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Rapports sur le renouvellement de V union douanière

22 novembre 1851. — « Je suis allé voir aujourd'hui le ministre de Nassau, le baron de Wintzingerode 3, afin d'apprendre par lui quelques détails sur les faits et gestes de M. Hock4; j'y ai réussi. M. Hock et le prince de Schwarzenberg en personne ne cessaient d'agir auprès du duc de Nassau pour le convertir au projet d'un Zollverein particulier qui comprendrait les Etats de l'Allemagne du Sud. On a fait valoir à Son Altesse Royale que les cours de Munich, de Stuttgart, de Carlsruhe, de Darmstadt et de Cassel avaient déjà adopté ce projet; que, par suite, Nassau formerait le pays frontière; qu'il ne s'agissait que de savoir s'il voulait être séparé par la limite douanière de la Prusse, ou bien par celle de Francfort et de la Hesse; que le Zollverein, tel que l'entendait la Prusse, n'était qu'un prétexte pour dissimuler de nouvelles tentatives d'unification, dont le but final,

1 Lorsque la question fut discutée à la séance de la Diète du 25 novembre, M. de Bismarck s'abstint de voter, en faisant observer que le gouvernement prussien n'avait aucune raison de prendre part à la résolution finale. Le représentant du Luxembourg et du Limbourg, ceux des maisons grand-ducales et ducales et ceux des villes libres s'étant ralliés à cette manière de voir, le représentant du grandduché de Bade fit remarquer qu'il ne s'agissait pas d'une résolution a prendre, mais que l'affaire suivait son cours régulier et prévu, et que le président était fondé à remettre la liquidation à la Hesse électorale sans autre formalité. On adopta cette solution, après l'assurance donnée par M. de Bismarck, en réponse à une question, qu'il n'avait aucun motif de remettre la déclaration susdite, du moment qu'il ne s'agissait pas d'une résolution définitive.

2 Dans le traité conclu le 8 mai 1841 , la durée de l'union douanière et commerciale avait été fixée provisoirement à douze ans; elle devait commencer au 1er janvier 1842 pour finir au 31 décembre 185*3. Une nouvelle période commença donc le 1er janvier 1854.

3 Président du ministère de Nassau.

4 Rapport 2, p. 6.

facile à atteindre, serait nécessairement la médiatisation des petits souverains qui entreraient dans son union douanière. Son Altesse le duc s'est laissé convertir; aussi M. de Wintzingerode se plaint-il vivement des difficultés de sa situation, attendu que le duc est complètement dominé par son entourage, notamment par SI. de Dungern ', dont les fils et d'autres parents sont au service de l'Autriche Hock s'est également mis en relation avec quelques fabricants de Nassau, et a fait naître en eux des appréhensions au sujet du système de liberté commerciale que la Prusse veut inaugurer. Du côté de l'Autriche, on a cherché à vaincre les hésitations des financiers de Nassau en assurant certains avantages aux Élats de l'Allemagne du Sud pour le cas où ils entreraient dans le système autrichien; on a offert d'assurer à ces États un minimum de 90 0/0 des revenus que donne actuellement le Zollverein, disant que ce n'était pas acheter trop cher l'indépendance politique que de faire un sacrifice de 10 0/0; que du reste, pour fonder le nouveau système, il n'était pas absolument nécessaire de s'unir à l'Autriche ; au contraire, que le gouvernement impérial ne pouvait que recommander, dans le cas où la Prusse ne renoncerait pas au traité du 7 septembre, de former de la Bavière, du Wurtemberg, de Bade, des deux Hesses, de Nassau et de Francfort une union douanière indépendante ; qu'en présence de la probabilité d'un pareil fait, la Prusse trouverait plus sage d'abandonner la politique commerciale défectueuse que le traité du 7 septembre menace d'inaugurer, ainsi que le traité qu'elle a conclu avec le Hanovre. Il serait donc urgent dans le moment actuel (suivant les mêmes insinuations) que les gouvernements susdits et le royaume de Saxe adressassent une demande collective au cabinet de Berlin, afin de savoir si le Hanovre doit être invité à prendre part aux négociations relatives au renouvellement de l'union douanière. Dans le cas de l'affirmative, il y aurait aussi lieu de demander collectivement que l'Autriche prit part aux négociations si leur objet s'étendait au delà des limites de l'ancien Zollverein. M. de Wintzingerode avait des raisons de croire que l'Autriche suivrait exac-

1 M. le baron de Dungern, conseiller intime et ministre d'État, hors service, délégué à la Diète de Brunswick et de Nassau.

tement la même tactique à l'égard des cours de Carlsruhe et de Darmstadt et qu'elle leur garantirait probablement l'adhésion de Nassau, qui, du reste, était certaine, en ce qui concerne la personne de Son Altesse le duc. M. de Wintzingerode a été agréablement surpris lorsque j'ai cru pouvoir lui donner l'assurance que jusqu'à présent il n'y avait pas même du côté de la Bavière et du Wurtemberg la moindre chance de réalisation pour le projet dont il s'agissait. En ce qui concerne le Wurtemberg, je suppose que M. de Sydow ', qui est actuellement ici, aura communiqué à Votre Excellence ce que Sa Majesté le Roi a dit en dernier lieu à M. Wentzel 2. L'heure du courrier m'empêche aujourd'hui de me livrer à de plus longs commentaires; je me contenterai d'ajouter que, connaissant M. de Wintzingerode, j'ajoute une foi entière à ses déclarations.

Ce ministre m'a exprimé sa conviction que le plan en question échouerait, pourvu que la Prusse persévérât dans ses vues et qu'elle affirmât hautement que, même en mettant les choses au pis, elle maintiendrait le traité du 7 septembre avec le Hanovre et le duché d'Oldenbourg tout seuls. »

22 décembre. — « En réponse au rescrit de Votre Excellence du 18 courant, sur la conduite que suivra probablement le gouvernement de la Hesse électorale dans la question du Zollverein, j'ai l'honneur de vous informer que, d'après un entretien que j'ai eu avec M. de Trott 3, la tendance qui domine sans contredit chez Son Altesse royale le prince électeur, est de se déclarer, dans toute les questions prêtant matière à discussion, en faveur de l'Autriche et contre la Prusse ; c'est un détail que Votre Excellence n'ignorait peut-être pas. Sans admettre d'une façon absolue la communication purement confidentielle de M. de Trott, que Son Altesse royale n'a pas sur la conduite des affaires de l'Etat une influence assez grande pour réussir à détacher la Hesse électorale de l'union douanière, je crois cependant être certain que la situation malheureuse qu'entraînerait pour le pays la dissolution du Zollverein donnerait une

1 Charge d'affaires de la Prusse en Suisse.

2 Conseiller de légation attaché à la députation représentant la Prusse à la Diète.

3 Conseiller intime, délégué de la Hesse électorale à la Diète.

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force considérable à l'opposition que ferait à un projet pareil le monde des commerçants et des fonctionnaires. J'aurai demain et après-demain quelques entretiens qui, je l'espère, me mettront à même de vous renseigner d'une manière plus positive à cet égard.

En attendant, il me semble que le gouvernement royal dispose, vis-à-vis du gouvernement hessois, d'un moyen coercitif suffisant dans le besoin qu'éprouve la Hesse électorale de l'appui de la Prusse auprès delà Diète pour le règlement de l'affaire de sa constitution. Les caisses publiques du pays sont entièrement vides, et tout ajournement de la mise en vigueur de la nouvelle constitution ne fait qu'augmenter les embarras du gouvernement. Je prends donc la liberté de proposer, sauf meilleur avis, qu'on tâche de retarder la solution de cette question, tant que cela pourra se faire sans trop donner l'éveil aux intéressés, et que la Hesse électorale persistera dans l'opposition systématique qu'elle fait à la Prusse dans l'assemblée fédérale aussi bien que dans les négociations pour l'union douanière.

Relativement au rapport de M. de Thiele l du 11 courant, je me contenterai aujourd'hui de constater que le Journal de Cassel, notamment dans ses articles de polémique, passe ici pour un organe du gouvernement autrichien plutôt que du gouvernement hessois; aussi, vu l'opposition passionnée que cette feuille fait à la Prusse à propos de toutes les questions, je ne puis la considérer comme une autorité sûre dans les affaires hessoises.

