‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 34 sur 74 · TALLEYRAND AU BARON DE THUGUT · texte numérisé non relu

TALLEYRAND AU BARON DE THUGUT

Paris, 24 thermidor an V (11 août 1797).

Monsieur ,

Quoique la négociation de Montebello, qui, d'après les désirs de Sa Majesté FEmpereur, a été transférée à Udine, eût pris depuis quelque temps une tournure peu conforme aux dispositions dans lesquelles elle avait été entamée, et qu'elle souffrît des retards qui n'étaient pas sans doute dans l'intention des deux puissances, le Directoire exécutif n'a pas cru que Sa Majesté pût jamais chercher son véritable intérêt ailleurs que dans la prompte conclusion d'une paix honorable et définitive avec la République française. En conséquence, il a dû recevoir avec une satisfaction très marquée les dernières ouvertures que vous venez de me transmettre, en date du 31 juillet, pour lui être communiquées. J'ai rempli ce devoir avec un plaisir bien sensible, et je m'empresse de vous faire connaître en réponse les intentions du Directoire exécutif, afin que Sa Majesté Impériale puisse juger à quel point elles étaient coiïformes à celles qu'elle lui a manifestées.

En effet, le Directoire exécutif voit par les termes de votre lettre, Monsieur, que Sa Majesté désire vive-

ment et sincèrement de rétablir l'amitié entre les deux puissances, et qu'elle est revenue à ce premier empressement pour la conclusion de la paix qu'elle avait montré peu de jours après la signature des préliminaires de Leoben , et dont elle continua de donner des preuves, lorsque, vers les premiers jours de floréal, elle envoya M. de Gallo au général en chef Bonaparte, qui se trouvait à Gratz, pour lui réitérer l'assurance qu'elle désirait de conclure promptement et en Italie sa paix particulière et définitive avec la République française, sans la concurrence des alliés respectifs.

Le Directoire exécutif n'a rien de plus à cœur que de prouver à Sa Majesté Impériale et Uoyale que toutes ses démarclies n'ont eu pour but que de seconder son empressement, qu'il l'a constamment suivie dans son désir pour la paix, et que ce n'est que pour s'y conformer qu'il n'a plus parlé ni du congrès de Berne ni de l'intervention des alliés; cette marche, indiquée d'abord par Sa Majesté Impériale, lui paraissant à luimême également propre à simplifier et à abréger la négociation entre deux puissances qui semblaient s'entendre aussi parfaitement. Ce qu'il disait alors, il le dit encore aujourd'hui; il n'a jamais varié dans ses sentiments à cet égard, et comme aujourd'hui ceux de Sa Majesté se rapprochent si heureusement de ceux qu'il n'a cessé de manifester, il me charge de renouveler à cette occasion, expressément et en son nom, l'assurance solennelle que son désir constant a été et est encore de conclure promptement et sur des bases réciproquement

sous LE DIRECTOIRE. 109

avantageuses la paix particulière et définitive avec Sa Majesté Impériale comme Roi de Hongrie et de Bohême, ses plénipotentiaires en Italie étant munis des pouvoirs nécessaires pour traiter généralement tous les objets de la négociation et signer de suite, sans qu'il soit besoin de recourir à un congrès supplémentaire à Berne.

Le Directoire pense, ainsi que S. M. l'Empereur, que la Grande-Bretagne, depuis qu'elle a ouvert une négociation séparée à Lille, n'est plus dans le cas de participer à celles qui se suivront en Italie, et comme il ne tiendra pas à lui qu'il n'aplanisse toutes les difficultés qui pourront se rencontrer dans la discussion des intérêts respectifs entre lui et Sa Majesté Impériale, et qu'il ne doute pas non plus qu'elle n'y apporte de son côté la même bonne volonté, il est fondé à croire que le rétablissement final de l'amitié entre les deux puissances peut s'opérer aisément et sans aucune intervention étrangère ; cette intervention, vu la loyauté des contractants , ne pouvant qu'entraîner des longueurs et peut-être faire naître des obstacles contraires au désir commun qu'éprouvent les deux parties de terminer promptement. Fort du vœu national, de l'ardeur bien connue des armées de la République et de tous les moyens que la Constitution a mis entre ses mains, le Directoire exécutif ne craint pas d'annoncer à la face de l'Europe que le renouvellement de la guerre sera regardé par lui comme un grand malheur, mais il sera innocent du sang qui pourra être versé, après avoir

aussi constamment et aussi solennellement manifesté le désir de la prompte conclusion de la paix.

Je me trouve heureux, Monsieur, d'être l'organe des intentions pacifiques du Directoire exécutif, et l'interprète de ses dispositions amicales envers Sa Majesté Impériale. J'espère que vous voudrez bien, de votre côté, concourir à amener les choses à un heureux terme et représenter à Sa Majesté Impériale combien elle trouvera sans cesse de loyauté et de franchise dans le gouvernement de la République française.

Veuillez, etc.

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