Rapport sur un entrelien avec le comte de Buol
Vienne, 15 juin 1852. — « Après quelques conversations accidentelles, j'ai eu hier pour la première fois un entretien prolongé avec le comte de Buol. Le fond de l'entretien, aussi bien qu'une certaine roideur dans la forme, me confirment dans l'idée qu'on persiste ici à vouloir s'appuyer sur l'influence des Etats du centre plutôt que sur les dispositions favorables de la Prusse. A en juger par l'attitude passive et peu conciliante que l'Autriche a eue jusqu'à ce jour, il est évident que le comte de Buol n'a pas encore renoncé à l'espoir d'atteindre le but que poursuit la coalition de Darmstadt; il se dit que les difficultés qu'elle oppose à la reconstitution du Zollverein nous forceront à cesser notre résistance aux vœux de l'Autriche. Par contre, les ministres de la Saxe (celui de Bavière est absent), du Wurtemberg et du Hanovre, notamment le dernier, semblent vouloir mettre tout en œuvre pour amener une entente entre les deux puissances; ils essayeront d'agir dans ce sens sur le cabinet de Vienne, dès qu'ils seront munis des instructions qu'ils ont demandées.
J'ai commencé par exprimer au comte de Buol le désir de voir cesser toutes les divergences qui existent entre les deux cabinets, et qui s'opposent à la continuation des délibérations de l'assemblée fédérale. J'entends parler delà législation sur la presse, del'augmenlation et de l'organisation de l'armée fédérale, du compte de liquidation, de la continuation, désirée ici, des travaux des nouvelles forteresses fédérales, de la police et d'autres questions secondaires, notamment des mesures à prendre pour ramener à une polémique modérée la guerre de plume que se font les journaux des deux pays, et pour mettre un terme à des attaques qui ont aigri le public dans les deux Etats sans convaincre personne. Môme sur ces questions, j'ai trouvé, contrairement à mon attente, le comte de Buol animé de dispositions peu favorables. Il m'objecta qu'une entente préalable
santé, le Roi confia cette suppléance à M. de Bismarck et le pria de venir à Berlin pour y recevoir d'autres instructions, dès que sa position à Francfort le permettrait, pour se rendre ensuite à Vienne.
aussi complète que nous la désirons, sur les questions à débattre à Francfort, est impossible, et qu'elle ne saurait s'étendre aux autres confédérés. On peut bien, dit-il, s'entendre avec nous sur les points généraux, mais les détails doivent être réservés à la discussion publique; aussi est-il regrettable que juste en ce moment le représentant de la Prusse soit loin de Francfort et ne puisse prendre part aux discussions en vue desquelles le comte de Thun a été muni d'instructions. Je lui répondis que c'était précisément ma présence à Vienne qui pouvait contribuer à rendre féconds les débats de Francfort, si les espérances que le gouvernement royal fondait à cet égard sur ma mission, étaient réalisées par l'empressement du cabinet impérial à entrer dans nos vues; mais que les discussions engagées au sein de la Diète resteraient nécessairement sans résultat si le cabinet de Vienne refusait de consentir à une entente préalable, non-seulement sur les points généraux, mais encore sur leur application dans les cas spéciaux. Tout en ne rejetant pas absolument cette hypothèse, le comte de Buol a insisté pour qu'on eût égard aux autres confédérés, qui se montraient plus disposés que la Prusse à se conformer aux intentions de l'Autriche. Ensuite, il se déclara prêt à discuter successivement avec moi, dans d'autres conférences, les questions de droit fédéral soulevées, et dit qu'il commencerait par s'informer d'abord de la situation de la presse, prétendant qu'il était animé du vif désir de contribuer à réprimer autant que possible l'abus des invectives réciproques qui remplissaient les journaux des deux pays, lors même qu'il était impossible d'étouffer entièrement la discussion des questions controversées, et qu'en général c'était aux ambassades à appeler l'attention sur les excès de la presse qui tombaient sous le coup de la loi. Sur mon observation que la presse de Vienne rendait ma position difficile, parce qu'elle expliquait ma mission par le besoin qu'aurait la Prusse d'arriver à une entente, la rédaction du Lloyd a reçu hier, ainsi que me l'a rapporté le comte de Platen1, des instructions dont Votre Excellence verra l'esprit dans l'article qui figure en tête du n° 138 de ce journal, portant la date du 14 juillet. Cette déclaration, qui se
1 Ministre du Hanovre à Vienne.
distingue par la place qu'elle occupe dans la feuille, montre ce qu'on entend ici parle langage conciliant auquel nous désirons, aux termes de notre entretien d'hier, ramener les journaux des deux pays. En même temps, la déclaration reproduit le fond de ce que le comte de Buol m'a dit sur la question commerciale, laquelle, en fin de compte, a formé le sujet de notre conversation.