Plus encore que le Journal libéral de la Saxe, le Journal de Cassel fait pour la politique autrichienne ce service d'avant-poste qu'on abandonne d'ordinaire à des soldats de peu de valeur, aux Croates et aux Cosaques. »

10. Rapport sur la conduite à tenir à l'égard de la Suisse relativement aux réfugiés politiques.

22 décembre 1851. — (Le gouvernement badois, qui désire que la Prusse et l'Autriche prennent des mesures contre la Suisse, à propos

1 Conseiller de légation, ministre plénipotentiaire de Xassau à Cassel.

des menées des réfugiés politiques dont elle est devenue Fasile, espère une occupation éventuelle des parties du territoire suisse qui se trouvent de ce côté-ci du Rhin, par des troupes de la Confédération germanique.) « Sans ni'arrêler à cette considération que dans le cours de Tannée prochaine les choses pourraient facilement changer en France, que ceux qui détiennent le pouvoir dans ce pays seraient peut-être enchantés de trouver un prétexte de guerre quelconque qui aurait le caractère d'une provocation venant de l'Allemagne, et que, par suite, les conséquences d'une mesure aussi accentuée de la Confédération germanique seraient peut-être hors de proportion avec Futilité qu'on voudrait en retirer, il est une conviction qui s'est imposée à mon esprit, à la suite des délibérations de l'assemblée fédérale : c'est que le gouvernement badois, quelque valeur qu'il attache au secours de la Prusse quand vient l'heure du danger, n'est cependant guère disposé à lui donner l'équivalent auquel elle pourrait s'attendre pour sa protection. »

(Depuis peu de temps, les instructions données au représentant du grand-duché de Bade à la Diète, M. de Marschall, ont pris un tout autre caractère, et l'attitude de ce dernier dans l'assemblée fédérale tend de jour en jour à devenir plus «antiprussienne » .) « Empêcher les manifestations chez les représentants d'États secondaires n'est pas possible, pour moi, surtout ici, attendu que parmi mes collègues, y compris le comte de Thun, il n'y en aura pas, après le départ de M. de Schele, un seul qui se croie autorisé à dépasser d'une ligne la limite de ses attributions et à s'écarter en quoi que ce soit de la lettre des instructions qu'il a reçues. Aussi faut-il engager directement avec les cabinets les négociations qui doivent influer sur l'attitude politique et sur le vote de leurs délégués , d'autant plus qu'on ne trouverait que chez un ou deux de ces messieurs le degré d'autorité nécessaire pour pouvoir réagir par eux sur leurs gouvernements. Le déplacement d'une majorité qui nous est défavorable ne me parait possible qu'à la condition de suivre invariablement le système adopté par la Prusse, et de n'avoir des égards que pour les gouvernements allemands qui s'efforcent de les mériter. » „

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11. Rapport sur l'attitude de l'Autriche et la majorité de l'assemblée fédérale. Conséquences politiques,

22 décembre 1851. — « Ainsi que Votre Excellence l'a vu par le rapport immédiat d'aujourd'hui , les deux questions à propos desquelles s'est produite une divergence momentanée entre la politique de l'Autriche et celle de la Prusse, ont été de nouveau, dans la séance d'avant-hier, l'objet de longues et vives discussions : je veux parler du projet de politique commerciale et de la comptabilité de la flotte. L'attitude du cabinet de Vienne depuis que l'Autriche, par l'apaisement de sa situation intérieure, est de nouveau à même de prendre part à la vie politique de l'Allemagne, prouve d'une manière générale que le prince de Schwarzenberg ' ne se contente pas de reprendre la position que la constitution fédérale a faite à cette empire jusqu'en 1848, mais qu'il compte profiter des événements qui avaient mis l'Autriche à deux doigts de sa perte pour hâter la réalisation de vastes projets; il espère provoquer le retour de faits analogues à ceux qui, au commencement de la guerre de Trente ans, ont fait de l'Empereur le maître de l'Allemagne peu de temps après qu'il avait tremblé pour sa sécurité dans son propre château.

Il est naturel que pour le moment la lutte qui doit fortifier la position matérielle et augmenter le prestige de l'Autriche en Allemagne, s'engage, quitte à ne pas se décider, sur le terrain des délibérations de l'assemblée fédérale, et qu'elle s'engage même avec des chances de succès, car dans la situation actuelle la majorité de la Diète sera certainement favorable à l'Autriche, en cas de divergence avec la Prusse. Il faut chercher la raison de ce fait dans l'irritation et la méfiance que, depuis la révolution de mars, la plupart des cours moyennes d'Allemagne ont gardées vis-à-vis de notre politique. Dans les centres dont je parle, on prête facilement l'oreille à certaines insinuations : la Prusse, se dit-on, doit viser nécessairement, ne fût-ce qu'à cause de sa position géographique, à mettre

1 Le prince de Schwarzenberg était le président du ministère autrichien et ministre de la maison impériale.

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sous sa dépendance, à n'importe quel titre, les souverains allemands dont les pays touchent à nos frontières, et à exploiter dans ce but, au détriment des princes, les sympathies des peuples pour l'unité de l'Allemagne. L'Autriche, au contraire, berce les souverains particularistes de l'espoir qu'elle les rendra aussi indépendants, aussi autocrates que possible vis-à-vis de leurs sujets, et en même temps elle fait entendre que la position géographique des Etats secondaires, par rapport à l'Autriche, empêche cette dernière de viser à une suprématie qui serait la négation des rapports établis par l'ancienne constitution de l'Empire. Le souvenir de ce fait historique est moins désagréable à la plupart des princes que l'idée de la suprématie de la Prusse.

En outre, il faut compter sérieusement avec l'influence exercée sur la plupart des souverains allemands par leur entourage personnel. Ordinairement les personnages les plus influents de leurs cours appartiennent à une classe qui, par ambition, aimerait mieux voir l'Autriche que la Prusse à la tête des destinées du corps germanique. Ajoutez à cela qu'un grand nombre, voire les plus influents de cette catégorie, ont des fils ou des parents au service autrichien, et que leur sympathie s'augmente en raison de l'intérêt qu'ils portent aux leurs. Cçtte remarque s'applique non-seulement à l'Allemagne du Sud, mais encore à la Hesse, au Mecklembourg, et surtout au Hanovre.

Outre ces faits, qu'il n'est guère en notre pouvoir de modifier, j'ai pu constater qu'il en est un autre qui pèse d'un grand poids dans la balance. Les États allemands craignent les représailles de l'Autriche, tandis qu'ils s'attendent, en tout état de cause, à trouver chez la Prusse une bienveillance inaltérable. C'est ainsi que, par exemple, le gouvernement de Hanovre se laisse influencer par la crainte que sa conduite ne lui fasse refuser par l'Autriche son appui à la Diète dans des questions purement politiques. La Hesse électorale, par contre, qui a au moins autant besoin de l'appui de la Prusse à la Diète que de celui de l'Autriche, n'hésite pas à compromettre le premier en nous combattant ouvertement dans toutes les questions contentieuses.

Nos confédérés sont habitués à voir l'Autriche proléger ou

persécuter les gens, d'après les règles d'une réciprocité parfaite; ils savent que, le cas échéant, elle ne se laisserait pas détourner par des questions d'intérêt général ou de droit pur et simple, de rendre la pareille à ceux dont l'appui lui aurait fait défaut, lorsqu'elle y comptait.

Dans la constitution fédérale se retrouvent naturellement les inconvénients inséparables de l'influence des majorités : dans une affaire, on achète les voix dont on a besoin par des concessions faites dans une autre.

Les précautions prises par l'Autriche dans la question de la constitution de Hambourg ou dans le différend survenu entre le comte de Bentinck et le duc d'Oldenbourg ' à propos de la crise commerciale en sont des exemples. Je prends la liberté d'appeler votre attention là-dessus et de vous recommander la lecture de deux rapports datés d'aujourd'hui, dont l'un est relatif à l'affaire de la Hesse électorale et l'autre au vœu, formulé par le duché de Bade, qu'on agisse contre la Suisse.

Les délibérations d'avant-hier ont prouvé une fois de plus combien l'Autriche est décidée à exploiter la majorité qu'elle trouve dans l'assemblée fédérale, sans tenir aucun compte des garanties formelles que la minorité peut invoquer : procédé que les créateurs de la Confédération étaient sans doute loin de considérer comme l'idéal de la constitution fédérale, alors que la Prusse consentait à accorder quinze voix sur dix-sept aux États dont la population totale était moindre que la sienne, et se contentait d'une seule voix.

Dans la séance du 8 juillet, à propos des avances à faire pour la flotte, le comte de Thun et plusieurs autres délégués ont répondu, au vœu que j'avais exprimé d'entendre citer l'article du code fédéral sur lequel l'assemblée comptait fonder sa compétence, que cela était inutile; que la Diète était compétente pour résoudre toutes les questions sur lesquelles elle affirmait sa compétence; que c'était plutôt à la Prusse de citer un texte de loi à l'appui de ses prétentions, si elle voulait attaquer une décision de l'assemblée fédérale. Confiant

1 Relativement aux réclamations du comte de Bentinck, qui demandait l'établissement d'un gouvernement légitime dans la seigneurie de Kniephausen (prot. 1851, S 155, 172 et 259), il y avait plusieurs divergences entre l'Autriche et la Prusse

dans la toute-puissance de la majorité, le comte de Thun a jugé inutile de motiver la résolution du 8 juillet. Je n'ai pas besoin d'ajouter que j'ai combattu énergiquement toute cette argumentation .

