‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 11 sur 74 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

plus forte raison Tabsence prolongée par ce motif, n'a aucun rapport avec le départ volontaire qui constitue le délit de l'émigration; que la Convention nationale a reconnu que ceux qui, depuis le 31 mai, avaient été persécutés par des mandats d'arrêt, dénonciations, etc., étaient autorisés à reparaître. Talleyrand, décrété d'accusation depuis le 2 septembre 1792, est absolument dans le même cas ; car les prisons étaient alors ce que toute la France est devenue depuis sous la tyrannie de Robespierre, et il eût été insensé de se constituer prisonnier au milieu des troubles qui déchiraient la République. Talleyrand représente que, dans tous les pays et par toutes les lois, un contumace obtient le droit de venir faire purger son décret, et c'est là le seul objet de sa pétition. Plein de confiance dans la justice de la Convention, dans celle des citoyens qui exercent aujourd'hui le pouvoir judiciaire, il demande qu'il lui soit permis de venir se présenter devant le tribunal indiqué pour le juger, sans qu'il puisse être considéré comme émigré, alors qu'il n'est précisément que contumace, et contumace à une époque où les représentants eux-mêmes, menacés ou victimes, ne pouvaient garantir l'appui de la loi aux innocents.

u A ces titres d'une jusiice universelle, Talleyrand croit pouvoir ajouter le dévouement qu'il a constamment montré pour la cause de la liberté, les opinions prononcées et irrévocables qui l'attachent sans retour au sort de la République française, des travaux multipliés entrepris pour les finances, pour l'instruction publique, et son nom enfin, tellement désigné par la haine et la persécution des enne-

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mis de la France, qu'il ne peut en même temps être proscrit par ses représentants ' .

a Ch. Maurice Talleyrand-Périgord. »

Il obtint de la Convention d'être rayé de la liste des émigrés, quitta l'Amérique, séjourna quelque temps à Hambourg, et arriva à Paris en septembre 1796.

Le 15 germinal an V (4 avril 1797), il lit dans une séance publique de l'Institut national un mémoire sur les relations commerciales des Etats-Unis de l'Amérique septentrionale^.

Il coopère à la fondation du Cercle constitutionnel avec Benjamin Constant. Madame de Staël le fait entrer au ministère des relations extérieures. Cette femme illustre assurait qu'elle venait de donner plus d'un allié à la République \

' Note du fondé de pouvoirs.

« La Convention nationale vient positivement de reconnaître le principe qui distingue les contumaces des émigrés, en faisant rayer de la liste des émigrés Dietrich, qui, à l'époque du 2 septembre, avait cherché en pays étranger un asile contre un décret d'accusation; mais quand la Convention, par une supposition que tout semble repousser, se refuserait à généraliser ce principe, il y aurait encore à réclamer en faveur du ci-devant évêque d'Autun une exception sans réplique; car il serait toujours vrai de dire que lui n'a point cherché sou salut dans la fuite, et qu'en partant il avait des ordres particuliers à remplir : or, il est de principe, même dans le code de l'émigration, que celui qui a reçu une mission pour les pays étrangers n'est tenu de rentrer qu'après son rappel ; et il est de fait qu'aucun rappel n'a eu lieu à l'égard de Talleyrand. »

" Paris, 10 fructidor, Tan III (27 août 1795). «

^ Voir ce document dans X Essai sur Talleyrand^ de Lytton Bulwer, p. 378.

^ « Les journaux chargés, en 1797, d'insulter tous les amis de la liberté ont prétendu que, voulant la République, j'approuvais la journée du 18 fructidor. Je n'aurais sûrement pas conseillé, si j'y avais été appelée, d'établir

XXVI LVTRODUGTIOiV.

Nous donnons aux pièces annexes le procès-verbal de la séance du 28 messidor an V (16 juillet 1797), consacrée à la nomination des nouveaux ministres. Nommé le 28 messidor, Talleyrand reçoit le 30, de Carnot, président du Directoire, qui n'avait pas voté pour lui, la lettre cijointe :

« Le Directoire exécutif vous invite, Citoyen, à vous rendre demain, à dix heures du matin, à la maison des relations extérieures, pour la remise que le citoyen Charles Delacroix, ministre de celte partie, doit vous faire du portefeuille de son déparlement, w

Le 29, il avait écrit : « Citoyen Directeur, j'ai reçu l'arrêté du Directoire exécutif par lequel il me nomme à la place du ministre des relations extérieures. Honoré de cette marque de confiance du Directoire, j'espère lui prouver

une république en France ; mais, une fois qu'elle existait, je n'étais pas d'avis qu'on dût la renverser.

« ...M. de Talleyrand était revenu d'Amérique un an avant le 18 fructidor. Les honnêtes gens, en général, désiraient la paix avec l'Europe, qui était alors disposée à traiter. Or, M. de Talleyrand paraissait devoir être, ce qu'on l'a toujours trouvé depuis, un négociateur fort habile. Les amis de la liberté souhaitaient que le Directoire s'affermît par des mesures constitutionnelles, et qu'il choisît dans ce but des ministres en état de soutenir le gouvernement. M. de Talleyrand semblait alors le meilleur choix possible pour le département des affaires étrangères, puisqu'il voulait bien l'accepter. Je le servis efficacement à cet égard, en le faisant présenter à Barras par un de mes amis, et en le faisant recommander avec force. M. de Talleyrand avait besoin qu'on l'aidât pour arriver au pouvoir; mais il se passait ensuite très bien des autres pour s'y maintenir. Sa nomination est la seule part que j'aie eue dans la crise qui a précédé le 18 fructidor, et je croyais ainsi la prévenir ; car on pouvait espérer que l'esprit de M. de Talleyrand amènerait une conciliation entre les deux partis. » (Madame de Staël, Considérations sur la Révolution.)

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par mon zèle combien je suis dévoué à la République et attaché au Gouvernement.

« Salut et respect ^ . w

L'administration du pays, le 30 messidor an V (18 juillet 1797), se trouvait ainsi composée : Ramel avait les finances, Merlin était à la justice, François de Neufchâteau à l'intérieur; le portefeuille de la marine avait passé des mains de Truguet dans celles de Pléville-Peley ; le ministère de la guerre avait été donné à Hoche, qui, n'ayant pas l'âge requis (trente ans, d'après la Constitution de l'an III), dut le céder à Scherer.

Après avoir écrit au Directoire, Talleyrand écrivit au général Bonaparte une lettre qui est donnée par Sainte- Beuve dans son étude sur l'ancien évêque d\'lutun'^.

La disposition qui avait exclu Mirabeau du ministère, sous Louis XVI, revivait dans Farticle 47 de la Constitution de l'an III. Cet article prononçait l'incompatibilité entre la qualité de membre du Corps législatif et l'exercice d'une autre fonction publique, excepté celle d'archiviste de la République. L'article 151 déclarait que les ministres ne formaient point un Conseil; l'article 152 les déclarait respectivement responsables tant de l'inexécution des lois

' Cette lettre figure au procès-verbal de la séance du Directoire du 25 messidor an V. — U. A. F. III. D"" 2612. — Archives nationales.

^ Talleyrand a raconté que c'était Bonaparte qui aurait écrit au Directoire une lettre particulière pour le féliciter du choix qu'il venait de faire. Les procès-verbaux si détaillés du Directoire ne font aucuns mention de cette correspondance ; ce qui paraît certain, c'est qu'à dater de celle époque, des relations et une correspondance suivies s'établirent entre Talleyrand et Bonaparte.

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