Voici à peu près comment j'ai exposé cette dernière question : En général, la Prusse désire la voir examiner et résoudre moins au point de vue politique qu'à celui des intérêts matériels. L'histoire des dernières années a prouvé que le Zollverein ne forme pas une base positive d'influence politique ; sur ce terrain, le gouvernement ne trouve sa ligne de conduite que dans le besoin d'assurer la prospérité financière et commerciale des Etats du Zollverein et celle de leurs sujets. Aussi, après l'examen le plus attentif des propositions de l'Autriche, il est arrivé à la conviction qui se trouve formulée dans la déclaration remise à la conférence douanière l , et confirmée par la lettre de Votre Excellence, que j'ai eu l'honneur de remettre au comte de Buol.
La Prusse ne se trouve ni astreinte par une obligation de droit, ni obligée d'une façon quelconque par des besoins particuliers à accéder aux désirs de l'Autriche ou à souscrire aux conditions posées par les Etats de la coalition de Darmstadt. En affirmant nos dispositions conciliantes, nous ne nous inspirons que de notre attachement à la Confédération et de considérations politiques d'un ordre supérieur, lesquelles nous portent à être agréables à nos confédérés en facilitant la bonne entente; aussi serait-il peut-être plus conforme aux intérêts de l'Autriche d'accepter nos propositions, attendu que nous ne demandons aucun équivalent pour les concessions que nous faisons. C'est dans ce sens que la Prusse est disposée à conclure un traité de commerce avec l'Autriche, traité qui serait de nature à faciliter d'autres rapprochements et à mettre les intéressés à même d'apprécier les conséquences pratiques d'une union plus
1 La Prusse déclina formellement la proposition de s'entendre avec l'Autriche sur le traité d'union douanière à conclure avec elle, et laissa entrevoir qu'elle discuterait les bases d'un traité de commerce avec l'Autriche dès que la reconstitution du Zollverein serait assurée. (VVebkr, p. 3H et suiv.)
étroite. La Prusse ne se croit pas le droit de faire du bien-être matériel de ses sujets l'objet d'expériences hasardeuses. Elle demande qu'on laisse la question àvï union douanière avec l'Autriche ouverte sans en préjuger en aucune façon la solution. La différence entre les demandes de l'Autriche et les offres de la Prusse porte uniquement sur les deux questions suivantes :
1° La conclusion du traité de commerce doit-elle avoir lieu avant que le sort du Zollverein soit décidé, et qu'on sache s'il gardera son extension actuelle?
2° Une décision virtuelle en faveur de l'union des droits de douanes avec l'Autriche doit-elle figurer dès maintenant dans ce traité?
Dans le règlement de la première question, il ne s'agit que d'un point, savoir si l'Autriche regarde comme sincère notre promesse qu'immédiatement après qu'on se sera prononcé sur le maintien du Zollverein dans les conditions actuelles, nous entamerons des négociations, en prenant pour base le projet que l'on connaît , liftera A l, à l'exception de l'article -4, al. 1. Nous croyons pouvoir demander cette preuve de confiance, d'autant plus que, si une pareille assurance n'avait pas sa raison d'être, nous n'aurions aucun motif de la donner.
Quant à la deuxième question, l'Autriche devrait, selon moi, être d'autant moins inquiète de l'ajournement de la décision finale, que celui-ci n'implique pas le rejet de Punion douanière, et que les éclaircissements à obtenir dans l'intervalle guideront le choix définitif de l'une ou de l'autre alternative. La chose essentielle et la seule pratique semble donc être que, pour le moment, l'Autriche conclue avec nous un traité de commerce qui non-seulement rende possible, mais encore facilite l'établissement d'une future union douanière.
