culottes n'y voient pas encore clair. Les contre-révolutionnaires arrêtés frémissent de rage et attendent leur jugement; ceux qui ne sont pas arrêtés, sont errants ou cachés. L'organisation est ce qui doit avoir donné le plus de peine à nos collègues. La démolition allait lentement ; ils étaient beaucoup pour gagner leurs journées et ne rien faire. La commission militaire a trop souvent employé, à Juger ceux contre lesquels elle n'a pas trouvé de preuve, et qu'elle a élargis, des moments dont chacun devait étre un Jugement terrible prononcé contre les coupables. Elle en a fait fusiller plusieurs. Le tribunal va plus ferme , mais sa marche est lente : il a encore peu opéré.
L'esprit public est nul et toujours. prêt à tourner en sens contraire de la révolution. Les exécutions même ne font pas tout l'effet qu'on en devait attendre. La prolongation du siège, et les périls journaliers que chacun a courus, ont inspiré une sorte d’indifférence pour la vie, si ce n’est toutà-fait le mépris de la mort. Hier, un spectateur revenant d’une exécution, disait : Cela n’est pas trop dur: que ferai-je pour être guillotiné? Insulter les représentants ? Jugez combien de telles dispositions seraient dangereuses dans une population énergique. Voilà l’état des choses.
La mine va accélérer les démolitions, les mineurs ont commencé à travailler aujourd'hui. Sous deux jours les bâtiments de Bellecourt sauteront. J'irai de suite partout où le moyen sera praticable envers les bâtiments proscrits. Les accusateurs publics vont marcher plus rapidement, le tribunal a
commencé, hier, à aller par trois dans un jour. Enfin, je me | concerterai pour des mesures nouvelles, grandes et fortes. Salut et fraternité.
Signé CozLor-p’'HErBois.
Autre lettre de Collot au méme comité.
Citoyens collègues,
Je vous ai fait part de notre désespérante situation relativement aux subsistances.
Nous menons cependant toujours nos opérations aussi rapidement que possible. Bien des embarras naissent de l’insuffisance des premières mesures prises et de la disette des hommes sûrs. Nous avons donné aux tribunaux ou commissions une marche bien plus vive. Hier, six coupables ont reçu la mort. Un nouveau tribunal va se mettre en activité à Feurs ; la quillotine, nécessaire pour consommer ses jugements, a élé commandée hier et partira sans délai: la mine
hâtera les démolitions.
Salut et fraternité.
Signé Coccor-» Hersois.
J'intercale ici, au sujet des évènements de Lyon, une pièce produite par Courtois, et qui a quelque intérêt surtout par son renvoi.
Lettre sur Dorfeuille.
Je vous adresse, citoyenne, copie de quelques pièces dont les originaux sont déposés au comité de salut public. L'impunité dont jouissent encore les contre-révolutionnaires du département de l’Ain, fait craindre qu'on ne lui en ait soustrait la connaissance.
sie (RD as
Faites-lui observer que Dorfeuille et Merle (1), mentionnés dans les pièces ci-jointes, ont vu, pendant leur séjour à Paris, journellement les citoyens Jagot et Collot-d’'Herbois.
Une observation aussi essentielle , c'est que les dénoncia tions qui arrivent au comité retournent à Dorfeuille qui en fait persécuter les courageux auteurs. |
Vous savez que ce Dorfeuille était l’auteur du Père Duchêne de Commune-Affranchie, où l'on peut voir les principes qui l'animent.
Extrait d'une lettre de Pilot à Gravier.
Ville-Affranchie, le 43 frimaire an IfI.
Ma santé se rétablit, chaque jour, par l'effet de la destruction des ennemis de netre commune patrie. Mon ami, je l'assure que cela va on ne peut mieux ; tous les jours il s’en expédie une douzaine ; l'on vient même de trouver cet expédient trop long. Tu apprendras, sous peu de jours, des expédilions de deux on trois cents à la fois : les maisons se démolissent à force. Avec le temps et la fermeté des républicains, la liberté et l'égalité s’assureront à jamais.
