XXXIV INTRODUCTION
Delacroix avait rompue d'une manière absolue ^ Puis, s'adressant aux alliés de la France, aux représentants de l'Espagne et de la Hollande, il leur fait entendre que le retour de la paix exigera des sacrifices de leur part aussi bien que de celle de la France : c'était la cession du cap de Bonne-Espérance à l'Angleterre, mais ce pouvait être aussi l'annexion de la Belgique ratifiée par l'Angleterre; quelque dédommagement colonial donné à la Batavie pouvait la satisfaire.
La paix était donc possible ; mais Talleyrand, qui n'est que ministre et non pas directeur, est toujours aux prises avec le Directoire". Lorsqu'il eut rédigé les instructions pour les plénipotentiaires de Lille, Rewbell, qui s'était réservé la partie diplomatique, l'obligea à les modifier suivant son esprit et son système, et Talleyrand, qui avait plus de clairvoyance que d'énergie, s'inclina^.
« On se perd, écrit Sandoz-Rollin , à chercher et à trouver le système politique de la France, il n'existe point; chaque ministre décide souverainement dans sa partie, de manière que rien n'est à la chose publique, et quand
' « Le chancelier Pitt veut la paix, dit Talleyrand le 3 août à Sandoz- Rollin, et je viens de rouvrir les moyens de rapprochement entre les deux puissances. >
2 En 1798, Talleyrand eut un instant l'idée de briguer le poste de directeur : à ce moment, Sandoz écrivait à Berlin : » J'ai pu me convaincre ici combien Talleyrand attachait d'honneur et d'ambition à siéger dans le Directoire. Je l'ai dit et je le crois : son entrée dans cette première magistrature de la France mettrait fin aux convulsions futures de l'Europe, » (Sandoz à sa Cour, avril 1798.)
2 Talleyrand a parfois perdu de vue, dans sa multiple carrière, le précepte de son ami Mirabeau : a On ne vaut dans la partie executive de la vie humaine que par le caractère. >
INTRODUCTIOM. xxxu
dans le conseil du Directoire les choses les plus graves se décident, ce ne sont pas les plus sages, mais les plus violents qui remportent.
« Toutes ces inconséquences proviennent du degré d'inquiétude et d'embarras que le Directoire prend successivement ou des jacobins ou des royalistes.
« Si ceux-là conspirent, il s'attache aux gens modérés; si ceux-ci conspirent, au contraire, il s'attache aux gens ardents et impétueux; ainsi ballotté sans cesse d'un parti à l'autre, il suit une marche incertaine et affaibht autant de fois l'opinion publique qui est la seule force du gouvernement. «
Les préhminaires de Leoben devaient avoir le même sort que les négociations de Lille. Letourneur, Rewbell, Carnot lui-même, sont d'accord pour les trouver trop précipités. « Rewbell en est étonné et aigri au dernier degré » ; il dira plus tard à Sandoz, le 5 février 1798 : «Mille fois j'aurais voulu rejeter le traité de Campo-Formio, si les circonstances l'eussent permis, w Talleyrand, par contre, estime qu'on n'a fait qu'accumuler des fautes qui amèneront les plus malheureuses conséquences ; il les voit, il les signale, mais ne les empêche pas. « Devait-on abandonner une négociation de cette importance aux mains de deux jeunes généraux (Bonaparte et Clarke) dont le plus âgé n'a pas vingt-huit ans? Convenait-il au général Bonaparte de proclamer en Italie qu'il marcherait bien plus contre le Corps législatif à Paris que contre Vienne, en prolongeant la négociation et en évitant de la conclure ^ ? »
^ V. rapport de Sandoz des 1^' et 7 mai, 3 août 1797.