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Reverchon qui porte sur les bandits de Lyon ces accusations si étrangement mitigées ne manquait pas au fond de quelques sentiments honorables et d'idées justes; il était pris par le torrent et se laissait aller en essayant de racheter sa faiblesse par quelques élans de conscience, Voici une nouvelle phrase de lui qui témoïignera de l’incroyable amalgame de ses sentiments :
« Je sais bien que le moindre changement que nous étions sur le point de faire allait mettre à découvert bien des sottises et des dilapidations, par les preuves qui nous arrivaient chaque jour ; mais sois bien assuré que nous n'avions d’autres intentions que d'arrêter le mal, sans rechercher à 2nquiéter des malheureux, dont le plus grand nombre n'avait manqué à son devoir que parce qu'on l’a bercé en tout temps de l'optnion que tout lui appartenait. »
C'estbien cela: les tentateurs du peuple sont les mêmes en tous temps; ils le bercent de l’idée que tout lui appartient. Il faut relire ces réflexions et ces jugements de Reverchon; l’histoire de toutes nos infamies et de toutes nos lâchetés révolutionnaires est là.
Extrait d'une lettre du citoyen Laporie à Couïthon.
Commune-Affranchie, 24 germinal, an If.
Ce qui est pour moi de toute évidence, c'est qu'il s'est commis ici d'horribles dilapidations : autant que je puis l’entrevoir, on en accuse les Parisiens ; mais prends garde que ce sont les comités révolutionnaires qui ont apposé les scellés, qui ont les clefs des magasins et maisons séquestrés; qui
MAR. ont mis dans ces maisons et magasins des gardiateurs à leur dévotion; qui n'ont point fait d'inventaires, qui n'ont point fait appeler les intéressés à leurs opérations ; qui ont chassé de leurs domiciles les femmes, enfants et domestiques , pour n'avoir pas de lémoins ; qui, par conséquent, ont pu faire tout ce qu'ils ont voulu? Lorsque la voix publique est venue nous informer que les magasins se dilapidaient, nous avons pris un arrêté qui a défendu à toute autorité de faire lever des scellés sans notre autorisation : eh bien! croirais-iu que, même après cette défense, on est venu enfoncer un magasin séquestré, jusque dans notre maison? Nous avons pris les dilapidateurs sur le fait; et qui étaient ces dilapidateurs? c'étaient précisément deux commissaires du comité qui vidaient le Magasin, sans autorisation de nous, ni même sans être munis de pouvoirs par le comité. Je les ai fait arrêter, et conduire à la commission pour y être interrogés : mais C'ÉTAIENT MALHEUREUSEMENT DES PATRIOTES. La femme de l’un d'eux est venue se jeter à nos genoux pour demander pardon. La section les a réclamés comme patriotes, et als ont été relâchés, de notre consentement, par la commission temporaire. Mais, je te demande, si les séquestres étaient bien gardés dans toute la ville, quand on avait l'audace de venir forcer les serrures et piller jusque sous nos yeux et dans notre propre maison ? Les deux seuls patriotes contre lesquels nous ayons décerné un mandat d'arrêt, sont: le nommé Castaing, que tu connais ; c’est celui que l’adjudant général Achon est venu nous dénoncer comme ayant abusé de sa qualité de commissaire aux séquestres, pour s'installer dans la maison d'un millionnaire séquestré, pour s'élre mas en possession de la maison sans inventaire, pour y avoir fait des orgies avec des filles et d'autres commissaires comme lui... L'autre est un nommé Jacob , officier municipal, chargé de la comptabilité de l’atelier des habits militaires. Il a abusé d’une réquisition émanée de nous, pour prendre des draps & discrétion dans les magasins séquestrés, et il a fait usage de notre arrêté ancien, lorsqu'il y en avait un nouveau quin@
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permettait pas de requérir indéfiniment, mais d'uné manière déterminée et en vertu d’autorisations expresses. Il est encore un de ceux qui sont à Paris sans avoir rendu leurs comptes. Voilà. les deux seuls patriotes opprimés, ét encore, si le comité veut leur faire grâce, il s'en faut de beaucoup que nous y meltions le moindre obstacle. Il est une foule de faits graves, et même atroces, qui nous sont dénoncés journellement, et sur lesquels nous hésitons de prendre un parti, dans la crainte de frapper des patriotes ou de soi-disant tels : Il y a ici plusieurs milliers de gardiateurs, un grand nombre de membres des ci-devant trente-deux comités, qui se tiennent comme teignes. Prenez-en un sur le fait, 2! faut fermer des yeux, ou vous les faites crier tous à l'oppression des patriotes. C’est un système pour qu'on ne puisse rechercher personne. Au nom de Dieu, fais que le comité nous dise comment nous devons nous conduire avec ces patriotes-là : je ne demande pas mieux que de les laisser faire tout ce qu'ils voudront, Si on nous y autorise; mais je te préviens qu'ils voudront beaucoup. Signé Laporte.
