‹ Correspondance diplomatique de m. de BismarckChapitre 13 sur 25 · Rapport sur la crise du Zollverein · texte numérisé non relu

Rapport sur la crise du Zollverein

8 août 1852. — u Je reçois à l'instant d'une source ordinairement digne de foi la nouvelle qu'il y a trois jours les gouvernements de la coalition de Darmstadt ont reçu une note du cabinet autrichien, par laquelle celui-ci délie ces Etats, tant pour l'avenir que pour le présent, des engagements qu'ils ont pris à Vienne et les laisse libres d'agir au mieux de leurs intérêts. Mon auteur, qui a lu la note, mais qui ne possède pas très-bien la langue allemande, croit pouvoir affirmer que telle en est la substance. Il considère aussi comme possible que cette note ait été adressée non-seulement aux coalisés de Darmstadt, mais encore à tous les gouvernements qui ont pris part aux conférences douanières de Vienne.

Quoique cette nouvelle me paraisse en contradiction avec la mission du comte de Rechberg l et le succès qui, d'après les bruits

1 Chargé près du maréchal Radetzky des affaires civiles du royaume de Lombardie et de Vénétie.

qui circulent ici, a couronné son infatigable activité, je n'ai pu m'empêcher de l'annoncer à Votre Excellence, parce qu'Elle recevra peut-être d'ailleurs des nouvelles qui confirmeront ou du moins éclairciront le fait qu'on m'a raconté.

Le prince de Wittgenstcin en a longuement causé, à Wiesbaden, à sir A. Mallet; il lui a dit qu'il venait d'écrire au comte de Thun : ci Vous nous auriez épargné beaucoup d'embarras, si vous aviez dit cela plus tôt. » Sir Alexandre explique les termes de la note en ce sens que l'Autriche laisse les Etats libres « de ne point se considérer comme liés par les engagements pris à Vienne vis-à-vis de l'Autriche ». L'ambassadeur anglais m'a dit, en outre, que lord Derby lui avait recommandé de ne pas manquer à l'occasion de soutenir chaleureusement l'intérêt prussien dans la question douanière. Le prince de Wittgenstein, considérant le peu de temps qui séparait la conférence de Stuttgart du 16, croyait que la Prusse ne regarderait pas à un jour de retard, et que si elle rompait le Zollverein parce que l'adhésion des Etats ne lui était pas parvenue à jour fixe, tout l'odieux de cette conduite retomberait sur elle. »

32. Rapport sur l'attitude du Journal du peuple paraissant à Francfort,

31 août 1852. — « Le Journal du peuple, paraissant sous la direction du professeur Hadermann, un des chefs les plus capables et les plus résolus de la démocratie rouge, a, dans les derniers temps, reçu plusieurs avertissements et condamnations auxquels les sollicitations de l'ambassade française n'ont pas été étrangères, sans cesser pour cela sa polémique passionnée contre la Confédération et les gouvernements. Cette feuille est arrivée à un degré de violence tel que supporter plus longtemps ses excès, serait manquer à la dignité de l'assemblée fédérale et du gouvernement royal qui s'y trouve représenté. L'impudence des attaques s'est surtout accrue depuis que le départ du comte de Thun a fait passer à la Prusse la présidence et la direction des affaires pendant la prorogation. Aussi ai-je profité de la publication d'un article particulièrement inconvenant, où le drapeau noir, rouge et or qui flotte surle palais fédéral

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était comparé à une « couronne virginale sur une maison de prostitution » , pour faire au bourgmestre le plus ancien en fonction des représentations très-sérieuses, quoique verbales. Je lui dis que l'honneur de rassemblée fédérale, actuellement confié à ma garde, me forcerait de recourir à tous les moyens dont dispose la Confédération afin de couper court aux attaques de ce genre, dans le cas où les autorités de la ville ne voudraient ou ne pourraient pas protéger la Diète contre de nouvelles offenses. Je lui déclarai que j'attendrais deux à trois jours que le sénat prît les mesures nécessaires; mais, dans le cas où elles ne seraient point prises ou le seraient insuffisamment, je me croirais autorisé à garantir contre de nouvelles injures rassemblée qui siège dans une ville occupée par les troupes fédérales, en employant la force armée. Le bourgmestre Neubourg reconnut que des faits de cette nature ne pouvaient pas se renouveler, et me promit « de convoquer immédiatement le sénat et de faire tout ce qui dépendrait de lui pour amener une répression aussi énergique que possible » . Il en résulta que le lendemain le plus jeune des bourgmestres, Nestler, m'annonça que le Journal du jjeuple avait élé interdit aux termes d'une résolution du 26 de ce mois, dont la copie se trouve ci-jointe, et qu'une enquête judiciaire avait été commencée contre le rédacteur Hadermann, à propos des derniers articles. Cette mesure, notammentl'interdiction de lafeuille, apparaît comme un acte d'énergie extraordinaire, si l'on songe au peu de garanties que présente la législation d'ici et à l'attitude gardée jusqu'à ce jour par les autorités. Mais elle n'empêchera pas que la feuille supprimée, qui s'imprimait gratuitement, dit-on, par les soins d'une association démocratique d'ouvriers typographes, ne ressuscite bientôt sous un autre nom , sans qu'on puisse s'opposer à cette manière de tourner l'interdiction.

La veille de l'interdiction, le rédacteur Hadermann avait été maltraité dans son appartement par deux inconnus; il prétend que c'étaient des soldats autrichiens. Il a déposé une plainte, mais on n'a pas pu jusqu'à présent mettre la main sur les agresseurs \ »

1 Le ministre de Manteuffel exprime sa satisfaction de voir que M. de Bismarck a réussi, grâce à ses énergiques efforts, à obtenir que le sénat de Francfort supprimât

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