Le droit de poser les conditions dans une affaire qui pour nous
1 Aux conférences douanières ouvertes à Vienne, le 4 janvier 1852, le gouvernement autrichien avait présenté les projets de deux traités: A. celuid'un traité de commerce entre le Zollverein et l'Autriche; B. celui d'un traité parlant déjà de l'union douanière future. Le 20 avril 1852, le protocole final, avec les deux projets A et B, avait été arrêté, en tenant compte des conventions de Darmstadt. Par là s'étaient terminées les conférences organisées par l'Autriche à Vienne sans la participation de la Prusse. (Cf. Webrr, p. 302-808.)
est à peu près merœ facultatis, semble être de notre côté, non du côté de l'Autriche; et si Ton repousse, sous prétexte qu'on voudrait le tout, l'offre de consentir en partie à ce qu'on nous propose et d'ajourner toute décision quant au reste, ce ne sera pas le moyen de hâter la réalisation des vœux de l'Autriche. Je reproduis dans leur ensemble les vues que j'ai développées au cours de ma conversation avec le comte de Buol, en employant les formes les plus conciliantes et en affirmant catégoriquement notre désir d'arriver à une entente; voici à peu près ce qu'il m'a répondu :
L'Autriche ne peut pas se laisser considérer en Allemagne comme une puissance avec laquelle on signe un traité de commerce comme on le ferait avec un gouvernement étranger; un traité de ce genre n'aurait aucune valeur pour le cabinet impérial s'il ne reconnaissait formellement et officiellement comme le but de la politique commune l'union douanière et la fusion des intérêts matériels de toute l'Allemagne. C'est précisément parla conclusion d'un simple traité de commerce que l'Autriche se désignerait elle-même comme puissance étrangère relativement à l'Allemagne. Il esta regretter que la Prusse n'ait pas même consenti à discuter ses propositions, et qu'elle n'ait pas eu pour elle la déférence que, dans des circonstances analogues, l'Autriche n'aurait pas refusée à un Etat aussi étranger que la Perse.
Il en résultera que la Prusse se détachera du Zoîlverein, qui continuera de subsister même sans elle; quant à l'Autriche, elle est heureuse de n'être pour rien dans les malheurs que cette rupture entraînera pour l'Allemagne. Un grand nombre d'Etats allemands font assez voir qu'ils sont convaincus des avantages de l'union douanière avec l'Autriche ; celle-ci ne peut demander à ces Etats, qui sont ses alliés, de renoncer à défendre leurs intérêts communs, et n'abandonnera jamais à leur insu et sans leur consentement les bases de ce qui a été convenu jusqu'à présent. Le cabinet impérial ne se borne pas à faire des demandes, il offre aussi de grands avantages, et il est prêt à faire des sacrifices considérables. La politique de la Prusse tend à exclure l'Autriche de l'Allemagne; en réunissant des conférences douanières à Berlin, elle n'a pas même traité l'Empire sur le même pied que le Hanovre, qui pourtant ne faisait pas partie du Zoîlverein jusqu'à présent. 11 n'est pas possible de considérer la
question comme purement matérielle; elle a son côté indivisible, sinon politique au premier chef. L'Autriche lutte pour sa légitime influence en Allemagne; et si la Prusse était seule à la tête d'un Zollverein qui embrasserait toute l'Allemagne, bien des gens craindraient la reprise des tentatives d'union restreinte qui se sont produites dans les dernières années.
Les principaux arguments du comte se sont concentrés dans l'appel aux devoirs de la Prusse à l'égard de l'Allemagne et en récriminations sur la froideur que la Prusse affiche envers des États de même origine. Je lui ai répliqué que, dans les dernières années, la Prusse a appris à connaître quelle tâche ingrate c'est de remplir des devoirs à l'égard de l'Allemagne; qu'elle est résolue à régler d'une manière pratique et bourgeoise ses intérêts financiers et économiques; qu'elle serait enchantée de laisser la porte ouverte à ceux de ses confédérés qui, ayant les mêmes intérêts, seraient naturellement tentés de venir à elle ; mais que dans aucun cas elle ne chercherait à gagner leur accession par des concessions non justifiées par une utilité réelle. Le gouvernement royal est loin de donner aux Etats allemands qui ont trouvé les propositions de l'Autriche avantageuses le conseil de ne pas les accepter; de même il se garde de donner ou d'essayer de donner aux résolutions du cabinet impérial, dans ses rapports avec ces Etats, une direction qui ne fût pas conforme à la manière dont le cabinet impérial envisage ses devoirs envers la Confédération. Ce que nous désirons, c'est d'arriver à une entente amiable avec tous nos confédérés, mais surtout avec l'Autriche, qui est le plus puissant, et nous ne croyons pas qu'on puisse trouver un obstacle à cette entente dans le légitime désir de la Prusse de régler l'économie de ses finances suivant ses besoins particuliers.