La conduite de l'assemblée à l'égard de la Prusse, dans la publication des comptes rendus, n'a pas été moins cavalière. Avant l'élection du comité qui devait examiner cette question, le comte de Thun me demanda si je désirais en faire partie. Je lui répondis affirmativement, ce qui ne l'empêcha pas de faire passer à M. de Nostitz un billet que lurent ensuite M. de Reinhard et beaucoup d'autres, ainsi qu'une liste des candidats agréables , sur laquelle mon nom ne figurait pas. J'ai appris plus tard qu'il avait fait échouer mon élection en travaillant contre moi avant la séance, bien que récemment encore il m'exprimât ses vifs regrets de n'avoir pu faire sortir mon nom de l'urne. Ces faits, ainsi que l'énergique refus du comte de Thun de communiquer avant l'impression les procès-verbaux à la Diète ou à quelques délégués, prouvent jusqu'à l'évidence qu'on regarde réellement comme possible d'arriver, en s'appuyant sur la majorité, à faire des publications officielles l'organe d'un parti . C'est à la Prusse seule qu'il appartient de combattre ce projet ; le petit nombre de délégués qui, par sentiment du droit ou par attachement pour nous, désapprouvent les agissements de la majorité, n'osent pas tenir tête au comte de Thun.

La majorité de l'assemblée est toute prête à faire triompher son système; l'ensemble avec lequel elle a adopté la motion du comte de Thun tendant à faire donner au comité de rédaction une indemnité, l'a montré. Personne n'avait songé à interpréter la résolution sur la publication des séances de la Diète en ce sens que le comité devait être libre d'ajouter au résnmé des extraits ad libitum empruntés aux procès-verbaux antérieurs, et de présenter ces fragments de manière à dénaturer le véritable caractère des faits...

Je propose donc à Votre Excellence qu'elle veuille bien m'autoriser d'une manière générale à observer une plus grande réserve dans l'accomplissement de l'œuvre politique que nous poursuivons avec nos confédérés, jusqu'à ce que ces derniers aient acquis la conviction qu'ils doivent mériter notre bienveillant concours par une attitude plus conciliante. Selon moi, cette conduite pourrait avoir

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une certaine influence sur les affaires pendantes : au lieu d'adhérer purement et simplement aux vœux que forment le gouvernement de la Hesse électorale et l'Autriche à propos des difficultés de la première, nous les traînerions en longueursans avoir l'air d'y mettre de l'intention; d'autre part, nous ferions une réponse dilatoire au gouvernement badois en ce qui concerne l'intervention qu'il réclame contre la Suisse; de plus, nous fournirions plus de matériaux à la presse et nous la laisserions plus libre dans ses critiques de la politique de la Diète; et pour la proposition qui vientd'êtreprésentée à notre seconde Chambre, proposition qui décline la compétence de la Diète en ce qui concerne la constitution de la Prusse, le gouvernement royal garderait tout au moins une attitude passive. Dans le cas où Votre Excellence ne voudrait pas aller aussi loin dans cette dernière question, on agirait auprès de certains membres de la droite, sur lesquels on peut compter d'une manière absolue, et l'on s'assurerait de la majorité en faveur de cette proposition, ce qui n'empêcherait pas le gouvernement royal d'exprimer sa satisfaction de l'accueil favorable fait à la motion par notre Chambre, et en même temps sa résolution de ne pas laisser préjuger la ligne de conduite qu'il suivra dans la politique extérieure.

Je me rangerais volontiers à l'avis de Votre Excellence si elle trouvait qu'il est imprudent et intempestif de s'engager dans une pareille voie; mais je n'ai pas voulu manquer de soumettre aux lumières de Votre Excellence les vues que m'ont suggérées les faits que j'ai constatés ici l. »

1 Le ministre de Manteuffel répondit à M. de Bismarck, le 25 décembre 1851, que son rapport confirmait pleinement ce qu'il avait pu constater lui-même des intentions de la cour impériale. Ces intentions, dit-il, qui depuis quelque temps ne se sont affirmées que trop nettement, demandent que la Prusse examine sérieusement les moyens à leur opposer. Il est certain que cet examen devra porter sur la question de savoir jusqu'à quel point on peut tirer parti des délibérations de la Chambre pour faire une démonstration énergique contre les prétentions de l'Autriche à la prépondérance. Quant aux voies et moyens d'arriver à ce résultat, le ministre Manteuffel désirait en conférer de vive voix avec M. de Bismarck; aussi le priait-il de se rendre à Berlin, en tout cas, avant la réouverture des Chambres, par conséquent avant le 5 janvier 1852.

12. Rapport sur V attitude de la H esse électorale dans la question du Zollverein,

24 décembre 1851. — « A la suite du rescrit de Votre Excellence du 18 de ce mois, j'ai cru devoir, autant que me le permettaient les relations que j'ai ici, recueillir des données aussi complètes et aussi sûres que possible sur les sentiments et sur les tendances qui régnent à Cassel au sujet de l'union douanière. Je me suis donc mis en rapport avec le baron de Léonhardi, ministre résident du grand-duché de Hesse, et le conseiller intime aux finances, M. Biersack, également de la Hesse, avec M. Rommer, conseiller aux finances et plénipotentiaire du Zollverein au service de la Hesse électorale, ainsi qu'avec quelques notables négociants d'ici.

Ceux-ci sont unanimes à dire qu'il est impossible que la Hesse électorale se détache du Zollverein et de la Prusse pour entrer dans une union douanière qui se formerait sous les auspices de l'Autriche, même dans le cas où quelques Etats de l'Allemagne du Sud accéderaient à cette union.

Ainsi qu'on me l'a fait observer, tout condamne une pareille scission ; pas une raison sérieuse ne peut être invoquée en sa faveur l. »

1 o Une scission, continue M. de Bismarck, jetterait la perturbation la plus complète dans les finances du pays ainsi que dans sa situation industrielle.

Dans cette question, il y a lieu de considérer pour la Hesse électorale :

1° Le point de vue financier. — La Hesse électorale ne peut pas se passer de la part qui lui est attribuée dans les revenus du Zollverein, sans tomber dans les plus grands embarras.

2° Le point de vue du trafic. — Il s'est établi une foule de relations industrielles et commerciales entre les habitants de la Hesse électorale et les Etats voisins, notamment avec les duchés de la Thuringe, la Prusse, la Saxe et le Hanovre ; les interrompre ou même les détruire à la rigueur serait pour la Hesse électorale une démarche extrêmement grave. La perturbation qui en résulterait atteindrait surtout les intérêts économiques grands et petits dans lesquels le gouvernement a trouvé jusqu'ici son appui le plus solide; même les petites industries n'y échapperaient pas.

3° Le point de vue des limites. — La Hesse électorale confine en grande partie à des Etats avec lesquels elle entretient les relations les plus étroites, et qui resteront, en tout état de cause, fidèles au Zollverein, notamment les Etats thuringiens; aussi, dans le cas où elle entrerait dans une union douanière établie par l'Autriche, nous nous verrions dans la nécessité de surveiller une ligne de frontières relativement étendue.

4° Le point de vue industriel. — La Hesse électorale possède peu de grands

1 5. Rapports, lettres et dépêche sur la question de la flotte.

27 décembre 1851. — a Je viens de remettre à la séance de la Diète la déclaration dont j'ai l'honneur de vous adresser ci-joint la copie l. Dans un entretien confidentiel que j'ai eu à la suite de cette démarche, on m'a objecté que même si la Diète consentait purement et simplement à adopter la proposition de la Prusse, demandant le partage immédiat du matériel de la flotte, il faudrait pour cela plus de temps qu'il ne nous en reste jusqu'au 31 décembre courant; que la Prusse avait posé comme condition formelle du payement de sa part des dépenses, que la question de la flotte serait résolue au 1er janvier de l'année prochaine; et, si l'on admettait d'une façon absolue cette manière de voir, on ne pourrait plus pourvoir à l'entretien de la flotte jusqu'à ce qu'il fût possible de satisfaire la Prusse; qu'il faudrait donc, dans l'intervalle, recourir à un emprunt et peut-être même remettre des vaisseaux en gage à une maison de banque. Je répondis que la mise en gage des vaisseaux était une mesure qui soulèverait l'opinion publique et serait certainement interprétée d'une manière fâcheuse pour la Confédération; ne vaudrait-il pas mieux en ce cas, ajoutai-je, remettre ces vaisseaux en gage à un gouvernement allemand disposé à se charger de ce dépôt?

