‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 32 sur 74 · ET DE CAMPO-FORMIO · texte numérisé non relu

ET DE CAMPO-FORMIO

GLARKE A TALLEYRAND

Udine, le 2 thermidor an V (20 juillet 1797).

Citoyen ministre,

M. Baptiste est enfin arrivé le 26 messidor avec M. de Gallo, qui l'a rencontré à Wipach. Le retour subit de ce plénipotentiaire et le long séjour de son secrétaire à Vienne m'avaient semblé d'un favorable augure. Il m'était permis dépenser par ces deux motifs que le ministère autrichien, plus éclairé sur ses véritables intérêts et désormais moins asservi à une puissance qui négociait de son côté une paix séparée, aurait au moins cessé d'insister sur la tenue des deux congrès, mais toutes mes espérances se sont évanouies à la première conversation que j'ai eue avec les plénipotentiaires autrichiens. Ils m'ont annoncé que la Cour de

Vienne, persistant dans les propositions faites à Montebello, depuis l'arrivée du comte de Merveldt, demandait la stricte et littérale exécution des préliminaires de Leoben. Le ton que j'ai pris dans cette entrevue et dans celles qui l'ont suivie, a été l'expression du plus grave mécontentement; je me suis plaint de nouveau du changement de système de la cour de Vienne depuis que nous sommes partis de Gratz pour venir conclure la paix définitive en Italie, et de tous les moyens qu'emploiele ministère autrichien pour en éloigner lemoment. J'ai fait entendre que le général en chef Bonaparte et moi, serions forcés de représenter notre ultimatum et peut-être même de rompre une négociation dont on ne peut entrevoir le but ni le terme. Dans la conférence du 29 messidor, les plénipotentiaires impériaux me proposèrent comme un moyen de donner à la négociation une marche régulière et suivie, qu'il fût dressé par le secrétaire de chaque légation un procèsverbal des séances qui se tiendraient dorénavant, et que ce procès-verbal fût signé des plénipotentiaires respectifs. Cette proposition ne pouvait être refusée, et j'ai cru d'autant plus avantageux d'y consentir que son exécution pourra empêcher désormais MM. les plénipotentiaires de Sa Majesté Impériale d'interpréter d'une manière désastreuse pour nous les demandes faites par eux-mêmes et les engagements qu'ils pourront prendre. La séance d'avant-hier a eu lieu dans la forme convenue. Je vous envoie ci-joint copie certifiée du procès-verbal qui en a été dressé. La note qui m'a

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été remise dans cette conférence est un supplément à la réponse que les plénipotentiaires impériaux ont faite à notre note du 3 messidor. Ils s y efforcent de donner au terme de trois mois fixé dans les préliminaires pour la conclusion de la paix définitive, une interprétation qui n'a point été dans l'intention de ceux qui les ont rédigés. On n'a pas craint pour la rendre plus spécieuse d'y rappeler un propos vague tenu par le général Bonaparte dans la discussion, et relatif à une prétendue alliance entre la République française et la Porte Ottomane dont les nouvelles favorables de Constantinople semblaient alors ne pas éloigner la possibilité. L'effet qu'il produisit dans le temps sur les plénipotentiaires lui a fait donner par eux une sorte d'importance momentanée sur laquelle il devenait inutile de les désabuser, puisqu'ils n'avaient pu manquer, en y réfléchissant, d'en apprécier la valeur. J'attends pour répondre à la note des plénipotentiaires autrichiens, que le général Bonaparte soit ici.

J'ai demandé, conformément à la note du 3 messidor, que MM. les plénipotentiaires autrichiens eussent à présenter des pouvoirs autres que ceux dont ils s'étaient servis àLeoben. Le renouvellement de cette demande faite déjà verbalement n'avait point pour but d'élever un doute sur la réalité de la mission de MM. de Gallo et de Merveldt, mais cette formalité m'a paru nécessaire d'abord par l'inadmissibilité des pouvoirs dont l'usage avait été rempli à Leoben, et ensuite pour empêcher que M. de Thugut, dont les intentions pacifiques ne

sont rien moins que certaines, ne pût, en se fondant sur le défaut de pouvoirs, regarder comme nuls les actes qui ne s'accorderaient point entièrement avec ses vues.

M. de Gallo, qui, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, paraît désirer sincèrement la conclusion de la paix, est parti hier soir pour Vienne avec son secrétaire de légation. Le prétexte dont il s'est servi est celui des affaires particulières à la Cour de Naples; mais d'après plusieurs conversations que j'ai eues avec lui, j'ai lieu de croire qu'il emploiera l'influence des personnages dont il porte les vœux pacifiques et son crédit personnel, pour que la négociation prenne à son retour la marche active qu'il est urgent qu'on adopte.

Salut et respect.