On croirait volontiers qu’il n’y a rien à ajouter à ce tableau, où les deux grands côtés de l’époque: la corruption et la lâcheté, se peignent d'eux-mêmes si crument; eh bien, il y a un trait qui manque et que nous fournit le passage suivant d’une lettre adressée par le bureau de la société des Jacobins de Lyon à Gravier, Fillon, etc.
« La société promet que rien ne ralentira son ardeur, qu’elle s’occupera continuellement de tout ce qui peut faire le bonheur du peuple, et elle vous jure que tous ses efforts tendront à marcher dans le sentier étroit de la vertu., etc.
« Signé AcnarD, DAUMALE. »
Les deux mêmes patriotes qui viennent d’être convaincus de vol !
Il ne reste au sujet de Lyon qu’à faire connaître par les pièces suivantes, adressées à Robespierre, l’origine des atrocités sans exemple commises contre cette malheureuse ville.
Lyon, comme tu sais, fut agité, ainsi qu’une partie de la République, à l’époque du 31 mai, et des 4‘ et 2 juin, et son erreur n'aurait pas duré plus que celle des autres départements, si les partisans secrets des Danton et des Hébert n eussent attisé le feu; car tous les contes bleus d'émigrés, de prêtres réfractaires, de cocardes blanches, de quinées de Pitt, tu n'ignores pas qu'ils étaient absolument faux. Tu es aussi instruit, sûrement, d'une lettre, vraie ou prétendue, du fameux Danton, qui fut affichée dans tout ce département ; affiche dont se sont bien vengés Collot-d'Herbois et Ronsin, en faisant, deux mois aprés l'entrée des troupes de la République, inhumainement massacrer, par des canons chargés à mitraille, une grande quantité de pères de famille, dont dix, à peine, avaient pris les armes ; üls eurent la cruauté de fuire tuer, à coups de pelles et de pioches, ceux qui n'avaient élé que blessés ; car iln'en mourut pas six par l'effet de la mitraille ; trait de barbarie dont Collot-d'Herbois s'est vanté même en face de la Convention, quoique ce genre de supplice'fût contraire aux lois qui n ordonnent que la mort simple du fusil ou de la guillotine. Il ne faut pas douter que, si le gouvernement avait toute sa vigueur, Collot-d'Herbois n’eût mérité la mort, pour avoir, à l'exemple des despotes, inventé, sans autorité légale, un supplice nouveau.
Collot, en outre, a fait jeter dans le Rhône une grande parlie de ces victimes, sûrement dans le dessein de procurer la peste aux départements de l'Isère et de la Drôme.