Je prends la liberté de demander à Votre Excellence l'autorisation de déclarer à l'assemblée fédérale que, si elle consentait à remettre au gouvernement royal, à titre de gage, un nombre de vaisétablissements industriels ; encore ceux-ci ne sont-ils en relations d'affaires qu'avec les Etats voisins. Son entrée dans le Zollverein ne lui vaudrait aucun avantage matériel. Aussi les personnes désignées ci-dessus ont-elles la ferme conviction que le ministre Hassenpflug lui-même, qui connaît les intérêts matériels de la Hesse électorale, qui les a beaucoup ménagés lors de son administration, qui a même amélioré la situation économique de son pays, n'oserait pas recommander d'une manière tant soit peu sérieuse la séparation de la Hesse électorale d'avec le Zollverein et la Prusse. De plus, toits les employés des finances, tous les employés aux contributions bessois demandent énergiquement que le pays continue de faire partie du Zollverein; tel est surtout le cas du conseiller dos finances Diising, dont les lumières et l'expérience sont d'un très-grand poids auprès du gouvernement de la Hesse électorale. »

1 D'après le contenu de cette déclaration, la Prusse ne voulait se prêter à un nouvel arrangement dans la question de la flotte fédérale qu'après que celle de l'escadre de la mer du Nord aurait été résolue.

seaux proportionné aux sommes verséesjusqu'à ce jour par la Prusse pour l'entretien de la flotte, celles qui avaient été inscrites pour le 8 juillet seraient également payées... »

^décembre. — v ...Dansunlongtête-à-tèteqùejeviensd'avoiravec le comte de Thun, il a commencé par me déclarer que la tournure désagréable prise par les affaires depuis quinze jours ne lui permettait pas, à cause de sa santé, d'en conserver encore longtemps la direction, et qu'il préférerait demander sonrappel.il m'assura avoir sollicité du prince deSchwarzenberg un congé de trois semaines pour se remettre, et avoir manifesté le désir de se faire suppléer par la Prusse pendant ce congé; mais en présence de l'attitude actuelle de la Prusse, attitude qui se révèle surtout dans les articles violents et haineux publiés par les feuilles officielles et semi-officielles, il se voyait forcé de retirer sa demande afin d'assurer le maintien de la paix dans l'assemblée fédérale. Il ajouta que l'incompréhensible vivacité, l'hostilité inexplicable de la Prusse à l'égard de l'Autriche dans la discussion sur les agissements du comité de publication, l'affectaient d'autant plus péniblement que dans certains articles de journaux il avait souvent reconnu mes expressions, et que dans toute cette affaire la faute retombait sur lui personnellement, parce qu'il n'avait pas empêché une publication qui, dans tous les cas, aurait pu être soignée davantage; qu'il n'avait jamais eu de mauvaise intention, et que personne n'était plus convaincu que lui de la nécessité de marcher d'accord avec la Prusse, accord sans lequel tous les efforts seraient stériles. Il prétendait en avoir donné la meilleure preuve en empêchant de toutes ses forces que l'irritation de ses collègues contre la Prusse n'éclatât sous une forme officielle grave. Notre opposition aux résolutions de la majorité finira, selon lui, par briser la Confédération.

Je remarque en passant que les affaires désagréables qui assaillent le comte de Thun assombrissent son humeur et altèrent sa santé par suite de l'irritabilité nerveuse de sa constitution, sujette aux insomnies et aux migraines. Cela tient en partie à ce qu'il ne sait pas distribuer régulièrement son temps, et que, vu son caractère, il éprouve de la difficulté à séparer les fails des personnes. Je déplore de tout

cœur la fâcheuse disposition où il se trouve, et je serais fort contrarié si l'Autriche le remplaçait par quelqu'un d'autre, car il y a tout à parier que son successeur serait plus prudent et plus discret, tout en restant un instrument fidèle de la politique du prince de Schwnrzenherg.

J'ai cherché à calmer le comte en lui disant que la conduite du gouvernement prussien n'avait nul rapport avec sa personne; que les divergences dont il se plaignait existaient non pas entre nous personnellement, mais entre les cabinets ; que même là elles étaient involontaires et la suite de circonstances historiques et politiques; que nous étions donc fondés à croire que la nécessité de l'accord avec la Prusse n'était pas aussi évidente pour son cabinet que pour luimême, et que, par suite, nous nous trouvions heureusement à même d'insister avec fruit sur les fâcheuses conséquences du défaut d'entente; que si l'on voulait appliquer dans l'assemblée fédérale le système de la majorité dans toute sa rigueur et former une autorité qui s'imposât de force à la Prusse, on chargerait les liens de l'unité allemande d'un poids qu'ils seraient incapables de porter. La constitution fédérale n'a pas pour but, selon moi, de donner en tout état de cause la force obligatoire aux décisions dans lesquelles l'Autriche ou la Prusse se trouverait en minorité; aussi a-t-on appliqué jusqu'en 1848 le principe de la majorité cum grano salis ; malgré les cas fréquents où des propositions présentées par l'Autriche et par la Prusse sont tombées, je ne crois pas qu'on ait pris à cette époque des décisions importantes, lorsqu'elles avaient été combattues énergiquement par l'une des deux grandes puissances; on n'avait pas l'idée qu'on pût éliminer le dualisme séculaire de l'Allemagne par le mécanisme des majorités.

Je n'importunerai pas Votre Excellence de ce que nous avons dit l'un et l'autre pour justifier l'attitude prise par nos cabinets dans la question de politique commerciale et dans d'autres qui les divisent.

Dans la question de la flotte elle-même, ce que nous voulons peut, à mon avis, se résumer en ce point : sortir du provisoire en partageant les navires propres au service et en vendant ceux qui ne le sont pas; nous prendrons notre part in nainra...

Dans tous les cas, je prie Votre Excellence, si elle daigne approu-

ver ma manière de voir, de vouloir bien me donner des instructions sommaires par voie télégraphique; il faut que je puisse agir promptement et sûrement pour obtenir le résultat auquel je voudrais arriver. Si Votre Excellence n'approuve pas ma proposition, je ne vois qu'un moyen à employer, c'est d'attendre que les autres proposent une solution. »

28 décembre. — (Lettre particulière.) — « ...La guerre de presse que nous avons faite à propos de la publication des délibérations de la Diète a causé une impression aussi profonde que douloureuse ; elle a rappelé tant soit peu ces messieurs à la raison. Pour le moment, je proposerais, sauf meilleur avis, de faire trêve, afin de ne pas habituer l'adversaire à nos attaques.

Si Votre Excellence le permet et si les affaires d'ici le comportent, je voudrais bien retourner à Berlin pour le moment de la réouverture des Chambres ou après; j'attendrai les ordres de Votre Excellence.

Dans les propositions que j'ai faites aujourd'hui et hier au sujet de la flotte, j'ai supposé qu'en tout cas nous conserverions une marine raisonnable.

Ne serait-il pas opportun d'essayer de s'entendre avec le Hanovre sur les propositions à émettre dans la question des vaisseaux ? Peutêtre M. de Schele proposera-t-il lui-même la création d'une flotte commune par l'Allemagne du Nord ; à la suite du vote d'hier, il faut qu'il renonce à tout espoir d'arriver par une autre voie à quelque chose de sérieux. Si nous le proposons, le coursier blanc des Guelfes pourrait se cabrer en sentant la selle et la bride. »

29 décembre. — « J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence d i résultat de la séance de la commission nommée pour régler l'affaire de la flotte. A la suite d'un entretien confidentiel que j'avais eu avec le comte de Thun, dans lequel je soutenais que la Prusse ne payerait pas en cas de non-exécution de ses conditions, le comte déclarai la commission qu'il ne voyait aucun autre moyen de sortir d'embarras que de remplir de fait les conditions posées par la Prusse. »

M GORRESPOXDAXCE DIPLOMATIQUE

3 janvier 1852. — « M. cTEisendecher est parti ce matin pour Hanovre, où il arrivera demain dans l'après-midi '

Nous n'avons demandé qu'un nombre de vaisseaux peu considérable et par cela même parfaitement normal, tandis que le Hanovre ne revendiquera pour lui-même et les États partisans de la création d'une flotte dans la mer du Nord, pas même tous les vaisseaux qui resteront après défalcation de ceux qui auront été attribués à la Prusse.