Le même patriote s'exprime ainsi dix jours plus tard:
La quillotine, la fusillade ne va pas mal ; 60, 80, 200 à la fois sont fusillés ; et tous les jours on a le plus grand soin
(1) Iexiste contre le nommé Merle un mémoire imprimé et signé par la commune de Bourg. Cet ecrit renferme, entre autres accusations, celle-ci, sous les numéros 3 et 6: « Dans le temps qu’il remplissait (Merle) «tes fonctions d’accusateur public à Commune-Affranchie , il écrivait « aux sections : Envoyez-moi donc vos détenus; vous oubliez donc que « la quillotine les attend, Xl a cherché à corrompre les jurés pour les « forcer à faire guillotiner un citoyen, en les assurant que, s'ils ne le con- « damnaient pas à mort, #4 les dénoncerait tous au comité de salut « public.»
aus Ê4 2 d'en mettre de suite en état d'arrestation, pour ne pas laisser de vide aux prisons. »
Nouvelle lettre de Pilot à Gravier.
Commune-Affranchie, le 25 Nivôse, l'an If de la République.
Je suis chargé de te prier de ne pas oublier l'affaire du brave Thonion ; il a dû lui-même L'instruire à ce sujet. Faire rendre justice aux patriotes, exterminer les traitres, déjouer leurs complots, voilà le plus saint de nos devoirs. Du moment où j'aurai pu me procurer les bas pour Robespierre, je te les ferai passer.
Notre tribunal révolutionnaire va toujours bien ; le fameux Guichard, miroitier, a porlé avant-luer sa téle à lu quillotine.
Je l'ai fait passer un jambon, je souhaite que tu le manges en bonne santé. Tu diras à ma citoyenne que je me dispose à la faire revenir ; j'ai chargé Saulnier de la conduire à la Convention nationale, pour qu'elle soit témoin des grands principes de notre révolution. Tâche qu’elle voie les Jacobins le plus souvent qu'elle pourra avant que de partir. C’est surtout dans ce lieu où une mère peut se procurer les grandes dispositions qui doivent servir de base à l'éducation de ses enfants.
Ce personnage grotesquement féroce trouve moyen de déjecter ensuite le galimatias abominable que voici :
O temps, 6 temps! Combien tu apprends à l’homme à ne jamais désespérer de ton gouvernement, surtout lorsque le comité de salut public, dont les membres qui le composent offriront bientôt à l'univers entier celte force de caractère qui découle de 4%
en Ne
celle vertw sans mélange et de la probilé la plus sévère, que n'ont jamais offerte les siècles les plus mémorables à aucun gouvernement démocratique.
Signé Le sans-culotte Picot.
Ce qui suit est extrait d’une lettre de Bertrand, maire de Lyon. Le pauvre homme se vante d’avoir ordonné le supplice d’un des siens. C'était un genre de lâcheté fort commun alors. La peur conduisait certaines gens à ouirer la cruauté.
Commune-Affranchie, le 2 Pluviôse, l'an H de la République française, une et indivisible.
Toujours ami, collègue et intrépide républicain,
Ami, je t'interpelle un moment pour te répondre, ainsi qu’à Collot-d'Herbois, sur un passage d’un rapport qui est dans un des derniers journaux, où la municipalité est un peu tympanisée. Certes, je m'arrête sur ce passage, et J'observe qu'il est à tort. Quoi donc ! dira-t-on, parce que j'ai concouru à faire quillotiner mon neveu, d'anciens amis, comme ayant dévié; je les ai précipités, parce que je le devais ; eh bien est-ce faiblesse ? Ainsi je ne saurais m’appliquer ce passage ; car je ne sais, en vérité, qu'exterminer les malveillants, sans pitié. Ami, continuons et résserrons-nous plus que jamais ; car il faut se mettre en garde contre les traits des insignes scélérats : et ne nous dissimulons pas, il sont nombreux, c'est pourquoi, encore une fois, point de plié !
Signé BERTRAND, maire.
Voici une admonestation terroriste qui peut passer pour un monument de l’époque. Elle est adressée par
S83 — Emery, officier municipal de Commune-Affranchie, à Gravier, frère du juré.
Commune-Affranchie, le 2 Pluviôse, l'an IT de la République, une et indivisible.
