‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 5 sur 74 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

Pour faire rentrer la France dans la grande famille européenne, pour faire la paix, en un mot, pour échapper à la dépendance des généraux, de jour en jour plus pressante, le gouvernement directorial avait besoin d'un « bon Européen » qui fût en même temps un Français clairvoyant et patriote.

Or, Talleyrand avait de nombreuses et utiles relations en Europe. Commensal de M. de Choiseul, habitué de Chanteloup, collaborateur de M. de Vergennes, président du Comité diplomatique de TAssemblée constituante, où il avait succédé à Mirabeau, il avait pénétré les mystères de l'ancienne diplomatie et se rendait merveilleusement compte de celle que voulait le nouvel ordre de choses sorti de la tt grande mutation nationale " de 1789. On se souvient que Mirabeau, dans ses projets de ministère, désignait alternativement l'ancien évêque d'Autun pour le ministère des finances et pour le ministère des affaires étrangères, sur cette même liste où il marquait Sieyès pour le ministère de l'instruction et de l'éducation publiques ^

Talleyrand avait donné des gages assez positifs à la Révolution, aux idées nouvelles, pour s'imposer au choix du Directoire le jour où il importait de revenir, après la guerre, à la politique qu'il avait conseillée avant qu'on ouvrît l'ère des batailles.

^ tt L'évêque d'Autun, ministre des finances. Sa motion au clergé lui a conquis cette place, où personne ne les servirait plus. »

tt Ministre des affaires étrangères, l'évêque d'Autun ; — chef du conseil d'instruction et d'éducation publiques, l'abbé Sieyès. > (Notes autographes de Mirabeau. Correspondance de Mirabeau et de La Marck, t. I, p. 411 et 412.)

INTRODUCTION. v

N'est-ce pas lui qui avait déterminé l'acte le plus décisif de la Constituante, la nationalisation des biens du clergé? N'avait-il pas rempli à Londres une mission qui méritait l'éloge de tous les bons citoyens, au témoignage même de la Gazette nationale ' ?

N'était-ce pas lui qui avait rédigé le projet de notification officielle des événements du 10 août, tendant à obtenir du cabinet de Saint-James le maintien de cette neutralité promise et déclarée, qu'il avait eu tant de mal à négocier? C'est à ce moment qu'il rédigea, peut-être après avoir relu la Milonienne, ce mémoire sur le 10 août que nous donnons ici, moins encore parce qu'il offre un type de la plus belle langue qui ait jamais été parlée aux affaires étrangères, que parce qu'il montre bien l'orientation décidée de son auteur vers les idées nouvelles.

Joint à la dépêche du 18 août 1792.

tt 18 août 1792.

« Le Conseil exécutif provisoire de France, à qui la plus impérieuse des nécessités, celle du salut public, vient de

' Voir la Gazette nationale du 15 décembre 1792. C'est à propos de cette mission dout il aurait voulu rester chargé, que Talleyrand fit remettre en août 1792, au Conseil exécutif provisoire, la note autographe ci-après :

« M. Talleyrand a montré le désir d'être renvoyé en Angleterre pour y continuer sa mission, parce que les principes qu'il y a professés, et dont la preuve sans réplique est dans sa correspondance, ainsi que la conduite qu'il y a tenue, sont parfaitement d'accord avec ce qu'il est essentiel de faire et de dire dans ce moment à Londres. Il avait donc lieu d'espérer qu'il y servirait utilement la Révolution française. Le Conseil exécutif provisoire a jugé néanmoins ne pas devoir l'y renvoyer.

t M. Talleyrand demande en ce moment un passeport pour retourner à

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