Si les démarcbes de M. d'Eisendecher restent sans résultat, il est probable que, malgré les protestations de la Prusse, la Diète s'adressera à une maison de banque pour contracter un emprunt, avec ou sans la mise en gage des vaisseaux. On nous en veut toujours beaucoup pour notre refus persistant de payer, et je crois qu'on n'acceptera pas facilement nos conditions. Dans ces circonstances, il m'a paru peu sage de quitter Francfort, malgré le plaisir que j'aurais à assister à l'élection du président de la Chambre 3. »

10 janvier. — (Dépêche télégraphique au conseiller de légation Wentzel 3.) — « La Prusse ne considère pas l'emprunt projeté comme un emprunt fédéral; on n'a pas le droit de détourner de leur destination les deniers de la Confédération qui sont déposés dans les caisses de la maison Rothschild, deniers dont l'emploi est réglé par des traités. Protestez auprès de MM. Rothschild contre l'emploi ou la consignation de cet argent; nous nous réservons le recours contre la maison Rothschild pour tout préjudice qu'entraînerait pour nous ou pour la Confédération l'affectation de cet argent à un usage illégal. Suspendez jusqu'à nouvel ordre le payement de toute somme aux caisses fédérales , même de celles qui sont déjà ordon-

1 Dans la séance tenue par la Diète le 31 décembre 1851, on avait pris une résolution relativement à la question de la flotte , mais on n'était pas parvenu à se mettre d'accord. Le vote de M. de Bismarck fut contraire aux propositions de la commission. (Cf. prot. 1851, § 281.)

2 M. de Bismarck partit le 6 janvier pour Berlin, sur la demande du ministre.

3 Dans la séance du 7 janvier 1852, la Diète avait décidé après des débats trèsanimés de contracter un emprunt et de s'adresser pour cela à la maison Rothschild, en lui laissant à titre de nantissement l'argent de. la Confédération qui était déposé dans ses caisses jusqu'à concurrence des versements non effectués sur les sommes fixées par la Diète le 28 avril et le 8 juillet 1851. — M. Wentzel, conseiller de légation prussienne à Francfort.

nancées. Instruisez confidentiellement le comte de Thun de ce dernier point; dites-lui aussi qu'en cas de besoin, nous ferons faire une protestation notariée. Rothschild n'est pas tenu à se conformer aux décisions de la présidence de la Diète en matière d'emprunt; il avancera l'argent à ses risques et périls \ »

7 février. — (De nouvelles propositions, très-nettes, mais en même temps plus conciliantes , avaient été faites par le gouvernement prussien dans la question de la flotte. On pouvait en espérer un résultat favorable pour la position de la Prusse dans rassemblée fédérale, quand même elles seraient rejetées.)

« Il faudrait que la grande majorité des gouvernements fédéraux se mît en contradiction formelle avec les idées qu'elle a professées jusqu'à ce jour, pour que, dans la discussion des propositions dont il s'agit, l'Autriche ne fût pas réduite, dans la question de la flotte, à un isolement tel qu'a été le nôtre jusqu'à présent. Notre position était devenue difficile parce que dans une affaire où la majorité des gouvernements est d'accord avec nous, mais non avec l'Autriche, nous avons évité, par égard pour le gouvernement impérial, de soutenir notre principe avec toutes ses conséquences. Par contre, depuis le mois de septembre de Tannée dernière, l'Autriche a quitté le terrain sur lequel nous nous étions rencontrés jusqu'alors; depuis cette époque elle n'a cessé d'exploiter contre nous la divergence d'idées qui existait entre nous et les autres confédérés, divergence qui provenait uniquement de ce que nous continuions de suivre la voie que nous avions choisie d'un commun accord. Le revirement auquel il faut s'attendre deviendra plus complet à mesure que nous sortirons de cette fausse position

1 Le 10 janvier 1852, le conseiller de légation Wentzel télégraphie qu'il a remis à M. de Rothschild en personne la protestation qu'il avait été chargé de déposer. M. de Rothschild hésite, dit-il; il ne sait que faire, il est dans un emharras et dans une agitation extrêmes. Le 11, M. Wentzel télégraphie que, malgré toutes les représentations possibles, Rothschild veut payer Je lendemain 60,000 florins et renvoyer la protestation. Il dit que le comte de Thun est très-monté. « Il regarde la protestation comme une offense à toute la Confédération , comme une insulte à la Diète et à ses résolutions. Je vous adresse un rapport circonstancié sur le désir qu'il manifeste de cesser de représenter la Prusse dans ces conditions. La situation est tout à fait tendue. »

Le prince Gortschakoff est arrivé ici ; il a pour mission, paraît-il, de travailler à rétablir la paix dans l'assemblée fédérale. Jusqu'à présent son opinion sur la situation a une forte teinte austro-wurtembergeoise ; on voit qu'il est venu de Stuttgart avec des idées toutes faites, idées que M. de Budberg était loin de partager lorsque j'étais à Berlin... »

1 9 février. — {Lettre particulière autographe . ) — a J'ai eu aujourd'hui une longue conversation avecle comte deThun Il prétendait

que la Prusse avait voulu chasser l'Autriche de l'Allemagne et créer une flotte commune. Je lui ai répondu que cela nous serait trèsfacile, grâce à la tournure que venaient de prendre les affaires, et que nous n'aurions qu'à déclarer dans la prochaine séance que la Prusse était prête à contribuer pour une somme considérable à la construction d'une flotte de la mer du Nord. L'arrêté du 24 (janvier) demande aux Etats allemands des déclarations de ce genre, et beaucoup de délégués, peut-être la plupart d'entre eux, craignent assez l'opinion publique et leurs Chambres pour hésiter à repousser cette chance de conserver la flotte. La possibilité d'une proposition pareille de notre part a visiblement effrayé le comte de Thun, et en effet elle ne tendrait à rien moins qu'à provoquer, non pas directement, mais conformément aux vœux de la Confédération, l'établissement d'une union maritime entre la Prusse et le Hanovre. Si vous voulez que je fasse, lors du vote, une allusion générale à cet égard, ne fût-ce qu'à titre de diversion, ou que j'en parle confidentiellement à mes collègues, vos instructions pourraient m 'arriver encore à temps utile par la voie télégraphique. La séance n'aura certainement pas lieu avant vendredi, et encore aura-t-elle probablement un caractère confidentiel; quant au vote, il est fixé à samedi, s'il faut en croire le comte de Thun.

En ce qui concerne la question de principe relativement à la répartition définitive des frais d'entretien de la flotte, il ne me paraît plus impossible que l'Autriche fasse des concessions et qu'elle s'entende avec nous; mais, à vrai dire, il n'y a pas moyen de se procurer immédiatement les sommes nécessaires : on ne peut faire ni emprunts ni virements à cause de nos protestations, ni mettre des

vaisseaux en gage à cause des réclamations des Etats riverains de la mer du Nord et de l'opposition probable de la majorité. Le comte de Thun et le prince Gortschakoff ont dit tous les deux aujourd'hui que rien ne serait plus heureux pour l'Allemagne que si une pomme de discorde aussi insignifiante que la flotte disparaissait sans laisser de trace ; le comte avouait qu'il dirait bien son Pater, peccavi, si c'était un moyen de sortir d'embarras. »

17 février. — « ...Ce serait à mes yeux un grand succès pour notre politique, si cette question de la flotte qui a absorbé la Confédération pendant près d'une année entière, pouvait être, grâce à l'initiative de la Prusse, résolue en peu de temps et d'une manière qui répondit à l'intérêt passionné qu'elle inspire au public *. »

14. Rapport immédiat sur la réélection du prince Louis-Napoléon Bonaparte comme président de la République française pour dix ans.

tt février 1852. — a Le comte de Thun a présenté officieusement à la séance de la Diète du 20 février le projetde la réponse, conçue en termes généraux, qu'il a l'intention d'adresser au président de la République française, lequel a notifié sa réélection à la Diète. Bien que rassemblée fédérale n'ait pas à s'émouvoir de la communication purement officieuse d'une note à adresser à un gouvernement étranger au nom de la Confédération, j'ai cru devoir me départir pendant la séance de cette règle, parce que mon opposition aurait pu facilement prêter à toute sorte de suppositions sur une tension existant entre le gouvernement de Votre Majesté Royale et le cabinet autrichien, et contribuer à ajourner l'entente que nous voudrions voir s'établir avec l'Autriche dans la question de la flotte. Je me suis donc borné à dire au comte de Thun , après la séance, que l'opinion bien arrêtée de la Prusse était que le président avait besoin de l'autorisation de la Diète pour toutes les communications qu'il avait à faire à des gouvernements ou à des envoyés étrangers, et que, par conséquent,

1 M. de Bismarck se rendit à Berlin le 21 février.

38 CORRESPOXDAXCE DIPLOMATIQUE

la forme et la rédaction, qui sont la partie essentielle de ces sortes de communications, devaient être soumises à l'approbation de rassemblée. »

1 5. Rapport et Noie sur les négociations engagées avec le duc cl 'Augustenbourg .

