‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 16 sur 74 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

sur les intérêts politiques et commerciaux qui naîtront des circonstances.

Ainsi, par exemple, une négociation particulière va sans doute s'ouvrir avec la Prusse, et elle aura très vraisemblablement pour résultat, non ce traité d'alliance dont on avait conçu le plan et pressé l'exécution dans d'autres conjonctures, mais un traité particulier où seront fixés d'abord les termes de la pacification, et où l'on déterminera ensuite les rapports particuliers qui doivent exister entre les deux Etats, rapports dont l'examen est sans doute depuis quelque temps l'objet de l'attention du Conseil exécutif.

Une autre convention doit être aussi incessamment formée entre la France et la Porte Ottomane pour obtenir de celle-ci la libre navigation de la mer Noire, objet sollicité depuis si longtemps avec tant d'ardeur par tous les hommes instruits des vrais intérêts commerciaux de la France, et rejeté avec tant de dédain par les ministres de l'ancien régime ' . Cette navigation ouvrira aux productions de notre sol et aux produits de notre industrie d'immenses débouchés dans les provinces ottomanes qui bordent la mer Noire, en Russie, en Pologne et en Perse, et transportera facilement, promptement et à moins de frais, dans la Méditerranée, les avantages de ce commerce du Nord qui, malgré toutes les primes ^ et autres prétendus encouragements, n'existera jamais pour nous d'une manière certaine tant qu'on persistera à le continuer exclusivement par les glaces et les écueils de la Baltique.

* C'est Talleyrand qui signera le traité du 25 juin 1802 entre la France et la Porte Ottomane, pour assurer au pavillon français la libre navigation de la mer Noire et pour rétablir les anciennes capitulations qui nous assuraient le bénéfice des tarifs les plus réduits, comme régime de douane.

' Eden, le négociateur du traité de 1786, avait eu la prévoyance de faire insérer dans le traité un article 13 relatif aux primes [en anglais bounties) ainsi conçu : « Si l'une des hautes parties contractantes a accordé ou accorde des primes pour encourager l'exportation des articles du cru du ^ol ou du produit des manufactures nationales, il sera permis à l'autre d'à-

INTRODUCTION. li

Quant à T Angleterre, la situation de la France ayant changé pour elle comme pour tous les autres États de l'Europe, il est évident qu'on ne doit plus rechercher la même espèce de rapports avec elle qu'on avait désiré d'établir dans ces derniers temps ' .

Au milieu de toutes les tyrannies de l'Europe coalisée contre la France, l'alliance de l'Angleterre lui était nécessaire, soit pour le maintien de sa liberté, soit pour l'entière conservation de son territoire, dont le démembrement devait être le prix de cette conjuration royale, comme vient de le prouver la récente publication du traité de Pavie. Dans un temps où les vœux et les démarches secrètes du gouvernement ne tendaient qu'à resserrer les liens de la France avec les Maisons d'Autriche et de Bourbon, l'intérêt public prescrivait impérieusement de détruire une alliance de famille, dont l'objet réel était de miner sourdement et ensuite de renverser la liberté, par une alliance nationale destinée à la maintenir et à la défendre.

Si quelque chose, en effet, peut prouver combien cette alliance était alors nécessaire, combien la France devait y trouver un appui suffisant pour sa sûreté et sa liberté, c'est l'acharnement avec lequel cette mesure était traversée, tantôt ouvertement, tantôt en secret, par les ministres et conseillers d'alors, connus par leur attachement aux intérêts de la Maison d'Autriche et de la Maison de Bourbon, autant que par leur haine et leur éloignement pour la cause de la liberté. On n'a point oublié avec quelle obéissance docile, et plus souvent avec quelle ardeur de zèle, les écrivains de pamphlets ^, de gazettes et des

jouter aux droits déjà imposés en vertu du présent traité, sur iesdites denrées et marchandises importées dans ses Etats, un droit d'entrée équivalent à ladite prime ; bien entendu que cette stipulation ne s'étendra pas sur la restitution des droits et impôts (en anglais drawback)^ laquelle a lieu en cas d'exportation, s

' Voir la Mission de Talleyrand à Londres en 1792.

^ > Je ne me souviens de tout ce que ces messieurs ont écrit contre moi,

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