Il y a eu un temps où l'innocence a été confondue avec Île crime, non-seulement par les incarcéralions, mais par les exécutions; ce temps a donné la frayeur et la chasse aux moins faulifs. Oui, un voile épais couvre la vérité ; et l'in-
justice, les anciennes haines, l'amour-propre anciennement humilié (1) ont aussiexercé des vengeances. Lyonn'est plus; mais Lyon a été conduit par une horde de scélérats qui a trompé la grande masse. Lyon a paru le chef de la révolte fédéraliste par une cause indirecte. Son affaire du 29 mai n'avait aucun rapport avec celle du 31 mai de Paris. C'est Marseille qui a corrompu Lyon, ce sont les Marseillais, de retour de Paris, qui soufflérent à leur passage les principes de Barbaroux ; c’est l’exaltation sanguinaire de Châlier qui amena la journée, du 29, quand il dit le 27 au club : « Après-demain les présidents et secrétaires des sections permanentes, les riches égoïstes, seront quillotinés. » Le 26, lamunicipalité avait voté une :mposition de six millions, payable dans le délai fatal devingt-quaitre heures : voilà ce qui aigrit les esprits. La nuit du 28, la municipalité s’entoura de canons ; on craignit l'exécution de la menace de Châlier. Inde iræ. La nouvelle du 31 mai vint échauffer les esprits, et Lyon se trouva chef de parti sans l'avoir voulu.
Si vous pardonnez à un petit coupable, vous rendez justice à au moins vingt innocents qui souffrent des fautes qu'ils n'ont pas commises. Ah ! 82 le vertueux Couthon fût resté à Commune-Affranchie, que d’injustices de moins ! six mille individus, et non seize cents, n'auraient pas tous péri. Le coupable seul eût été puni : maïs Collot.... Ce n’est pas sans raison qu'il a couru à Paris soutenir son ami Ronsin. il a fallu des phrases bien ampoulées pour couvrir de grands crimes ! Signé CADILLOT.
(1) On sait que Collot-d’Herbois avait été acteur à Lyon; il reste prouvé qu’il a fait mettre à mort des individus dont le plus grand crime était de m'avoir pas reconnu autrefois son talent de comédien. Il a été fait à ce sujet le quatrain suivant :
A ce nom tout Lyonnais renifle ;
Ce n'est pas sans cause; en. effet, Collot, de peur qu’on ne le siffle, Aux gens fait couper le sifflet.
Cette lettre prouve que Robespierre n’avait pas de volonté et écoutait aussi bien les bons que les mauvais conseils, dans l'intérêt de sa popularité.
Nous passons à la série des évènements de Nantes. Malheureusement aucune lettre de Carrier n’a pu être retrouvée; mais Jullien fils, cet élève chéri de Robespierre, envoyé par lui en espionnage dans l'Ouest, va nous faire des confidences qui auront leur mérite.
Lettre de Jullien fils à Robespierre.
Tours, ce 16 Pluviôse.
La réunion des trois fléaux, de la peste, de la famine et de la guerre, menace Nantes,. On a fait fusiller, peu loin de la ville, une foule innombrable de soldats royaux, et celle masse de cadavres entassés, jointe aux exhalaisons pestilentielles de la Loire toute souillée de sang, a corrompu l'air. Des gardes nationales de Nantes ont été envoyées par Carrier pour enterrer les morts; et deux malle personnes, en moins de deux mois, ont péri d’une maladie contagieuse. On dit que la Vendée n’est plus, et Charette, à quatre lieues de Nantes, tient en échec les bataillons de la République. On ne dissimule pas qu’on veut éterniser la guerre. Nous la finirons quand nous voudrons, disent les généraux ; et cependant elle ne finit pas. Quand des canons sont pris, un général répond : nous avons le temps de les reprendre. Un peuple de généraux, fiers de leurs épaulettes et bordures en or au collet, riches des appointements qu'ils volent, éclaboussent, dans leurs voitures, les sans-culottes à pied, sont toujours auprès
es femmes, au spectacle, ou dans des fêtes et repas somptueux qui insultent à la misère publique, et dédaignent ouvertement la société populaire où ils ne vont que très rarement, avec Carrier. Celui-ci ést invisible pour les corps constitués, es membres du club et tous les patriotes. Il se fait dire malade et à la campagne, afin de se soustraire aux occupations que réclament les circonstances ; et nul n’est dupe de ce mensonge : on le sait bien PRES et en ville; on sait qu'il est dans un sérail, entouré d'insolentes sultanes, et d'épauletiers, lui servant d'eunuques ; on sait qn'il est accessible aux seuls gens d'état-major, qui le flagornent sans cesse, et calomnient à ses yeux les patriotes ; on sait qu'il a de tous côtés des espions qui lui rapportent ce qu'on dit ; on n'ôse ni parler, ni écrire, ni même penser.