9 mars 1852. — « Pour faire suite à mon rapport d'hier *, j'ai Fbonneur d'informer Votre Excellence que Son Altesse le duc d'Augustenbourg a quitté Francfort, non pour aller à Berlin, mais, ainsi que madame la ducbesse me Fa appris hier, pour se rendre à Gotha. Ce voyage lui a été conseillé par son médecin. Je prends la liberté de vous adresser, en même temps que ce rapport, un article du Correspondant de Hambourg, qui contient des tournures et des expressions identiques avec celles dont Mgr le duc s'est servi à plusieurs reprises dans les entretiens qu'il a eus avec moi; j'en conclus que Son Altesse n'est pas étrangère à la rédaction de cet article. »

31 tnars. — (Note au duc Christian-Auguste de Schleswig-Holstein-Sonderburg-Augustenburg.) — « Sa Majesté le Roi, mon trèsgracieux Maître, voulant vous témoigner le vif intérêt qu'elle porte à tout ce qui touche Votre Altesse, m'a chargé de faciliter l'entente entre vous et les plénipotentiaires de la couronne de Danemark. Elle m'a autorisé à me servir à cet effet de tous les moyens dont mon gouvernement peut disposer dans cette affaire. J'ai donc l'honneur de soumettre respectueusement à Votre Altesse les propositions du gouvernement royal de Danemark, telles qu'elles m'ont été communiquées dans une note de M. le chambellan de Biïlow, datée du 12 de ce mois

Sa Majesté le roi de Danemark offre d'acheter à Votre Altesse des biens situés dans le duché de Schleswig sous les conditions suivantes :

1 Rapport du 8 : s Son Altesse est partie d'ici avant-hier matin pour Berlin, aije dit dans la dépêche télégraphique par laquelle j'annonçais son départ; cela tenait aux renseignements que m'avaient fournis les domestiques de l'hôtel habité par le duc. t>

Sa Majesté consent à payer pour ces possessions 1,500,000, thaï, en monnaie spéciale ou 2,250,000 thaï, en monnaie prussienne, en prenant à sa charge les dettes dont elles sont grevées, soitla somme de 504,000 thaï, (en monnaie prussienne). Sa Majesté suppose que Votre Altesse, par contre, est prête à céder à la couronne de Danemark, en toute propriété, les biens qu'elle possède dans le Schleswig ainsi que dans l'île d'Alsen, avec toutes leurs dépendances; qu'à l'avenir Votre Altesse et la famille ducale demeureront hors du royaume, du pays et des provinces soumis au sceptre du roi de Danemark; qu'elle renonce, pour elle et pour sa famille, à y faire jamais l'acquisition d'un bien-fonds quelconque; en outre, que Votre Altesse promet de la manière la plus solennelle, en son propre nom et en celui de toute sa famille, de ne rien entreprendre qui soit de nature à troubler ou à compromettre, de quelque manière que ce soit, la paix des États du Roi, et qu'elle s'engage également, en son propre nom et en celui de sa famille, à ne s'opposer jamais et dans aucune circonstance, soit aux résolutions que le Roi pourra prendre relativement à l'ordre de succession pour tous les pays réunis actuellement sous le sceptre de Sa Majesté le roi de Danemark, soit à une modification quelconque de l'organisation de la monarchie »

16. Rapport sur les conférences de la coalition de Darmstadt.

Q avril 1&52. — a Le comte de Thun ainsi que le baron deSchrenk, ambassadeur royal de Bavière, et le représentant de la Saxe royale, M. le conseiller intime de Nostitz, sont allés hier dans l'après-midi à Darmstadt, à cause des conférences qui ont eu lieu dans cette ville1.

Ce matin, ces trois messieurs sont rentrés à Francfort, mais ils sont repartis pour Darmstadt après une séance de la commission qui a eu lieu aujourd'hui. Le ministre Von derPfordten, qui va retourner demain matin à Munich, a reçu la nuit dernière, par un courrier

1 La conférence de Darmstadt avait pour but d'amener une entente entre les gouvernements de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, des deux liesses et de Nassau dans les discussions sur la question douanière.

venant d'Aschaffenbourg, la nouvelle de la mort du prince de Schwarzenberg. Ainsi qu'on le dit partout, cela a été un véritable coup de foudre pour les membres de la conférence, qui se trouvaient alors réunis \ »

17. Lettre particulière sur l'accession de la Confédération à la conférence de Londres pour le règlement de l'ordre de succession au trône de Danemark et la question du Holstein.

6 ai?n/1852. — "J'ai reçueelteaprès-midi, par un exprès d'Erfurt, la communication que Votre Excellence m'a faite , le 4 du mois courant2, relativement à l'affaire danoise; j'y ai vu les intentions de Sa Majesté sur la part que la Confédération doit prendre aux transactions qui vont être proposées et débattues. Tout en vous demandant d'ajourner -un rapport officiel sur cette affaire jusqu'à ce que j'aie essayé de sonder le terrain autant que la prudence le permettra, je m'empresse d'exposer à Votre Excellence ce que j'ai pu apprendre jusqu'à présent sur la situation telle qu'elle se présente ici.

Ce matin, j'ai eu un entretien confidentiel avec M. de Scbrenk, le représentant de la Bavière à la Diète. Je l'ai sondé sur la manière dont il y aurait lieu de traiter la question du Holstein, quand elle sera portée prochainement devant l'assemblée fédérale, sur l'initiative de la Prusse et de l'Autriche. Il m'a répondu nettement que l'assemblée prendrait connaissance de la proposition des grandes

1 Les conférences s'ouvrirent le 3 avril 1852 et ne durèrent que jusqu'au 6 avril. Les gouvernements représentés aux conférences n'arrivèrent pas à s'entendre sur la question la plus importante, la conduite à tenir vis-à-vis de la Prusse, dans le cas où celle-ci persisterait à s'en tenir au traité de septembre, comme on pouvait le prévoir. Pour plus de détails, voir M. Weber, le Zollverein allemand, Leipzig, 1869, p. 304 et suiv.

2 Le ministre Manteuffcl priait M. de Bismarck de lui dire si, d'après les sentiments et les vues de ses collègues, on pouvait toujours s'attendre à ce que la Confédération germanique accédât à la convention qui devait être arrêtée par les puissances européennes à Londres, relativement au règlement de l'ordre de succession au trône de la monarchie danoise, et si cette accession aurait lieu sans condition et sans qu'on apportât quelques modifications aux stipulations proposée

puissances, sans s'occuper de lui donner une solution. Ensuite je lui ai demandé incidemment s'il était désireux d'apprendre où en étaientlesnégociationsengagées avec le duc d'Augustenbourg. Il m'a fait observer que celte affaire était sans importance pour la Bavière, et que pour lui elle avait tout au plus un intérêt de simple curiosité. D'après ce que j'ai pu constater, ce qui a fait parler ainsi M. de Schrenk, notamment en ce qui concerne la conduite de l'assemblée fédérale dans la question du Holstein, c'est uniquement le désir des États moyens et des petits Etats de ne pas heurter l'opinion publique en prenant part à la solution de questions irritantes, et de pouvoir, vis-à-vis de leurs Chambres, rejeter sur les deux grandes puissances de l'Allemagne tout l'odieux des mesures impopulaires qui peuvent être arrêtées par la diplomatie européenne.

En dehors des représentants de ces deux Etats, il n'y a pas parmi mes collègues, à l'exception de MM. de Bûlow, Oertzen et peut-être de Bothmer, un seul qui ne se laisse guider par le qu'en dira-t-on dans la presse et les Chambres plus que par des considérations vraiment politiques. La plupart d'entre eux n'ont pas d'idées personnelles et ne sont que le fidèle écho de la politique des gouvernements qu'ils représentent, et plus ces gouvernements éprouvent un besoin impérieux de réaction territoriale, plus ils s'appliquent à flatter Y opinion publique, dans les pays où ils ne croient pas qu'elle puisse compromettre leurs intérêts particuliers. A l'appui de cette manière de voir, confirmée par l'expérience de tous les jours, je citerai les faits suivants : le maintien officiel des trois couleurs noir, rouge et or qui flottent toujours sur le palais de la Diète, bien que chacun de mes collègues désire les voir supprimées et que dans les places fortes on les supprime; la conduite tenue dans le licenciement de la flotte, désiré depuis longtemps par quatorze voix sur dix-sept, sans que les partisans de cette mesure aient jamais eu le courage de le demander tout haut; et lorsque la Diète prit une résolution dans ce sens, chaque Etat confédéré refusa de nommer un des trois commissaires chargés d'assurer l'exécution de la résolution de l'assemblée; il en résulte que nous sommes obligés de nous adresser à de simples particuliers pour trouver un commissaire; enfin dans la question de la constitution du Hanovre et de

celle de la Hesse, où neuf voix seulement, au premier scrutin, ont osé exprimer ouvertement une conviction qui, au fond, était celle de tous les gouvernements en ce qui concernait la Hesse, et de presque tous en ce qui touchait le Hanovre. C'est encore à ce même esprit que la demi-mesure prise dans la publication des délibérations de la Diète doit son existence, demi-mesure qui ne laisse pas d'inquiéter ces messieurs, malgré l'étroitesse de leurs vues.