GLARKE A BONAPARTE

Udine, le 8 thermidor an V (26 juillet 1797).

Citoyen général.

J'ai reçu ce matin la lettre que vous m'avez écrite le 5 thermidor; quelques articles m'ont paru susceptibles d'être lus à M. le comte de Merveldt, et capables de contribuer au succès de la négociation. Vous avez

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désiré que j'envoyasse mon secrétaire de légation à Vienne. M. de Merveldt n'a pu m'accorder le passeport que j'ai demandé pour lui qu'à condition que je le dépêcherais en courrier pour M. de Gallo. Perret part ce soir. Je l'ai chargé ainsi que vous le désiriez d'une lettre pour le plénipotentiaire. J'ai cru à propos d'y insérer les passages de votre dépêche que j'avais lus à M. de Merveldt. Ce dernier m'en a même témoigné le désir. J'en ai conclu que MM. les Autrichiens, qui savent que vos paroles sont soutenues d'une armée de plus de quatre-vingt mille hommes, font particulièrement attention à ce que vous dites. Je désire que l'arrivée à Vienne du citoyen Perret renoue la négociation d'une manière qui nous convienne. Je suis en quelque sorte fâché que vous ayez laissé au Directoire le soin de prononcer sur la continuation des négociations ou sur leur rupture. Je crois que cette situation sera extrêmement délicate pour lui dans un moment où il est assailli comme il paraît l'être par des factions qui voudraient anéantir le parti républicain . S'il se prononce pour la guerre, il s'élèvera un cri général contre lui; et si les factions qui semblent l'entourer l'obligent à une démarche faible, il n'est pas douteux que cette démarche ne redouble l'obstination désastreuse de la Cour de Vienne. J'eusse préféré, Citoyen général, que nous nous fussions chargés l'un et l'autre de prendre une mesure vigoureuse qui eût forcé le ministre de l'Autriche à mettre à découvert ses intentions et à détruire cette incertitude fatigante dans laquelle il nous a tenus

depuis si longtemps. On n'aurait pas manqué, je le sais, dans le cas où nos démarches auraient fait éclater une guerre à laquelle la Maison d'Autriche aurait été résolue d'avance, de jeter sur le compte d'une ambition qu'on vous aurait supposée, le renouvellement des hostilités que nous sommes chargés de faire disparaître par une paix solide. Mais tous les êtres pensants auraient rappelé que jamais la guerre n'eût pu être continuée avec plus d'avantage pour votre gloire personnelle que lorsque vous la bornâtes à celle d'avoir conduit l'armée d'Italie jusqu'aux portes de Vienne. Il estencorequelquesmoyensd'arriver àla paix; la lettre que j'écris à M. de Gallo et les soins que se donnera le citoyen Perret à Vienne leur donneront toute la force qu'ils doivent avoir.

BONAPARTE A GLARKE'

Milan, le 8 ihermidor an V (26 juillet 1797).

Je suis d'avis de répondre, aux cinq notes qui nous ont été remises par les plénipotentiaires de l'Empereur, à peu près en ces termes :

Les plénipotentiaires français ont reçu les cinq notes

* Lettre inédile.

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de Leurs Excellences MM. les plénipotentiaires de S. M. l'Empereur.

Ils voient avec surprise que la chancellerie de Vienne cherche tous les prétextes pour faire naître des obstacles et s'opposer à la conclusion de la paix. I/on a même la maladresse de ne plus ménager les apparences. Veuton la guerre? Qu'on le dise, nous la ferons.

La paix définitive devait être conclue en trois mois, et nous sommes dans le quatrième mois de la signature des préliminaires. H y a trois mois que les plénipotentiaires soussignés ont fait connaître aux plénipotentiaires de S. M. l'Empereur les pleins pouvoirs qu'ils avaient reçus pour conclure et signer la paix définitive, sans que cela ait été imité par le cabinet de Vienne. Mais il paraît uniquement occupé à divaguer et à gagner du temps.

Les plénipotentiaires français prient MM. les plénipotentiaires de Sa Majesté d'engager la chancellerie de Vienne à être plus conséquente. L'Empereur s'empare de la Dalmatie et de l'Istrie, c'est-à-dire des plus belles provinces de la République de Venise , en chasse les garnisons , y établit son gouvernement , et se plaint du changement du Gouvernement de Venise * .

' « On écrit au ministre des relations extérieures en lui transmettant une lettre du général en chef Bonaparte, avec un traité de paix conclu avec la République de Venise, ensemble plusieurs pièces et arrêtés relatifs aux événements arrivés en dernier lieu dans cette république.

« On invite le ministre à faire le plus promptement possible au Directoire un rapport qui lui présente dans son ensemble et dans ses

S. M. l'Empereur convoite les États de la République de Venise. Elle voudrait tout avoir, même les débouchés de l'Adige et de la Brenta, même Venise; et cependant, elle est animée d'une tendre sollicitude pour cette ancienne République.