Conciloyen,
Le conseil général de la commune de Grenoble, dont tu es membre, vient de faire passer en notre commune une espèce de réponse à des impulations qui vous ont été faites.
Permets-moi de te dire que cet ouvrage, selon moi, est des plus mauvais; que le tout annonce le modérantisme le plus caché, et l'aristocratie y montre à découvert le bout de l'oreille.
Vous dites « que vous avez préservé votre cilé de ces spec- « tacles de sang qui révoltent ? »
N'est-ce pas dire que vous blâmez les mesures qui ont été nécessaires pour faire la révolution, et celles qui s'exécutent présentement pour purger la terre de la liberté de toute cette secte qui la trouble et qui voudrait l’anéantir?
Vous dites «que vous vous êtes assurés des traîtres, que « vous les tenez sous le verrou national. »
Le seul verrou national, pour les traîtres, doit étre celui de la guillotione : tout autre est mauvais ; en doutes-tu encore ?
« Vos mains sont encore vierges de sang. »
Comment osez-vous le dire ? N'est-ce pas insulter cette vengeance populaire qui a été si nécessaire? Où diable avezvous puisé ce langage? Cela seul vous mérite une bonne commission temporaire et une bonne commission révolutionnaire comme chez nous. Réveillez-vous donc, faites juger ces trattres À MORT, oui À MORT! et ressouvenez-vous, et toi ressouviens-toi que si le peuple avait partout gardé ces mains vierges dont vous vous vantez, eh bien! ces mains auraient des fers, et nous aurions encore roi et tyran. Celui qui vous a rédigé cela, a voulu dire tout nettement : Si nous n'avons pas encore les lois de 89, ce n’est pas notre faute,
Si je ne me trompe, c'est bien mauvais. Certes, si on
LÉ
demandait mon avis dessus, je voterais pour votre arrestation, provisoirement ; car il y a encore quelque chose là dessous, et celui qui l’a rédigée n'est pas patriote. Réfléchis à ce que tu dois faire, l’amitié que j ai pour ton frère m'a fait faire ces réflexions.
Salut, santé, courage, nos ennemis à mort !
Vive la République !
Signé L. Emery, officier municipal.
Lettre d'Achard à Gravier.
Commune-Affranchie, le 28 Nivôse , l’an IT de l’ère républicaine.
Cher ami,
Encore un nouveau philippotin découvert.
Quelle est donc cette rage qu'ont tous ces crapauds du marais, de vouloir, contre tout bon sens, coasser encore, et se rouler tant dans la fange bourbeuse, qu'à la fin dame quillotine soit obligée de les recevoir tous les uns après les
utres à sa croisée salutaire. C'est bien sans doute là le cas d'appliquer l'action des filous qui volent en présence de leurs camarades que l’on expédie.
Le tribunal poursuit avantageusement sa carrière ; aurait certainement besoin de bons renseignements, mais il ne se donne pas la peine de les rechercher ou demander à ceux en qui il peut se confier : néanmoins hier dix-sept ont mis la téle à la chatière, et aujourd'hui huit y passent, et vingt-un reçoivent le feu de la foudre.
Nous sommes à la piste de tous ces intrigailleurs, de tous les agents de Pitt et Cobourg. Hélas ! les pauvres hères, ils feront comme les papillons philippotés, ils viendront se brûler à la chandelle, et toutes leurs intrigailleries retomberont sur leur tête avec le RASOIR NATIONAL.
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Quatre cent mille livres se dépensent par décade, pour les démolitions et quelques autres objets ; juge si la République doit se hâter de coloniser ce pays : encore si l'ouvrage paraissait; mais l'indolence des démolisseurs démontre clairement que leurs bras ne sont pas propres à bâtir une République. Les comités travaillent de même ; les représentants, pour célébrer l'exécution de leurs arrêtés, ou plutôt pour les faire mettre à exécution, vont les réduire à un par canton, organisé avec des hommes foutus pour élre capables.