Que Votre Excellence me pardonne ces longueurs; il faut que j'appuie ma manière de voir par des faits, ainsi que le désire Sa Alajesté le Roi.

D'après ce qui précède , je ne crois donc pas me tromper en prédisant que tous nos confédérés, à peu d'exceptions près, désireront rester étrangers à la solution de la question danoise, et qu'ils aimeront accueillir, quitte à protester ensuite, le résultat des délibérations des grandes puissances européennes comme un fait accompli regrettable.

A vrai dire, je ne puis prévoir jusqu'à quel point la conduite de l'Autriche dans cette affaire sera déterminée par les vœux de la Russie ; mais d'ordinaire la politique de Vienne, telle que le comte de Thun la représente, ne cherche pas, selon moi, à empêcher la Confédération de prendre un rôle dans les relations internationales. Au contraire, mon collègue autrichien rêve peut-être d'absorber Faction internationale de la Prusse par celle de la Confédération, et d'étendre de plus en plus sous ce rapport le pouvoir présidentiel. L'entrée de l'Autriche tout entière dans la Confédération formerait la base de ce système, et l'union douanière serait le terrain sur lequel il pourrait s'élever. Du reste, j'ai pu me convaincre par des conversations particulières aussi bien que par des faits publics que la présidence a toujours saisi avec empressement toute occasion de faire intervenir la Confédération dans des négociations diplomatiques comme puissance particulière, quoique collective.

Si la mort du prince de Schwarzenberg ne modifie pas cette politique, comme on a tout lieu de le supposer , je crois que parmi mes collègues le comte de Thun sera, sinon le seul, du moins le plus zélé partisan de l'idée de faire représenter la Confédération à Londres. Mais je suis convaincu que , même en s'unissant pour

arriver à ce résultat, l'Autriche et la Prusse ne réussiraient pas à disposer la Diète à accepter sans réserve les stipulations proposées et à nommer un plénipotentiaire pour en assurer l'exécution. Il est hors de doute qu'on ne prendra pas de résolution sans information, et je crois que la plupart des votes émis après information seront évasifs, sinon déclinatoires, que plusieurs d'entre eux contiendront des protestations formelles, et que la nomination d'un plénipotentiaire qui devrait signer une stipulation condamnée par l'opinion publique rencontrerait les mêmes difficultés que naguère des commissaires pour le licenciement de la flotte. Cette opinion se trouve confirmée : outre M. de Schrenk, d'autres membres bien informés de la Diète m'ont affirmé qu'ils étaient convaincus que, lors de la prochaine discussion de la question du Holstein, l'Autriche et la Prusse n'auront pas la satisfaction de voir prendre une résolution conforme à leurs vues; qu'il fallait s'attendre à l'affirmation formelle de la validité de la résolution prise par la Diète en 1846, des droits de la Confédération germanique et de certains pays confédérés , ainsi que des droits d'hérédité de plusieurs princes allemands, notamment en ce qui concerne le duché d'Oldenbourg. Je puis d'autant moins espérer qu'on acceptera les articles I et II du projet de stipulation, voire le projet en général, sans essayer d'y faire des changements importants.

Le manque d'influence et de responsabilité dans les grandes questions de la politique européenne permet aux petits États de se montrer braves à d'autant meilleur marché dans la discussion qu'ils en entrevoient la solution comme le résultat d'une douce violence que leur aura faite la pentarchie des grandes puissances; chacun s'apprêtait à la subir sans que la patrie perde pour cela la conscience et la gloire de n'avoir cédé qu'à la vis major dans la défense du droit. Bref, je crains que Sa Majesté le Roi n'ait trop bonne opinion de nous et ne nous juge d'après une mesure qui ne peut s'appliquer au cœur et à la tête des politiques de la Diète. Je ne crois pas aller trop loin en croyant que la mission éventuelle d'un plénipotentiaire de la Confédération échouera contre la question des frais ou contre des protestations de compétence et d'unanimité.

44 CORRESPOXDAXCE DIPLOMATIQUE

7 avril. — Je reprends ma lettre, interrompue hier, pour vous donner plus de détails sur les vues de mes collègues dans la question du Holstein.

Le comte de Thun craint que l'assemblée ne la règle d'une manière peu satisfaisante pour l'Autriche et pour nous; aussi est-il personnellement d'avis que la forme la plus courte et la plus générale serait la meilleure pour nos propositions. M. de Reinhard ne parle pas sans amertume de la manière d'agir des deux grandes puissances, et déclare que les résultats obtenus sont très-insuffisants pour le Holstein comme pour l'Allemagne. M. de Fritsch (Thuringe) croit impossible que la Confédération se taise en présence de la violation du droit du duc d'Augustenburg, et regrette que la Prusse se soit prêtée à des négociations au lieu de laisser la question indécise. Ces vues, telles qu'elles se font jour dans la discussion des projets à soumettre à la Diète par les grandes puissances, relativement au Holstein, prévaudraient certainement aussi dans l'appréciation de la stipulation de Londres et dans le choix d'un plénipotentiaire, et, dans tous les cas, se traduiraient en protestations s'il se trouvait une majorité pour accepter les cinq articles proposés.

Je ne crois pas que cette dernière éventualité se réalise, attendu qu'il est plus que probable que Bade, la Hesse-Darmstadt, Oldenbourg et les villes libres partageront aussi les vues de MAI. de Schrenk, de Reinhard et Fritsch contre la Prusse et l'Autriche. Je crois même que la Saxe et le Luxembourg en feront autant; quant au Hanovre, M. de Schele, tant qu'il ne se décidera pas à rompre définitivement avec les Chambres, évitera du moins de laisser le gouvernement se prononcer officiellement en faveur du projet de stipulation. Devant cette perspective, la discussion de l'affaire ferait ressortir, selon moi, les cotés faibles de la Confédération plutôt que sa force et son unité politiques. D'après son organisation actuelle, cette dernière semble, en général, plutôt apte à se défendre contre des dangers extérieurs et intérieurs qu'à prendre une part active dans des modifications du droit public européen.

En prenant la liberté de communiquer à Votre Excellence les résultats de mes informations, je m'en remets à vous du soin de

soumettre à l'appréciation de Sa Majesté, notre gracieux Maître, les obstacles qui s'opposent au triomphe de ses vues, obstacles que je regrette sincèrement de devoir qualifier d'insurmontables '. »

18. Rapport sur le pouvoir donné au président de régler les relations diplomatiques entre l'assemblée fédérale et les gouvernements étrangers.

7 at?ri71852. — (Déterminé par des raisons d'utilité, le comte de Thun s'était opposé à ce que les notes envoyées à des ambassadeurs étrangers fussent discutées au sein de l'assemblée fédérale, parce que chaque note donnait lieu à d'interminables débats et qu'on arrivait difficilement à s'entendre. Il proposa que Berlin et Vienne se concertassent à l'effet de faire arrêter par les représentants de la Prusse et de l'Autriche à la Diète les termes des notes de ce genre, et de ne pas les soumettre à l'assemblée fédérale.)

« J'hésite à admettre cette proposition, vu qu'un pareil arrangement pourrait être exploité auprès des autres gouvernements de manière à exciter leur méfiance contre la Prusse, et qu'en outre il ne tranche pas la question du droit de l'assemblée fédérale à se faire soumettre les notes. A mon avis, nos intérêts seraient mieux sauvegardés si je demandais au comte de Thun d'être au préalable instruit officiellement du contenu des notes, et délaisser les autres délégués libres de réclamer aussi cette communication. S'il n'y consentait pas, je préférerais porter la question devant l'assemblée fédérale et demander la discussion publique de toutes les notes au point de vue de la forme et du fond. »

19. Rapport sur la part à prendre par la Confédération aux conférences de Londres pour le règlement de la question de l'ordre de succession en Danemark.