L'armée française occupe les Etats de Venise, comme elle le faisait avant les préliminaires. Elle occupe de plus la ville de Venise, mais elle ne s'y tient que comme auxiliaire. Ses troupes ne s'y mêlent en aucune manière d'affaires politiques. Si les agents de S. M. l'Empereur ont été insultés, c'est le contre-coup de la violence qu'a exercée l'armée impériale dans la Dalmatie et dans l'Istrie. Cependant, les plénipotentiaires ont interposé leur médiation entre S. M. l'Empereur et la République de Venise pour remédier à de pareils inconvénients.

11 y a déjà quelque temps que les plénipotentiaires s'aperçoivent que S. M. l'Empereur n'entend point exécuter les articles des préliminaires. En effet, nous avons démontré plus haut qu'un des articles principaux portait que la paix devait être conclue dans trois mois. C'est déjà violé.

Les notes précédentes de MM. les plénipotentiaires, en nous manifestant de la part de l'Empereur l'envie

détails la série des événements relatifs à la révolution qui s'est opérée à Venise, qui offre le tableau de la situation politique oîi le Gouvernement français se trouve à son égard, et qui indique le plan de conduite qu'il convient de tenir. »

Procès-verbaux du Directoire, séance du 6 thermidor an V (24 juillet 1797).

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de ne traiter qu'en commun avec ses anciens alliés, violent l'article des préliminaires par lequel Sa Majesté consentait à une paix séparée. Enfin, la protestation que nous ont remise les plénipotentiaires de Sa Majesté contre rindépendance de la Lombardie, est une violation manifeste de l'article 1" des préliminaires, qui s'exprime ainsi :

« Sa Majesté renonce (et non pas renoncera) à la « partie de ses Etats, en Italie, qui est située au delà « de la rive droite de l'Oglio et de la rive droite du Pô. »

C'est cependant en conséquence des préliminaires, que Sa Majesté semble ne plus reconnaître, que cinq de ses provinces lui ont été restituées, que le port intéressant de Trieste, et, avec lui, la faculté de reprendre son commerce, lui ont été restitués.

S. M. l'Empereur ne devait occuper le territoire vénitien qu'à la paix définitive, et cependant, elle s'est déjà emparée de l'istrie et de la Dalmatie, c'est-à-dire de la plus belle partie des Etats de Venise.

Quant au changement du gouvernement, à Venise et à Gênes, la République française n'y a pris aucune part; elle ne s'en est mêlée qu'à la demande des peuples, et pour éloigner les excès qu'entraînent quelquefois après elles les révolutions. Les plénipotentiaires de Sa Majesté doivent donc s'adresser aux gouvernements de Venise et de Gênes pour tout ce qui regarde ces deux peupJes.

Cependant, les plénipotentiaires français ne peuvent pas s'empêcher d'être frappés de la mauvaise foi de la

chancellerie de Vienne à paraître affectée d'un changement arrivé à Venise, qui rend beaucoup plus facile Texécution des préliminaires. On pourrait encore de là induire que S. M. l'Empereur n*entend pas exécuter les préliminaires.

L'affaire du duc de Alodène ne regarde en aucune manière le Gouvernement français. C'est une affaire de lui à ses peuples.

S. M. l'Empereur, avec la seule promesse de conclure la paix séparée, a obtenu la restitution de cinq provinces , Téloignement de l'armée ennemie de sa capitale; l'on voudrait aujourd'hui avoir cinq ou six forteresses et une partie de l'Italie également en faisant des promesses.

Mais les plénipotentiaires soussignés s'aperçoivent trop bien qu'on les joue pour s'éloigner en rien de ce qui pourrait être agréable à Sa Majesté Impériale des stricts préhminaires, d'après lesquels Sa Majesté ne doit entrer qu'à la paix définitive dans les Etats de Venise.

S. M. l'Empereur croit-elle qu'il est de son intérêt

d'occuper ces Etats? Qu'elle fasse sa paix sans délai.

La chancellerie de Vienne veut-elle continuer à s'opposer aux préliminaires et à empêcher la conclusion de la paix? Il est alors de l'intérêt de la République française que les pays de Venise et les forteresses soient entre les mains de son armée.

Il ne reste plus aux plénipotentiaires de la République française que de prier MM. les plénipotentiaires de S. M. l'Empereur, lorsqu'ils parleront des gouver-

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nements démocratiques et des peuples, de ne pas se servir de termes qui seraient une injure pour le gouvernement que les plénipotentiaires soussignés représentent. Il n'est jamais arrivé aux plénipotentiaires français, en parlant des ministres, des rois et de leurs cours, de se servir d'aucune épithète qui pût leur être injurieuse.

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