Le même Achard, qui était un des chefs des jacobins de Lyon, vomit dans une lettre suivante ces phrases qui semblent le hoquet d’un hommeivre de sang :
Frère et ami,
Encore des téles, et chaque jour des têtes tombent! Quelles délices tu aurais goûtées, si tu eusses vu, avant-hier, celle justice nationale de deux cent neuf scélérats ! quelle majesté ! quel ton imposant ! Tout édifiait. Combien de grands coquins ont, ce jour-là, mordu la poussière dans l'arène des Broteaux et quel ciment pour la République ! Hier et aujourd’hui de pauvres diables seront innocentés publiquement ; on les embrassera, on les élèvera aux nues. Quel sentiment pour un peuple qui nous croit encore des brigands amanis du sang ! Billemaz a payé le tribut ; une infinité d'autres que tu connais, tels qu'un Dabost, un Bonamour, membre de département, en ont fait tout autant ; le président et le procureur général du Puy-de-Dôme les ont suivis; quel spectucle digne de la liberté ! En voilà cependant déjà plus de cinq cenis ; encore deux fois autant y passeront, sans doule, el puis ça ira, etc. Salut et fraternité.
Signé AcHaRD.
P. S. Bonjour à Robespierre, Duplay et Nicolas.
mr DU su Cet Achard volait les chevaux des gens qu’il faisait guillotiner; il l'avoue lui-même dans la lettre suivante :
Erirait d'une lettre écrite par Achard à Gravier.
Commune-Affranchie, ce 13 Ventôse, l’an II de l’ère républicaine.
Ami,
J'ai reçu plusieurs fois de tes nouvelles, auxquelles, il est vrai, je n'ai point encore répondu, et notamment la somme de 1,400 livres en assignats ; j'en ferai le plus digne emploi, celui de soutenir avec courage les principes d’une société républicaine. Nous sommes une vingtaine de bons bougres qui avons pris cette résolution, et elle sera constante: elle réussira, parce que nous y mettons des fondements et de la consistance. On ne cesse de nous calomnier : mais bientôt nous démontrerons la perfidie de nos vils calomniateurs, nous mettrons toute leur conduite en plein jour.
J'ai rendu le cheval rouge qui me servait, et l’on nous a rendu le reçu que nous avions fait des chevaux : ton frère & celui de Bissuel-Saint- Victor qui a subi le joug de la loi. Je lui ai écrit pour me le rendre de suite, afin de le renvoyer à sa destination : nous n’aurons, d'après ce, rien à nous reprocher à cet égard. Signé AcHARD.
Voici le commencement d’un discours prononcé le 18 Pluviôse de l'an IT, par Achard, à la société populaire de Lyon, et qui prouve que le terrorisme chez lui était devenu de la rage :
Citoyens, mes frères, mes amis,
Fuyez, monstres ténébreux, loin du sanctuaire où reposent les cendres de Marat, de Chälier ; elles ont parlé à mon
ST
cœur. De votre front ignominieux va couler celte sueur froide: qui naît de la honte et du remords, avec laquelle l'éponge dur républicanisme lavera votre visage encroûté de la crasse de l'hypocrisie, de la perfidie et de la trahison. Dis-moi, Marat,… et toi vertueux Châälier…, dites-nous si les Lyonnais rebelles n’ont pas fait la guerre au patriotisme, et si ce n'est point la même guerre que l'on nous fait encore! Oui, tu as: raison, me dira-t-on, il est visible que les brissotins, coiffés d’une calotte rouge, n'ayant pu réussir à faire pendre les patriotes, répandent sur eux, à grands flots, leur foutu poison, afin de les faire guillotiner, pour aussitôt prendre la place de notre sainte liberté.
Républicains d’une commune-qui n'est pas encore affranchie, qu’avez-vous donc fait à lous ces messieurs pour qu'ils vous accusent à tous les peuples de la terre! Est-ce parce que... est-ce parce qu'en 1793, vous avez combattu de front, les armes en main, la foudre à vos côtés, celte classe d'étres monstrueux, vampires de la société, sangsues de tous les peuples, êtres vils et méprisables que l'onnomme NÉGOCIANTS ? est-ce parce que vous les avez terrassés, à diverses reprises, et que les ondes ensanglantées du Rhône ont charie leurs cadavres empestiférés, et que vous les auriez exterminés, si la trahison et la noire perfidie, etc., etc.