19 avril 1852. — «Pour faire suite à mon rapport sur l'affaire du Danemark et son règlement par les conférences de Londres, j'ai

1 Un rapport officiel du 15 avril 1852 revient sur les vues exposées dans la lettre précédente et les confirme.

46 CORRESPOXDANCE DIPLOMATIQUE

l'honneur d'annoncer à Votre Excellence que l'envoyé de Sa Majesté Britannique, sir Alexandre Mallet, est venu me voir aujourd'hui. Après quelques détours, il m'a demandé si le gouvernement royal avait l'intention de porter l'affaire devant l'assemblée fédérale avant la réunion d'une conférence. Je n'ai pas pu lui répondre d'une manière positive, sur quoi il m'a répliqué que le cabinet anglais serait fort contrarié si le règlement du litige danois était ajourné par suite d'une tentative which he believed that is was impossible ta carry to anij effect.

Il a expliqué celte dernièremanière devoir, non par les difficultés qui s'élèveraient au sein de l'assemblée fédérale, mais par l'opposition probable des grandes puissances étrangères, qui seraient arrêtées par la nouveauté des agissements en question et par les lenteurs, les ajournements (delay) sans fin qu'ils pourraient entraîner. »

20. Lettre autographe sur les négociations engagées avec le duc cl ' Augustenburg .

23 avril 1852. — « Votre Excellence aura sans doute reçu par ma dépêche télégraphique d'aujourd'hui l'agréable nouvelle que Son Altesse le duc d'Augustenburg a accepté les propositions du gouvernement royal de Danemark 1...

Je n'ai pas fait usage vis-à-vis de Son Altesse des communications de M. de Werther2, datées du 15, et que Votre Excellence a bien voulu m'adresser le 17, attendu que je pressentais que Mgr le duc se déciderait à accepter les propositions danoises... De plus, j'ai trouvé que Son Altesse a toujours été mieux renseignée sur les intentions et sur les résolutions du cabinet de Copenhague que ne

1 Dans l'acceptation dont il s'agit, le duc motivait les points de vue d'où il était parti pour estimer ses biens. Il y avait un écart de près de deux millions de thalers entre son évaluation et celle du Danemark. Aussi le duc traitait-il de a peu favorables i> pour lui les propositions du gouvernement danois. Il les acceptera cependant, dit-il, puisqu'il ne peut faire autrement sans risquer de perdre toute sa fortune et celle de sa famille. Le duc attachait une grande importance à ce que les meubles, les objets d'art, ses chevaux, etc., fussent exclus de la cession de ses biens.

2 Ambassadeur de Prusse à Copenhague.

Tétaient les représentants diplomatiques eux-mêmes de ce dernier; aussi pouvais-je supposer que la prédiction du comte de Moltke l était connue du duc en tant qu'elle était juste, et qu'elle lui était indifférente en tant qu'elle était exagérée. ■»

21. Lettre autographe sur la questiori de la flotte et la coalition de Darmstadt.

12 mai 1852. — « J'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Excellence un rapport sur le licenciement de la flotte2. Le comte de Thun a été enchanté de mon retour 3; je l'ai trouvé si coulant en matière d'affaires que je suppose qu'il a reçu du comte de Buol des instructions particulières dans ce sens. ïl avait l'air de n'avoir pas entièrement renoncé à l'espoir d'être nommé à Londres ; cependant j'apprends par madame de Vrints 4 que la nomination du comte de Colloredo est certaine.

La publication de la convention de Darmstadt5 a fait beaucoup de mécontents; cela tient, selon moi, à ce que la chose a pris par là plus d'importance que les intéressés ne voulaient peut-être lui en donner à l'origine. Il leur est plus difficile maintenant de revenir à nous, et l'embarras où ils se trouvent est un juste châtiment de leur conduite. Ils n'en reviendront pas moins, j'en suis fermement convaincu, dès que nous éviterons tout ce qui pourrait faire supposer que nous penchons vers la condescendance ou que nous manquons de résolution. Mon opinion est confirmée par un article du journal ultramontain de Mayence, dont j'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence un extrait qui a paru dans le numéro ci-joint du Journal de Francfort.

L'attitude du comte de Thun lorsque je lui ai parlé de ce sujet,

1 Délégué danois pour le Schleswig à la Diète.

2 Le rapport en question ne présente aucun intérêt pour le public.

3 De Berlin.

A La sœur du comte de Buol, mariée à M. de Vrints, propriétaire du Journal de Francfort.

5 Bien que les délibérations de Darmstadt eussent été tenues fort secrètes, elles parurent dès le 24 avril dans la Vossische Zeitung de Berlin, publication qui avait l'air d'être une indiscrétion.

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me conûrme dans la supposition que le mécontentement affiché par le cabinet de Vienne à propos de la convention de Darmstadt, est purement factice. La présence du comte de Thun et du comte de Hartig ' à ces conférences aurait offert à ces messieurs l'occasion de faire pressentir aux intéressés la désapprobation de l'Autriche ; quant à moi, je ne crois ni que les délibérations aient été tenues secrètes pour le comte de Thun, ni que les Etats de l'Allemagne du Sud eussent signé la convention contrairement à la volonté nettement exprimée du gouvernement autrichien.

11 me semble impossible que les Etats de l'Allemagne du Sud aient déjà le courage de former une sorte de Confédération rhénane et de suivre une politique contraire aux intérêts de l'Autriche et de la Prusse, tant que la coalition des trois puissances de l'Est paraîtra assurée. Je suis convaincu que M. de Dalwigk ne recourrait à cette politique que si la supériorité de la France sur le continent était sérieuse ou tout au moins probable. Jusque-là, lui et d'autres se conduiront de manière à se ménager la possibilité de passer dans le camp français au moment opportun ; mais ils éviteront d'éveiller prématurément les soupçons des puissances de l'Est par une politique rhénane trop acccentuée, parce qu'ils leur seraient funestes dans toute autre éventualité que celle d'une guerre où la France serait victorieuse. Ajoutez à cela que, d'après les dispositions des membres de la coalition à l'égard de la Bavière, il paraît à peine croyable qu'ils aillent former une confédération dont celle-ci aurait certainement la suprématie. Au contraire, bien des gens dans le Wurtemberg, dans le Grand-Duché de Bade et à Darmstadt redoutent plus les projets d'agrandissement de la Bavière que ceux de la Prusse.

Je crois que nous réaliserions complètement les espérances qu'on a fondées sur la conclusion de la convention de Darmstadt, si nous en profitions pour entamer des négociations à Vienne sur la question douanière et commerciale 2. »

1 Ministre d'Autriche à Darmstadt.

2 Le vœu du gouvernement prussien tendait à assurer avant tout la conservation du Zollverein. Quand les délibérations sur la prolongation de l'union douanière, avec l'accession des nouveaux membres qui s'étaient déjà engagés par des traités

22. Rapport immédiat sur V arrivée de M. de Bismarck à Vienne et sur le séjour de l'Empereur à Pesth ' .

Vienne, 15 juin 1852. — « Je m'empresse d'informer Votre Majesté Royale qu'arrivé le 8 de ce mois à Vienne, j'ai été présenté le lendemain par le comte Arnim au ministre des affaires étrangères d'Autriche; j'ai profité de cette occasion pour prier le comte Buol de vouloir bien prendre les ordres de l'Empereur quant à l'heure et à l'endroit où ce dernier me permettrait de lui remettre, conformément à mes instructions, une lettre que Votre Majesté Royale m'a confiée pour lui. Le comte transmit ma demande, et, le 11 courant, une dépêche télégraphique m'annonça que l'Empereur ne pouvait me recevoir, parce qu'il était sur le point de quitter Ofen, mais qu'il autorisait son ministre des affaires étrangères à recevoir et à lui envoyer la lettre autographe que Votre Majesté Royale lui adressait.

J'ai donc remis hier la lettre au comte, et j'ai profité d'un des jours de réception du ministre pour m'entretenir avec lui. A cette occasion, j'ai pu me convaincre que, dans la question douanière, le cabinet impérial n'éprouvait pas, autant que je le supposais, le besoin de s'entendre avec nous, et qu'il est plutôt disposé à attendre que les difficultés survenues au sein du Zollverein décident Votre Majesté Royale à faire des concessions.

Je prends la liberté de m'en référer sur ce point à un rapport que j'adresse par le même courrier au chef du cabinet de Votre Majesté Royale...

J'apprends que l'Empereur doit revenir à Pesth le 20 de ce mois, pour s'y arrêter quelques jours. Peut-être n'aurai-je qu'à ce moment-là l'honneur de lui remettre mes lettres de créance. »

à y entrer, auraient atteint leur but, alors seulement devait être débattue la question de savoir comment on conclurait des traités de commerce entre le Zollverein affermi et les autres Etats faisant partie de l'Allemagne pour la totalité ou pour une partie de leur territoire (l'Autriche). Cf. Weber, p. 310.

1 Les nombreuses relations existant entre la Prusse et l'Autriche ne permettant pas de remplacer par un simple chargé d'affaires l'ambassadeur de Prusse à Vienne, le comte Arnim, qui avait pris un congé de six semaines pour raisons de

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