En somme, l'impression que m'a laissée cet entretien est qu'actuellement on considère — ce qui n'a peut-être pas été le cas dès le début — la dissolution du Zollverein comme souhaitable, en comptant, je suppose, que le besoin de reconstituer l'union ne tardera pas à se faire sentir assez vivement, chez nous en particulier, pour amener une reprise du projet d'union douanière qui aurait plus de succès qu'aujourd'hui. Quant à la fermeté de notre résolution d'abandonner le Zollverein avec une partie de nos alliés actuels plutôt que
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de former une union douanière avec l'Autriche, je ne crois pas qu'on se fasse encore des illusions à cel égard. Je ne puis m'expliquer que dans ce sens la décision avec laquelle on repousse notre offre de conclure un traité de commerce.
Tous les ministres allemands présents à Vienne étaient dans l'antichambre du comte de Buol et attendaient avec un air d'anxiété le résultat de notre entretien. Quand je sortis, ils m'adressèrent des questions auxquelles je ne pus répondre, mais qui me prouvèrent que leurs gouvernements n'approuveront et ne partageront probablement pas l'attitude décidée du comte de Buol.
Je voudrais, sauf meilleur avis, laisser à. Votre Excellence le soin de faire au moins deviner aux agents diplomatiques des gouvernements intéressés présents à Berlin, que la Prusse a essayé d'établir une entente loyale, mais que la froideur de l'Autriche l'oblige de renoncer à renouveler sa tentative. Nous attendrons ensuite pour nous assurer si l'ardent désir des Etats du centre de voir s'établir l'entente est capable d'influencer le cabinet de Vienne au point de lui faire modifier son attitude.
Je vous fais encore observer qu'aucune minute de ce rapport ne figurera parmi les documents de l'ambassade, parce que le peu de temps qui reste jusqu'au départ du courrier anglais ne permet pas d'en prendre copie. »
24. Rapport immédiat sur le séjour à la cour impériale, à Ofen.
Ofen, 25 juin 1852. — ce Par une lettre du comte de Buol, datée du 21 courant, j'ai été invité à me trouver le 24 à la cour impétrale, à Ofen, pour remettre mes lettres de créance à l'Empereur.
En conséquence, je me suis rendu ici le 23, par le bateau à vapeur. Mon arrivée avait été annoncée de Vienne par une dépêche télégraphique. J'ai trouvé au débarcadère un des équipages de l'Empereur et la nouvelle que Sa Majesté avait fait gracieusement mettre à ma disposition un des appartements du château. Hier malin, le lieutenant feld-maréchal comte de Grùnne est venu m'annoncer que l'Empereur me recevrait à midi. Après avoir fait d'abord une
visite an comte de Buol, j'eus l'honneur de remettre à l'heure dite mes lettres de créance à Sa Majesté Impériale. L'Empereur me reçut seul, tandis que dans les derniers temps la première audience des ambassadeurs avait eu lieu en présence du ministre des affaires étrangères. Sa Majesté portait l'uniforme de notre régiment de cuirassiers, avec la croix de Tordre de l'Aigle noir; après avoir reçu mes lettres de créance, Elle a commencé par m'exprimer sa vive reconnaissance pour le contenu de la lettre autographe de Votre Majesté Royale, que j'ai eu l'honneur de porter à Vienne. Sa Majesté ajouta qu'en tout temps Elle appliquerait ses efforts à conserver et à favoriser de son côté les rapports de bon voisinage et de bonne amitié qui existaient heureusement entre les deux pays, et cela dans le sens indiqué par la lettre de Votre Majesté. Sa Majesté était tout heureuse de voir que tout germe de trouble dans l'intime union des deux monarchies était écarté ; si parfois les cabinets partaient de points de vue différents en ce qui concernait certains détails relatifs aux intérêts matériels, cela n'empêcherait pas la Prusse et l'Autriche de s'entendre parfaitement sur toutes les autres questions