XX INTRODUCTION
cipe dans toute son exactitude, dans toute sa pureté, tel
qu'il sera vrai dans mille ans, tel qu'il doit le paraître dans
ce moment. i'
a Ces idées obtinrent les applaudissements de l'Assemblée constituante et l'approbation de tous les hommes justes et éclairés; et Ton crut même que ce rapport tout entier pourrait servir de préservatif populaire contre le fanatisme et l'intolérance : car on en ordonna l'envoi dans les départements, et, h plusieurs reprises, l'affiche dans la capitale, a Si M. Laporte, en envoyant cette pièce à Louis XVI, lui a écrit que je paraissais désirer servir Sa Majesté; s'il a parlé de nwn zèle et de mon crédit, parce que je voulais, avec tous les patriotes de l'Assemblée constituante, faire I consacrer la hberté générale des opinions religieuses où le Roi devait trouver, comme tous les citoyens, sa liberté par- | ticulière, M. Laporte s'est servi d'une expression très inconvenable. Mais d'après quels principes de justice puis-je être décrété d'accusation? parce que M. Laporte s'est ^ exprimé ou a cherché à faire valoir son zèle auprès du Roi, par des espérances imaginaires? Les faits que je viens de rapporter suffisent, par leur rapprochement, pour expliquer le véritable sens des expressions de M. Laporte. i a Je n'ai plus qu'un mot, et ce mot suffira à tout homme i d'honneur qui sait en reconnaître dans les autres et les principes et le langage. C'est le 19 de ce même mois d'avril que je rédigeai cette fameuse adresse du département, adresse que les patriotes appelaient alors républicaine. Je prie les hommes justes qui ont accordé quelque estime à ma conduite politique dans le cours de la Révolu-
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tion de relire celte adresse, et de se demander si riiomme qui adressait au Roi de telles paroles le 10, qui les lui portait le 20 au matin, et qui n'ignorait pas de quelle manière elles avaient été reçues, pouvait, le 21 , faire parler au Roi de son zèle pour lui.
" L'explication que je viens de donner suffit, je pense, à ma justification, et h la demande que je forme du rapport de mon décret d'accusation.
« Signé : Talleyrand.
« P. S. — J'ai lu dans plusieurs papiers publics que j'ai payé le passeport avec lequel je suis venu en Angleterre. Je dois à la vérité de déclarer que cette allégation est absolument fausse. Rien ne pressait mon retour en Angleterre; je ne suis parti de Paris qu'au milieu du mois de septembre, et j'ai été près de huit jours en route K 5)
(Gazelle nationale du 24 décembre 1792, l'an 1' de la République française.)
' Parti de Paris le 14, il était arrivé le 23 à Londres. (Voir sa lettre au ministre des affaires étrangères, Lebrun, datée du jour de son arrivée à Londres, 28 septembre. Archives des affaires étrangères. Corresp. d'Angleterre, 6* suppl.)
Les relations de Talleyrand et de Danton ne sauraient être contestées.
On lit dans les Mémoires de Barère, septembre 1792 :
« Je trouvai dans le salon Talleyrand en culotte de peau, avec des bottes, t un chapeau rond, un petit frac et une petile queue.
t J'avais été fort lié avec lui pendant les trois années de l'Assemblée « constituante. Il m'aborda avec amitié. Je lui parus étonné de le voir à « cette heure-là chez le ministre de la justice.
« — C'est, me dit-il, que je vais partir pour Londres ce matin, avec une • mission du Pouvoir exécutif; je viens chercher un passeport que Danton « doit me rapporter du Conseil exécutif, qui tient séance chez le ministre « Servan. » Voir Danton émigré, par le D'^ Robinet.
XXII IXTRODUGTION.
D'Amérique, où il se réfugie quand Pilt lui applique Valien billj il écrit à madame de Staël : « Si je reste encore un an ici, j'y meurs. 5> Aussi madame de Staël, Daunou, Chénier, s'occupent de le faire rentrer en France.