Une justice doit être rendue à Carrier, c'est qu’il a dans un temps, écrasé le négociantisme, tonné avec force contre l'esprit mercantile, aristocratique et fédéraliste; mais, depuis, il a mis la terreur à l'ordre du jour contre les patriotes euxmèmes, dont il a paru prendre à tâche de se faire craindre. El a payé par des places les bassesses de quelques courtisans. Il a, par un acte inoui, fermé pendant trois jours les séances d'une société montagnarde. II a chargé un secrétaire insolent de recevoir les députations de la société populaire. Enfin, il a fait arrêter de nuit, comparaître devant lui, et il a maltraité de coups, en les menaçant de la mort, ceux qui se plaignaient qu'il y eût un intermédiaire entre le représentant du peuple, et le club. J'ai moi-même été le témoin de ces faits. On lui en reproche d’autres : on assure qu'il a fait prendre indistinctement, puis conduire dans des bateaux et submerger dans la Loire tous ceux qui remplissaient les prisons de Nantes. Ilm'a dit, à moi-même, qu'on ne révolutionnait que par de semblables mesures, et il a traité d’imbécile Prieur de la Marne, qui ne savait qu'enféermer les suspects, etc...
Autre lettre de Jullien fils.
Angers, 15 pluviôse.
Nos généraux perdent leur temps à Nantes, et ne dissimulent point leur système de prolonger la guerre ; Carrier qui se fait dire malade et à la campagne, lorsqu'il est bien portant et dans Nantes, vit loin des affaires, au sein des plaisirs, entouré de femmes et d'épauleliers flagorneurs, qui forment un sérail et une cour; et Carrier est inaccessible aux députations de la société populaire, qui viennent pour conférer avec lui sur les objets les plus importants; et Carrier fait incarcérer les patriotes qui se plaignent avec raison de sa conduite.
Je t'envoie, ainsi qu'à Barère, les quatre pièces les plus importantes relatives à la conduite de cet homme qui, après avoir donné sa confiance à des hommes patriotiquement contre-révolutionnaires, qui ont pullé, tué, brülé, et que Tréhouart avait fait arrêter, les a déclarés inviolables, et a défendu de reconnaître son collègue pour représentant du peuple. Carrier a subdivisé ses agents en si grand nombre, qu'on voit des hommes délégués par les commissaires des représentants faire arrêter des administrateurs patriotes, en convenant méme, dans le,procès-verbal de l'arrestation, qu'il n'existe ni faits nt papiers contre eux. Les actes les plus tyranniques se commettent ; une lutte indécente s'élève entre deux représentants, dont l’un (Carrier) menace d’arrêter l'autre. Signé JuLLIEN.
Carrier, comme on le voit, est une figure à part dans la terreur; il était tellement pénétré de son rôle qu’il terrorisait tout le monde, amis et ennemis. Du reste, les détails qui précèdent sur ses eunuques, son sérail et
les noyades de la Loire, confirment des faits connus et b)
Le HO8 Le sur lesquels Jullien, s’il Pavait voulu, eùt pu s'étendre davantage ; il eût pu raconter, par exemple, au sujet des noyades, comment le proconsul satisfaisait une férocité lubrique au spectacle de deux êtres de sexes différents, liés ensemble et disparaissant peu à peu dans l’abime des flots en poussant des cris de désespoir.