Les Jacobins n'étaient qu’une troupe de tigres qui se dévoraient entre eux; voici que la bande Achard va être dénoncée et écrasée à son tour. Le représentant Reverchon, nouvellement arrivé, s'exprime ainsi sur son compte :
Nous sommes entourés de voleurs, de scélérats, qui, Sous: le nom d'amis de Chälier,. veulent tout écraser et envahir.
ss GR
Nous faisons passer au comité de sûreté générale et au comité de salut public toutes les pièces à l'appui. Mettez-vousplusque Jamais en garde contre les prétendus patriotes lyonnais qui veulent égarer l'opinion publique jusqu’au sein des Jacobins, pour couvrir leur scélératesse. Mais leur rage est impuissante, et nous sauverons le peuple, malgré ces brigands, qui ne se disent patriotes que pour égorger leurs frères et acquérir des richesses. Je ne finirais jamais de te faire le tableau affligeant de tous ces queux-là. Plus nous allons en avant, plus on découvre leur scélératesse.....
Ah! mon ami, le système que tu as vu commencer sous tes veux, de vendre la justice, de faire un commerce infâme de dénonciations, pour tenir sous les séquestres au moins quatre mille ménages dont les gardiens dilapident tout, d'accord avec les administrateurs qui soutiennent cette anarchie, les conduirait à se dévorer comme des monstres.
Oui, mon ami, tous ces énergumènes ne voulaient la République que pour eux. Environ TROIS MILLE DEVAIE NT PARTAGER TOUTE LA FORTUNE LYONNAISE ; ils voulaient se soustraire à la surveillance et à l’unité de la République : ils se sont mis à découvert et se decouvrent à chaque pas.
Ils se sont plaints que l'on incarcérait les patriotes! Eh bien ! aucun ne l’a été. On a destitué des municipaux qui avaient élé peu fidèles. Deux mandats d'arrêt seuls ont été lancés et non exécutés, et sont du nombre de ceux qui se sont réunis à Achard, à Paris, les nommés Castaing et Jacob.
Je suis bien mécontent de Daumale; il n’est pas franc. II nous avait dit que tous les meubles qui étaient dans son appartement lui appartenaient. Point du tout, chacun est venu faire sa déclaration des réquisitions qu'il avait données pour les avoir. Nous règlerons le tout, au premier jour. Nous lui avons accordé près de 5,000 liv. d’indemnité pour sa détenlion, ÿ compris ses appointements de commis, quoique faisant up journal.
Reverchon continue dans ure autre lettre:
Je t’assure que tu as été trompé par ceux qui ont couru à Paris pour calomnier. Ils ont surpris la religion du comité.
Tu les connaissais comme moi ; ce sont de vrais intrigants qui ne veulent que la domination pour couvrir leur dilapidalions et détruire le COMMERCE qui pouvait faire exister la masse du peuple qu'ils ont totalement oublié ; ils ne s’en servent que pour assouvir leurs passions particulières, en dépensant les trésors de la République, pour maintenir ce méme peuple dans l'oisivelé, par l'entretien de 18 mille, au lieu de 4 mille qui doivent êtres employés aux travaux publics : maintiennent plus de deux mille séquestres pour conserver deux mille gardiens à 5 liv. par jour, sans les dilapidations qu'ils commeitent chaque jour : des administrateurs et municipes qui ne font rien, dont la majeure partie n'a pas la moindre connaissance d'administration ; ne s’occupant absolument que de leurs vils intéréts, qu'ils couvrent toujours du nom de patriotes persécutés et d'amis de Châlier, pendant que Châlier en avait si peu, et que ce grand nombre de prétendus amis n'étaient occupés que de leurs propres intéréts et de leurs vengeances particulières.
Mais ces mêmes patriotes, dont plusieurs sont inculpés par des preuves certaines que nous avons entre les mains, et que nous vous ferons passer, doivent-ils rester en place? Et ceux qui n'ont aucune aptitude dans les administrations peuventdls étre conservés ? je ne le pense pas : ils doivent étre indemmises.
Signé REVERCHON.
On avait indemnisé Daumale d’une détention basée sur des faits de vol avérés; on va indemniser des fonc— tionnaires renvoyés parce qu’on les trouve incapables!