Le 28 prairial de l'an III (16 juin 1795), il adresse de Philadelphie la pétition ci-jointe à la Convention nationale:
« Aïaurice Talleyrand-Périgord (ancien évêque d'Autun) est parti de France le 10 septembre 1792, avec un passeport du gouvernement ' qui lui ordonnait d'aller à Londres. Cette mission avait pour but d'essayer de prévenir la rupture entre la France et l'Angleterre. Les circonstances n'ont pas permis que les efforts de Talleyrand fussent couronnés par le succès ; mais les envoyés de France en Angleterre rendront témoignage au zèle français que Talleyrand a constamment montré pour la République. Pendant la durée de sa mission même, le 5 décembre, il fut décrété d'accusation, et sur un prétexte si frivole, que les comités
1 n J'ai entre les mains le passeport original signé le 7 septembre 1792 par les six ministres du gouvernement d'alors, Roland, Ciavière, Servan, Danton, Monge, Lebrun, et contresigné Grouvelle, Je le remettrai aux comités à l'instant oîi il me sera demandé. — Ce passeport, que Talleyrand m'adressa à l'époque où je fus chargé par lui de poursuivre le rapport de son décret d'accusation, au sujet duquel décret j'affirme ici que les divers membres du Comité des Rapports me déclarèrent à plusieurs reprises qu'il leur était impossible de trouver une base quelconque sur laquelle ils pussent dresser l'acte d'accusation, ce passeport prouve à la fois bien évidemment, et que Talleyrand, même au mois de septembre, ne chercha point à se soustraire au danger par la fuite, et, de plus, qu'une mission particulière nécessita son départ pour l'Angleterre ; car il y est dit littéralement : a Laissez pas- « ser... Talleyrand... allant à Londres par nos ordres. »
tt DESRENfaUDES, « Professeur aux Kcoles centrales de Paris, fondé de pouvoirs de Talleyrand, ci-devant évéque d'Autun. ■
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chargés de rédiger l'acte d'accusation n'ont jamais trouvé de quoi le composer, et qu'il eût sans doute été rapporté sans les événements désastreux qui s'opposèrent aux mesures de justice. Talleyrand pouvait-il revenir sans que l'objet de son décret d'accusation lui fût seulement connu? devait-il se constituer prisonnier alors que les prisons venaient d'être violées?
ce L'Assemblée nationale, gémissant des massacres qui s'y étaient commis, s'était vue dans l'impossibilité de les empêcher; elle avait donc rendu à chaque homme le droit de nature pour se défendre : et quel droit de nature plus évident que celui de se soustraire à ces mêmes prisons où on avait massacré, et où rien ne pouvait garantir d'un massacre nouveau'? Le ministre anglais, parfaitement instruit des sentiments de patriotisme de Talleyrand, se servit du pouvoir qu'il acquérait par Valien bill, pour lui ordonner de sortir d'Angleterre sous trois jours ^.
« Talleyrand partit pour les Etals-Unis d'Amérique, où il réside encore, attendant qu'il lui soit permis de revoir sa patrie, et digne d'elle par ses principes et ses sentiments. Talleyrand représente que la qualité de contumace et celle d'émigré ne peuvent se réunir sur la même personne ; que la fuite causée par un décret d'accusation, et à
• L'Assemblée législative, dans une proclanriation du 3 septembre 1792, dit ces propres paroles : a II n'y a plus ni liberté ni patrie, là où la force prend la place de la loi. n
2 « Si quelqu'un se croyait le droit d'élever un doute quelconque sur la conduite de Talleyrand à Londres, il suffira sans doute de lui dire que Talleyrand est le seul Français marquant, parmi ceux qui étaient alors en Angleterre, à l'égard duquel M. Pitt ait cru devoir mettre à exécution ce t bill des étrangers. » {Note du fondé de pouvoirs .)