politiques. Relativement à la question des douanes, Sa Majesté croyait devoir maintenir le programme de l'union des droits douaniers, convaincue qu'EUe est qu'une fusion des intérêts matériels peut seule donner à l'Allemagne ce degré de consolidation dont elle a besoin pour garantir sa sécurité intérieure aussi bien que son rang parmi les puissances européennes. Tant que cette manière de voir ne sera cependant pas partagée par le gouvernement de Votre Majesté, l'Empereur s'attend du moins à ce que les efforts de l'Autriche et de la Prusse, pour donner à la Diète une position plus forte et plus puissante en Allemagne, trouveront dans l'entente des deux grandes puissances la garantie d'un succès certain. Quant aux questions de droit fédéral, le comte de Buol les discutera à nouveau avec moi ; et Sa Majesté ne renonce pas à l'espoir que l'accord se fera bientôt dans la question douanière, grâce aux pourparlers que j'allais reprendre avec le ministre. Je répondis à l'Empereur que j'avais l'ordre de Votre Majesté Royale de répéter encore verbalement que la consolidation et l'extension des rapports étroits qui unissaient les deux cours n'étaient pas seulement pour Votre Majesté un vœu per-
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sonnel, mais encore qu'Ellc les reconnaissait, aujourd'hui plus que jamais, comme une nécessité politique, et que Votre Majesté était disposée à faire tout ce qui est en son pouvoir, en tenant compte de la situation de la Prusse, pour prévenir les vœux de l'Empereur.
Ensuite je me suis appliqué, autant que les circonstances le permettaient, à exposer à Sa Majesté les vues du gouvernement royal sur la question douanière encore pendante ; je Lui ai montré que tout ce qui pouvait se faire en faveur de la réalisation des vœux du gouvernement impérial se trouvait en germe dans l'empressement de la Prusse à conclure un traité de commerce avec l'Autriche aussitôt après la reconnaissance du Zollverein reconstitué, traité qui permettrait de s'assurer de la possibilité de prendre une résolution définitive en vue d'une fusion douanière.
Sa Majesté a écouté mon exposé avec attention; Elle m'a adressé quelques questions qui s'y rapportaient ; puis, après quelques paroles gracieuses pour ma personne, Elle s'est mise à parler d'autre chose, notamment du voyage que Sa Majesté vient de faire dans l'est de la Hongrie. Sa Majesté a été très-satisfaite des preuves de vif attachement que la population Lui a données partout sur son passage ; Elle a retracé le caractère original des pays qu'Elle a traversés et des troupes de paysans âchevalqui L'avaient escortée de station en station.
Après s'être informé de la santé et des projets de voyage de mon très-gracieux Maître, et m'avoir dit combien il se réjouissait de revoir cet été Sa Majesté la Reine à Ischl, l'Empereur m'a congédié. L'audience avait duré une demi-heure environ. J'ai eu ensuite l'honneur d'être reçu par l'archiduc Henri, l'archiduc Albert et madame l'archiduchesse Hildegarde, et d'être invité à dîner avec l'Empereur, qui a de nouveau daigné s'entretenir avec moi et s'est montré fort gracieux à mon égard. Sa Majesté a parlé surtout de la famille impériale de Russie et du jugement extrêmement favorable que l'empereur Nicolas a porté sur l'armée de Votre Majesté Royale ; à ce propos Elle a dit avec chaleur que l'impétuosité de la cavalerie prussienne et hongroise, qui avait provoqué les critiques de l'empereur de Russie, Lui plaisait mieux que la lenteur des mouvements de la cavalerie russe.
Le soir, j'ai eu l'honneur d'être invité à une partie de campagne que la cour projetait; le but de l'excursion était un endroit de la montagne voisine qu'on nomme la « belle bergerie » . Ce nom vient d'une légende qui raconte que jadis le roi Mathias Corvin y avait honoré de son attention une belle bergère »