‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 4 sur 74 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

delà du terme fixé par leur auteur même la publication des documents qui devaient faire la lumière sur ce per« sonnage, que madame de Staël, qui l'avait bien connu, déclarait ^ le plus impénétrable et le plus indéchiffrable des hommes " .

Ces documents, dont on annonce la prochaine publication, sont-ils susceptibles de redresser les jugements portés sur l'ancien évêque d'Autun?

Est-ce là qu'il faut chercher, comme Mirabeau le voulait pour lui-même, l'honneur de sa mémoire et la vérité de l'histoire? N'est-ce pas plutôt dans les archives de ce département des affaires étrangères qu'il a dirige successivement sous le Directoire, sous le Consulat, sous l'Empire, sous la Restauration, qu'il représentait officieusement à Londres dès 1792, qu'il dirigeait encore indirectement de l'ambassade de France en Angleterre en 1830? Son existence a été si mêlée à celle de cette maison, qui vit encore de ses règlements, de ses instructions et de ses traditions, qu'à notre avis, c'est là qu'il faut le prendre si Ton veut le saisir dans son rôle d'homme d'Etat et de négociateur *.

Dans ses Mémoires, habile à arranger la mise en scène, passé maître dans l'art des prétentions, il a ménagé avec beaucoup d'adresse les conditions de la perspective dans laquelle il lui convenait de se laisser voir aux générations

' tt Tant qu'on n'aura pas donné l'analyse complète des négociations de la France pendant les trois ministères et les diverses ambassades de Talleyrand, tant qu'on n'aura pas publié ces mémoires si attendus... tant qu'on n'aura pas étudié certaines pages encore inconnues de son existence, il sera impossible de se former sur cet homme, ce sphinx, une opinion définitive. » (Masson, Le Département des affaires étrangères pendant la Révolution, 1787-1804. Paris, Pion.)

INTRODUCTIOM. m

de l'avenir. Ces précieux documents forment un tableau de sa vie composé par lui-même. On peut dire que c'est sa dernière négociation diplomatique, celle qui visait la postérité.

Les archives du département des affaires étrangères font réellement connaître sa vie politique et diplomatique, la seule dont nous ayons jamais eu l'intention d'entretenir le lecteur.

C'est qu'il n'a guère paru dans les affaires étrangères de notre pays un homme connaissant mieux, suivant l'expression même de Napoléon à Mollien, « le siècle et le monde, les cabinets et les peuples » . Les personnes qui liront les Mémoires pourront se rendre compte que, même en face de cette publication attendue, les pièces et documents diplomatiques que nous nous proposons de publier successivement ne perdent rien de leur intérêt ' .

Le crédit des hommes est dans le besoin qu'on a d'eux. C'est en application de cette maxime chère à Talleyrand que lui-même sans doute reçut le portefeuille des relations extérieures à son retour d'exil. Si le talent de mettre les hommes à leur place est la principale partie de l'art gouvernemental, à coup sûr le Directoire avait mis Pancien membre du Comité diplomatique de la Constituante à la sienne.

' Un écrivain des plus distingués, très versé dans les matières diplomatiques, ancien directeur au département des affaires étrangères, M. Valfrey, a publié une étude très détaillée et très exacte sur les Mémoires de Talleijrand. Il y a lieu de croire que ces documents ont été communiqués à l'historien d'Hugues de Lionne.

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